Égypte : un siècle de révolutions

L'Égypte, pays émergent, et l'une des quatre grandes puissances africaines, compte près de 90 millions de citoyens. Elle a connu depuis son indépendance, plusieurs révolutions politiques ou économiques. Le soulèvement de janvier 2011 s'inscrit dans la chronologie instable de cet État majeur pour la stabilité au Proche et Moyen Orient. 

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Un siècle de soubresauts politiques

INDÉPENDANCE
L'Égypte fut l'un des premiers pays du continent africain à accéder à l'indépendance. Le protectorat britannique, établi en 1914, est supprimé en 1922, et l'Egypte devient un royaume. Mais, jusqu’en août 1936, la Grande-Bretagne se réserve le droit de gérer la Défense et les Affaires étrangères du pays, et gardera des troupes dans le pays jusqu’en 1956. La République sera proclamée en 1953, après le coup d'État des "officiers libres".

ÉMANCIPATION
Dans les années trente et quarante, l’Egypte est traversée par trois grands courants : les nationalistes laïcs et républicains du Wafd, parti fondé en 1923 ; les Frères musulmans, dont la confrérie est constituée en 1928, sur fond de renaissance d’un islam moderne et de lutte contre les occidentaux ; les communistes qui se rassemblent en plusieurs courants, avant et pendant la Seconde guerre mondiale, desquels sortira le Parti communiste égyptien en 1947. Les uns et les autres défilent dans d’immenses manifestations pour réclamer le départ du roi Farouk et la fin de la main mise occidentale sur le pays.

RÉVOLUTION
Le 26 juillet 1952, le roi Farouk, noceur et corrompu, est renversé par un coup d’État, mené par des militaires, issus des trois grands courants, nationalistes, islamistes et communistes. Les « officiers libres » sont dirigés par Gamal Abdel Nasser et proclament la république en 1953. Après deux ans de régime transitoire, il s’arroge la totalité des pouvoirs et réprime très vigoureusement les communistes et les frères musulmans. Le courant politique principal devient alors le nasserisme, auquel adhèrent la plupart des Égyptiens, en particulier après le coup d’éclat de la nationalisation de l'exploitation du Canal de Suez et la guerre consécutive et victorieuse des Égyptiens contre les Français, les Britanniques et les Israéliens. Nasser devient l’un des leaders du Tiers Monde et des pays non alignés.

DÉFAITES
En juin 1967, le Raïs, Nasser ainsi surnommé par les Égyptiens, se lance dans une opération militaire hasardeuse contre l’État d’Israël. L’Egypte et ses alliés, la Jordanie, la Syrie et l’Irak sont défaits en six jours. Gamal Abdel Nasser ne se relèvera jamais de cet échec. Il meurt le 28 septembre 1970. Il sera remplacé par son vice-président Anouar El Sadate, lui aussi un ancien officier libre, mais à l’origine venu des Frères musulmans, tandis que Nasser avait été fort influencé par le marxisme. Sadate enterre le nasserisme en 1978 avec la création du Parti national démocratique.

GUERRE ET PAIX
En octobre 1973, pour reconquérir les terres perdues en 1967, Anouar El Sadate lança une offensive qui surprit les Israéliens, en plein Kippour, la fête juive la plus importante, durant laquelle l’ensemble du pays s’arrête. La guerre du Kippour ne fut pas gagnée par les Egyptiens, mais elle replaça Le Caire sur le devant de la scène proche orientale. Et en novembre 1977, contre toute attente, le président égyptien s’envola pour Jérusalem, premier dirigeant arabe en visite en Israël. Un an plus tard, il signait avec Menahem Begin, Premier ministre israélien, de droite, les accords de Camp David. Ils recevront tous deux le prix Nobel de la paix, la même année.
Anouar El Sadate avait promis "la paix contre la prospérité." En 1977, le régime est confronté à de violentes émeutes, dites de la pain, dont l'augmentation brutale du prix avait déclenché la révolte, faisant des dizaines de mort, jusqu'à ce que le gouvernement bloque à nouveau le prix de la farine. septembre 1981, Sadate, à l’image de son prédécesseur, engage une lutte virulente, allant jusqu’à l’emprisonnement, contre tous ses opposants, nasseristes, communistes, féministes, islamistes. Le 6 octobre, lors d’un défilé militaire, il est assassiné par des militaires islamistes, opposés à sa politique de paix avec Israël.

DICTATURE ET TOURISME
Sadate assassiné, son vice-président Hosni Moubarak lui succède. En trente ans de direction sans partage, il ouvre l’Égypte au libéralisme, hisse son pays au rang de 4ème puissance économique du continent africain, et fait allégeance aux Américains. L'Égypte, dont le tourisme est la principale industrie, est à son tour secouée par une vague d'attentats, dont le plus meurtrier tue 56 touristes, en novembre 1997, devant le temple de d'Hatchepsout à Louxor, en Haute Égypte.

Moubarak muselle toutes les oppositions politiques, en particulier les Frères musulmans, qu’il ne cesse de pourchasser et d’empêcher de revenir dans le jeu politique.
En novembre 2010, après avoir éliminer ses adversaires, le Parti national démocratique rafle la quasi totalité des sièges.
En janvier 2011, deux semaines après la fuite de Ben Ali de Tunisie, les Égyptiens se soulèvent à leur tour.

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