Afrique

Égypte : vu d'Israël, les ambivalences de la démocratie

"La paix contre la prospérité". C'est ce qu'avait promis Anouar El Sadate, pour convaincre les Égyptiens de signer la paix avec les Israéliens, en 1978, avec les accords de Camp David. Depuis, Jérusalem et Le Caire entretiennent une paix froide mais durable. Mais l'exigence de démocratie est regardée avec inquiétude par les Israéliens, dans la mesure où celle-là pourrait amener au pouvoir des forces hostiles au maintien du statu quo.

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“Aux yeux des Israéliens, le renversement de Hosni Moubarak serait loin de garantir la démocratie.“

La seule démocratie au Moyen-Orient se sent impuissante face aux derniers développements dans le monde arabe et cherche désespérément l'aide de ses diplomates, et de ses services secrets, pour savoir dans quelle sens le vent souffle. Pendant ces derniers jours, les Égyptiens sont montés sur les chars et ont tenté de convaincre les soldats de se joindre à eux, comme cela s'est produit en Tunisie. Ces manifestants sont donc prêts à risquer leur vie pour voir le changement de régime ou voir le régime totalement céder à leurs revendications.

L'Égypte est un ancrage stratégique au Moyen-Orient et est une base pour soutenir le processus de paix avec Israël. Aux yeux des Israéliens, le renversement de Hosni Moubarak serait loin de garantir la démocratie. La chute de Moubarak laisserait désormais Israël presque sans alliés arabes. Un fonctionnaire de la défense a déclaré à ynet : «Un changement fondamental de gouvernement en Égypte peut conduire à un bouleversement dans la sécurité d'Israël ». Les responsables de la défense suivent de près l'évolution de leur voisin du sud, considéré comme le «cœur du monde arabe». Le responsable de la sécurité a clairement indiqué que le traité de paix entre Israël et l'Égypte constitue un atout stratégique important, «qui permet à Tsahal de se concentrer sur les autres frontières».

UNE INQUIÉTUDE PALPABLE

Le souci immédiat d'Israël est de voir quelle sera l'évolution sur la frontière entre l'Égypte et Gaza. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a ordonné à son gouvernement de garder le silence sur la situation nouvelle en Egypte, mais les Israéliens se connectent constamment aux nouvelles, voient les images en provenance d'Égypte, entendent les commentaires qui les accompagnent, par exemple sur Al-Jazeera, et qui jouent un rôle de premier plan sur l'agitation populaire. Les Israéliens se mettent à jour par les réseaux sociaux sur Internet, qui sont les principaux moyens d'organisation, permettant aux dirigeants de l'opposition de concentrer leurs efforts pour pousser les masses dans les rues.

En Israël aussi - d'une manière moindre - Facebook a été le principal véhicule pour annoncer les manifestations et leurs emplacements. Les Israéliens sont inquiets. Des dizaines d'Israéliens, y compris les familles des diplomates, ont été évacués d'Égypte en urgence par avion. Le gouvernement a également demandé aux Israéliens d'éviter de partir en Égypte.

UNE SOLITUDE GRANDISSANTE

Quand Netanyahu est arrivé au pouvoir, il s'est rapproché du président Moubarak et a réussi à former une alliance avec lui, contre la pénétration de l'Iran dans la région. Si Omar Souleiman remplace Moubarak, ce sera sans doute positif pour les relations avec Israël. Toutefois, dans un avenir proche l'Égypte se préoccuperera de ses propres affaires et ne s'impliquera pas dans le processus de paix. À Jérusalem, on est préoccupé par le fait que les groupes d'opposition anti-Israël, comme les fondamentalistes des Frères musulmans, pourraient accéder au pouvoir.

Maintenant, plus que jamais, les Israéliens croient que la démocratie à la maison est une chose, alors que la démocratie à l'étranger est autre chose. La stabilité du régime du président égyptien Hosni Moubarak est un intérêt majeur pour Israël. L'insurrection en Égypte renforcerait la détresse stratégique d'Israël au Moyen-Orient : nous sommes seuls, sans alliés.

Notre dossier


La Une de Haaretz, du 31 janvier 2011 : “Israël demande à ses alliés de freiner ses critiques contre l'Égypte de Moubarak.“


La Une du Yedoth Aharonot du 30 janvier 2011 : “Un nouveau Moyen-Orient“