Elections en Sierra Leone : une démocratie à conforter

Freetown, la capitale de la Sierra Leone (CC)
Freetown, la capitale de la Sierra Leone (CC)

Pour la troisième fois depuis la fin de la guerre civile il y a onze ans, les Sierra-Léonais sont appelés aux urnes ce samedi 17 novembre. Elections générales (présidentielle, législatives et locales). La campagne s'est déroulée dans le calme. En 2002 et 2007, les observateurs avaient salué les qualités des scrutins. Ce vote marquera-t-il l'installation d'une démocratie consolidée dans l'un des pays les plus pauvres de la planète ? Dossier.

dans

Gibril Massie Bah, directeur du “Center for Democracy and Human Rights“

La campagne présidentielle qui vient de s’arrêter s’est-elle bien déroulée ? 

La campagne s’est bien déroulée car la commission nationale électorale  a mis en place un calendrier pour que chaque parti fasse sa campagne. Chaque parti a pu faire sa campagne dans une ville particulière à une date spécifique. 
Les partis font  campagne dans une ville un à la fois pour éviter toute violence entre les partisans.

Cela prouve-t-il que le pays est vraiment pacifié après dix ans de guerre civile ? 

Cela a pris du temps pour contrôlée toute violence possible mais cela va mieux. Je pense que le pays est plus paisible qu’il y a même deux ans. 

Qu’attendez-vous du prochain président ? 

Continuer  les activités de développement du gouvernement actuel et voir si plus d’emplois peuvent être créés particulièrement pour les jeunes. 
Nous attendons de meilleures lois pour la participation des femmes en politique, leur représentation dans les élections. 
Nous attendons du prochain gouvernement d’être tolérant, de travailler avec presque tout le monde dans le pays qui soit représenté au sein du gouvernement national. Nous  voulons une représentation pour les gens venant de régions pauvres, les personnes handicapées, les jeunes, etc... 
Les droits humains  sont un enjeu important. Nous avons une commission des droits humains qui dépend du gouvernement pour ses activités.

Une rue de Freetown (CC)
Une rue de Freetown (CC)
Est-ce que la corruption est encore un gros problème en Sierra Leone ? 

Il existe une commission anti-corruption créé en 2000 par le denier gouvernement. Le dernier en date est le maire de Freetown, la capitale
Le gouvernement laisse la commission travailler indépendamment pour faire son travail. La commission fait son enquête dans les institutions avec ses propres policiers
le gouvernement a donné les pouvoirs nécessaires à la commission pour faire son travail. 
Une fois les allégations de corruptions avérées contre vous,  ils vous invitent à comparaître devant la cour de justice.

Les clés du vote

Quelque 2,6 millions d'électeurs sont appelés aux urnes ce samedi 12 novembre. Pour la présidentielle, il y a neuf candidats. Aucune candidature féminine n'a été enregistrée pour le poste de chef de l'Etat et sur les neuf candidats à la vice-présidence, cinq sont des hommes et quatre des femmes.
Concernant les législatives, neuf des dix partis politiques reconnus dans le pays présentent des candidats. Au total, ils sont 586 - dont 38 femmes - en lice pour renouveler les 124 sièges du parlement.

Mobilisation internationale

La Grande-Bretagne participe pour 3,2 millions de dollars (2,5 millions d'euros) au financement du scrutin. Les Etats-Unis ont, eux, promis 4 millions de dollars (plus de 3 millions d'euros) pour la communication autour des élections et leur sécurisation.
Côté européen, l'UE mobilisera globalement plus de 80 personnes à travers le pays pour la supervision de ces élections.

Quel président ?

Neuf candidats brigueront le poste de chef de l'état. Parmi eux, deux sont susceptibles de l'emporter. Le président sortant tout d'abord. Ernest Bai Koroma, 60 ans, est au pouvoir depuis 2007. Dirigeant du Congrès du Peuple (APC), il est le premier président sierra-léonais provenant de l'ethnie themne. Son principal rival s'appelle Julius Maada Bio, 48 ans. En 1996, celui qui est aujourd'hui Général à la retraite avait, pendant quelques semaines, dirigé la junte qui tenait le pays depuis 1992. 

Un sous-sol bien garni

16.11.2012Par Matthieu Vendrely
Un pays riche mais une population dans la misère. Sur ce point, la Sierra Leone n'est pas isolée, mais les perspectives économiques qui s'ouvrent à elles pourraient rendre le fossé encore plus criant : des gisements très prometteurs de pétrole ont été découverts voilà deux ans au large des côtes sierra-léonaises par la société américaine Anadarko Petroleum. L'exploitation n'a pas encore démarré. Cette nouvelle ressource vient allonger une liste déjà bien remplie de richesses, au premier rang desquelles le diamant. La Sierra Leone figure parmi les dix premiers producteurs de la planète. Mais ce n'est pas tout. Le sous-sol regorge également d'or et de rutile, un minerai utilisé dans la peinture et la soudure. Mais la population n'en profite donc pas. Les programmes de lutte contre la pauvreté mis en place par le pouvoir sortant n'ont pour l'instant rien donné. La Banque mondiale souligne les progrès enregistrés par le pays, mais le classement du Programme Onusien pour le Développement (PNUD) est implacable : sur 187 pays classés, la Sierra Leone figure à 180ème rang.
Des chercheurs de diamants à Koidu, dans l'est de la Sierra Leone (AFP)
Des chercheurs de diamants à Koidu, dans l'est de la Sierra Leone (AFP)