Entretien avec Pascal Affi N'guessan, président du FPI

Le porte-parole de Laurent Gbagbo, le président sortant, décrit une décennie de présidence sur fond de crise politico-militaire.

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Quel bilan faites-vous des années Gbagbo?

Nous jugeons le bilan de Laurent Gbagbo globalement positif, surtout si l'on considère le contexte dans lequel il a eu à exercer son mandat depuis 10 ans (2000 - 2010). La situation socio-économique du pays était catastrophique lorsqu'il est arrivé au pouvoir. La Côte d'Ivoire n'avait quasiment plus de relations avec les instances financières internationales à cause d'une gestion défectueuse des fonds publics. La situation économique était désastreuse avec une croissance négative de moins de 2%, et une dette extérieure exorbitante...

La situation sociale était gravement préoccupante avec la crise née du coup d'État militaire de 1999, qui a engendré de nombreux problèmes socio-politiques dans notre pays. C'était cela la situation au début de son mandat.

Il s'est attelé durant toutes ces années à redresser nos finances publiques, à renouer la coopération avec les bailleurs de fonds. La Côte d'Ivoire avoisine à l'heure actuelle les 4% de croissance. Le budget approche les 2500 milliards de francs cfa (3811 millions d'euros) contre 1200 milliards fcfa (1829 millions d'euros) en 2000, le déficit budgétaire a été résorbé.

Laurent Gbagbo a lancé le projet d'assurance maladie universelle qui devait permettre aux Ivoiriens de bénéficier de soins médicaux gratuits. Ce projet a été suspendu du fait de la guerre, mais devrait reprendre après l'élection. Il a mis en place le concept d'école gratuite avec la distribution de millions de fournitures scolaires chaque années aux élèves ivoiriens. Il a augmenté le salaire des enseignants, et des chercheurs. Beaucoup de choses ont été faites même si les retombées ne sont pas encore perceptibles, compte tenu du programme de sortie de crise qui nous a déjà coûté environ 3000 milliards de fcfa (soit 4573 millions d'euros).

Laurent Gbagbo en campagne à Grand-Bassam le 26 octobre 2010 - Photo (site de la présidence de la République de Côte d'Ivoire)
Laurent Gbagbo en campagne à Grand-Bassam le 26 octobre 2010 - Photo (site de la présidence de la République de Côte d'Ivoire)
Qu'est-ce qui motive une nouvelle candidature de Laurent Gbagbo ?

Il s'agit pour Laurent Gbagbo de poursuivre le travail de redressement de la Côte d'Ivoire qu'il a entrepris depuis une dizaine d'années. L'actuel président est considéré comme le père de la démocratie dans notre pays. C'est grâce à son long combat que le multipartisme et la liberté d'expression ont vu le jour en Côte d'Ivoire dès 1990. Il a un grand projet de modernisation sociale et il compte bien l'achever, si nos compatriotes lui donnent l'opportunité de le poursuivre.

Laurent Gbagbo a-t-il encore justement les capacités de gérer la Côte d'Ivoire après toutes ces années ?

Laurent Gbagbo a toutes les capacités pour diriger la Côte d'Ivoire, ce sont les obstacles qui l'en empêchent. Il y a eu trop d'entraves à ses projets pendant son mandat, mais il montré qu'il était capable de les surmonter.

Comment abordera-t-il l'après élection, s'il est réélu ?

La priorité de Laurent Gbagbo sera d'achever le processus de restauration de l'autorité de l'État, de restaurer la sécurité dans le pays en effaçant les séquelles de la rébellion. Une fois que la situation socio-politique sera stabilisée, il faudra poursuivre le travail d'assainissement de l'économie, engager la reconstruction des infrastructures sociales ( routes, hôpitaux, écoles etc.) et s'atteler à créer des emplois pour les jeunes.


À propos de Pascal Affi N'guessan

Pascal Affi N'guessan, 57 ans a rejoint le parti créé par Laurent Gbagbo (le Front populaire ivoirien), en 1989. Membre de la direction nationale du FPI dès 1990, Il en est actuellement le président. Cet ingénieur de télécommunication, diplômé de l'Institut national des télécommunications d’Évry en France, a notamment été ministre de l'Industrie et du tourisme (de janvier à octobre 2000) pendant la transition militaire. Il est nommé Premier ministre en octobre 2000, un poste qu'il a occupé jusqu'en mars 2003.
Pascal Affi N'guessa a par ailleurs participé aux négociations de Linas-Marcoussis, dans le cadre de la résolution du conflit déclenché en 2002.