En Afrique, comment se connecter à Internet à peu de frais ? 

En Afrique, certains jeunes ne se connectent à Internet qu'à travers des applications de réseaux sociaux. 
En Afrique, certains jeunes ne se connectent à Internet qu'à travers des applications de réseaux sociaux. 
©PeopleImages / iStock

En Afrique, Facebook a développé un service qui - grâce à des partenariats noués avec les opérateurs - permet de profiter d’une connexion gratuite à Internet. Mais cette gratuité se limite à certains sites Internet dont celui de Facebook. Une pratique remettant en cause le libre accès au web pour les plus pauvres. Témoignages à Madagascar, en Côte d'Ivoire et en RDC. 

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Comment se connecter à Internet à bas coût en Afrique, le continent le moins pourvu en réseau ? Facebook a trouvé une solution en concluant des accords avec les opérateurs téléphoniques africains.

C'est via son service Freebasics que le réseau social donne accès gratuitement à Internet mais en passant uniquement par son application Facebook ou celles de ses sites partenaires.

> Lire notre article : En Afrique, l’Internet gratuit grâce à Facebook, mais à quel prix ?​

Une offre qui, selon l'ONG Internet sans frontières, s'adresse surtout aux personnes les plus pauvres et qui remet en cause la neutralité du net, c'est-à-dire un accès identique à Internet pour tous. 

Nous avons alors demandé comment, dans certains pays d'Afrique, les utilisateurs et plus particulièrement les jeunes, se connectent à Internet ? Sont-ils dépendants du géant américain Facebook ? Témoignages depuis Madagascar, la Côte d'Ivoire ou encore la République démocratique du Congo.  

  • Madagascar  - Andriamialy Ranaivoson, blogueur

Sur la Grande Île, seulement 4% de la population est connectée. Certains jeunes comme Andriamialy Ranaivoson alimentent régulièrement des blogs pour prendre position politiquement. Ils voient ainsi les habitudes des jeunes sur Internet évoluer.

> Lire notre article : A Madagascar, les blogueurs donnent toujours de la voix
 

<strong>Andriamialy Ranaivoson, blogueur à Madagascar. </strong>
Andriamialy Ranaivoson, blogueur à Madagascar. 
©TV5MONDE

« Les opérateurs sortent des forfaits réseaux sociaux journaliers ou hebdomadaires grâce auxquels on peut se connecter à Internet uniquement à travers les applications de Facebook, Twitter et WhatsApp. Par exemple, pour 4 jours, et pour une connexion jusqu’à 4 méga-octets, cela coûte moins de 50 centimes. C’est très peu. On peut regarder de la vidéo, tout faire mais en restant, par exemple, dans Facebook. Si quelqu’un partage un post avec un lien vers l’extérieur du site on ne peut pas le voir. 

Presque tous les utilisateurs de Facebook ici utilisent soit le forfait Facebook gratuit qui ne permet pas de voir les images ou les vidéos quand ils n’ont pas de crédit, soit ils achètent un petit forfait bon marché. Les autres forfaits sont beaucoup plus chers. 

Les jeunes n’ont pas besoin d’autre chose mis à part Facebook, en général. Finalement, ils se passent d’Internet. 

Beaucoup de Malgaches salariés ont accès à Internet soit au bureau soit dans un cybercafé, et de plus en plus, à la maison, même si cela reste encore marginal. Et en plus, on achète des forfaits peu chers. Au quotidien, j’utilise Facebook gratuitement et si j’ai besoin de partager un fichier ou de faire un Skype, je prends un forfait journalier.
» 
 

  • Côte d’Ivoire -  Edith Brou, gestionnaire numérique et co-fondatrice du webzine féminin « Ayana »

« Quand je ne suis pas connectée à Internet sur mon ordinateur au bureau, j’utilise mon téléphone portable en 4G à Abidjan et chez moi, j’utilise le wifi. Mais c’est plus cher qu’en Europe et en Afrique de l’Est : 80 euros par mois pour mon adsl à domicile et 65 euros par mois pour le téléphone. »

<strong>Edith Brou, gestionnaire numérique et co-fondatrice du webzine féminin « <a href="http://ayanawebzine.com/" rel="nofollow">Ayana </a>»</strong>
Edith Brou, gestionnaire numérique et co-fondatrice du webzine féminin « Ayana »
©site Ayana


Impossible alors pour tous de se payer ce genre de forfaits. « Les jeunes, par exemple, prennent des petits forfaits journaliers, ils accumulent des bonus ou bien ils se connectent la nuit, en général, c’est gratuit de minuit à 6h… Sinon, ils utilisent le wifi de la maison ou... du voisin. 

Les gens sont devenus de gros consommateurs de vidéos mais ça coûte plus cher. Beaucoup d’influenceurs numériques font des contenus vidéos humoristiques qui sont très suivis.

Le problème aujourd'hui, c'est de pouvoir se connecter à Internet à l’intérieur du pays, hors des grandes villes. Je sais que la technologie Be-Bound, (Lire notre article) le permet (en utilisant le réseau téléphonique, ndlr).

Be-Bound fait de la prospection pour proposer cela en Côte d’Ivoire depuis un an
(déjà utilisé par la poste ivoirienne, ndlr) mais, pour l’instant, ce sont les opérateurs qui sont réticents. » 

  • République démocratique du Congo - Félix Maroy, blogueur et webmaster

« En RDC, les jeunes qui ont entre 12 et 30 ans sont de plus en plus connectés sur Internet. Il y passent plus de 5 heures par jour. Les moins de 18 ans utilisent surtout les réseaux sociaux. Les 22-30 ans s'intéressent plutôt aux sites d'actualités ou de conseils pratiques. Quant à ceux qui ont 30 ans et plus, ils cherchent plus souvent des emplois et vont sur des sites de rencontre.

Félix Maroy, blogueur en RDC. 
Félix Maroy, blogueur en RDC. 
©capture site Congowebmaster


La plupart des jeunes se connectent sur leurs téléphones et sinon, le plus souvent, à la maison. Les employés de grandes sociétés en RDC ont la chance de pouvoir se connecter au travail parce que toutes les entreprises congolaises ne disposent pas d'une connexion Internet au travail.
 
Facebook avait fait un partenariat avec le réseau AIRTEL RDC et TIGO RDC. Ce sont effectivement les deux opérateurs qui offrent à leurs abonnés un accès gratuit aux réseaux sociaux populaires et aux sites d'info en ligne.
 
Mais encore aujourd'hui, tout le monde n'a pas accès à Internet en RDC. La plupart des jeunes ignorent encore l'importance d'être connectés. Le forfait est de plus en plus cher. Plusieurs écoles et universités n'initient même pas leurs élèves à Internet.
»