Entretien avec Albert Mabri, ministre d'Alassane Ouattara

Albert Mabri est député à l'Assemblée nationale depuis 2000, a été Ministre de la Santé et de la Population dans le Gouvernement de Réconciliation Nationale de mars 2003 à décembre 2005 et est aujourd'hui ministre du Plan et du développement d'Alassane Ouattara. Ce médecin, président de l'Union pour la démocratie et pour la paix en Côte d'Ivoire (UDPCI) prône le " bon ton " (la bonne entente) ainsi qu'un programme gouvernemental libéral et social. Forcément positif pour l'avenir politique de la Côte d'Ivoire, il cherche à convaincre de la réalité future d'une réconciliation nationale.

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« Dans tous les cas, la réconciliation s’impose à nous »

22.04.2011
Comment voyez-vous l’avenir politique de la Côte d’Ivoire aujourd’hui ?

Je pense que c’est un avenir à construire au moyen de la réconciliation, du dépassement, du pardon. Il va falloir réaliser une forte cohésion sociale rapidement. Le président de la république s’est engagé sur ce chemin. Tout le monde doit se mobiliser : guides religieux, leader d’opinion, chefs traditionnels, cadres ou simples citoyens. C’est un rassemblement de fraternité qui doit se créer, et si nous savons le faire, c’est un avenir certain pour les générations actuelles et à venir. Il faut savoir sortir des crises.

Mais concrètement ?

Cela suppose que chacun reconnaisse ce qu’il a fait, demande pardon et soit disposé à pardonner les offenses des autres.

Cela passerait par des tribunaux, donc ?

Oui, je veux dire que personne en Côte d’Ivoire ne peut rester à l’abri de la justice. Les clarifications devant la justice sur le modèle « commission vérité et réconciliation » (comme en Afrique du Sud, ndlr) vont faire la lumière sur ce qu’il s’est passé, réunir les éléments permettant ensuite d’amnistier.

Même pour des massacres de milices pro-Ouattara ?

Ce n’est pas une question de pro ou anti-Ouattara, il s’agit de tout le monde. Mais ceux qui veulent se venger ne bénéficieront pas de l’amnistie présidentielle. Le plus difficile reste l’effort que doit faire chaque citoyen. Il faut identifier les acteurs des massacres, ceux qui ont commis des excès, les sanctionner et s’ils font la confession nécessaire, nous verrons alors à ce moment là comment ils pourront s’inscrire dans la nouvelle Côte d’Ivoire.

Pourtant, il y a déjà eu un gouvernement de réconciliation avec M. Laurent Gbagbo, dont vous avez fait partie, et les résultats n’ont pas été très satisfaisants…

Les difficultés que tous les gouvernements ont eu depuis 2003, c’est la présence de M. Laurent Gbagbo, sa lecture de la réconciliation, ses actions partisanes. Cela ne pouvait que mener à l’échec. Nous allons tirer les leçons de cette période et surtout de la réconciliation nationale de 2001 dont les résultats n’ont pas été appliqués, ainsi que du choc de ces dernières semaines. Le nouveau programme de réconciliation va être mis en oeuvre avec un ministère en charge de cette question, l’implication des collectivités locales, des ministres, de la société civile. Dans tous les cas la réconciliation s’impose à nous.

Si M. Gbagbo était condamné, la moitié des électeurs ayant voté pour lui pourraient mal le prendre ?

Nous sommes en démocratie, comme en France. M. Alassane Ouattara a gagné ces élections. La démocratie nous impose le respect des lois, nous sommes tous justiciables, c’est ce que dit la Constitution, avec la nécessité de nous réconcilier.

L’implication de la France pose-t-elle problème ?

La France que je connais, pays des libertés, des droits de l’homme pouvait-elle laisser des femmes être assassinées dans les rues, rester les bras croisés ? La décision qui a été prise, dans le cadre des Nations unies, de détruire les armes lourdes et assurer la protection de la population est toute à l’honneur de la France.