Entretien avec Alain Joyandet, secrétaire d'État à la Coopération

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« Les choses sont différentes depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l‘Élysée »

Alain Joyandet est secrétaire d'État français chargé de la Coopération et de la Francophonie



Que signifie une telle rencontre, 50 ans après les indépendances africaines ?


Cinquante ans après les indépendances, l’intérêt est surtout d’essayer de regarder vers l’avenir, et de construire le nouveau partenariat stratégique entre la France et l’Afrique souhaité par Nicolas Sarkozy. Les grands thèmes qui seront développés lors de ce forum entre l’Afrique et la France correspondent d’ailleurs bien à la stratégie qui est celle du président de la République française.

Nous discuteront notamment de la place de l’Afrique dans les institutions internationales (Comment la France peut aider l’Afrique à avoir une place plus importante au sein des institutions internationales ?). Nous parlerons de développement économique et notamment des initiatives privées (comment soutenir les entreprises africaines et comment aider les entrepreneurs étrangers à s’installer en Afrique pour créer des emplois et de la valeur ajoutée et ainsi, lutter durablement contre la pauvreté ?), voilà quelques unes des grandes orientations du sommet de Nice.

Y a-t-il un lien spécial entre la France et l'Afrique ?


Il existera toujours un lien spécial entre la France et l’Afrique. Nous n’allons pas le nier et ce sera toujours une relation privilégiée. Il y a quand même notre histoire commune. Si nous célébrons 50 ans d’indépendance, c’est qu’il y a eu un avant indépendance. Cela fonde nos relations, même si nous voulons les réorienter. Ce passé ne sera jamais effacé.

"La France n'a pas à rougir de ce qu'elle a fait depuis 50 ans", Alain Joyandet, 2'23
Entretien avec Alain Joyandet, secrétaire d'État à la Coopération

Chefs d'États africains et français au 24ème sommet Afrique-France à Cannes en 2007 - Photo France-Diplomatie
La France doit-elle conserver ces liens étroits avec ses anciennes colonies ?

Nous devons garder ces liens et les faires évoluer. Il faut sortir de cette relation postcoloniale, souvent qualifiée d’une manière un peu péjorative et entrer dans cette nouvelle phase de partenariat stratégique. Les accords de défense par exemple qui sont restés longtemps secrets, seront bientôt rendus publics, et ratifiés par le Parlement français, ce qui est un vrai changement.

En ce qui concerne la résolution des conflits en Afrique, nous travaillons en partenariat avec l’Union africaine qui fait un excellent travail dans ce domaine. C’est cela la nouvelle relation avec l’Afrique.

La Françafrique est-elle derrière nous depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Élysée, ou bien est-ce impossible de s'en défaire ?

C’est vrai que les choses sont différentes depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l‘Élysée. Il n’est pas l’un des acteurs de la Françafrique. Le président de la République a une vision neuve de nos relations avec le continent africain. C’est le nouveau partenariat stratégique dont je vous parle. Un nouveau partenariat sur le plan militaire, sur le plan diplomatique et sur le plan du développement économique où jamais il n’a été autant fait que depuis le discours de Nicolas Sarkozy au Cap en 2008.

Nous avons mis 2 milliards et demi d’euros sur 5 ans, à la disposition des jeunes entrepreneurs pour créer ou développer des entreprises sur le africain. Nous espérons ainsi favoriser la création de 300 000 emplois en Afrique.

Chefs d'États africains et français au 20ème sommet Afrique-France à Paris en 1998 - Photo France-Diplomatie
Que reste-t-il des relations franco-africaines 50 ans après les indépendances ? D'autres puissances telles que la Chine, n'ont-elles pas pris la relève ?

« Qu’avons-nous fait de nos indépendances ? », C’est la question qu’a posé le président camerounais Paul Biya dans son discours prononcé pendant la célébration du cinquantenaire de l’indépendance de son pays le 20 mai 2010 à Yaoundé. J’ajouterai : qu’ont fait les Africains et les Français de ces 50 ans d’indépendance ? C’est une responsabilité partagée, il y a encore peut être des zones d’ombre, mais il y a surtout pour moi des zones de lumière : le continent est en plein développement, la croissance est perceptible, les partenariats économiques se multiplient en permanence, la France continue à être particulièrement présente. L’Agence française de développement a presque doublé le montant de ses interventions en passant de 2 milliards et demi à 6 milliards et demi d’euros, dont plus de 2 milliards pour la seule Afrique subsaharienne. Nous avons des projets qui avancent de manière très positive. Toutes ces opérations concourent à faire reculer la pauvreté. Ce qui est quand même notre objectif principal. Nous maintenons nos interventions traditionnelles, et nous soutenons le développement économique avec les crédits dont je vous ai parlés. Nous allons ainsi créer des emplois, de la valeur ajoutée et faire reculer la pauvreté. C’est le sens de toute la relation qui est en train de se construire avec le continent africain.

Propos recueillis par Christelle Magnout
25 mai 2010

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