Entretien avec Patrick N'Gouan de la société civile ivoirienne

Le coordinateur de la Convention de la société civile ivoirienne (CSCI) définit les priorités de la Côte d'Ivoire après l'élection présidentielle d'octobre 2010. La CSCI, qui est un organe national indépendant, donne des avis consultatifs sur les questions liées à la résolution du conflit ivoirien.

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L'élection présidentielle aura finalement lieu le 31 octobre après plusieurs reports. Que représente ce suffrage pour les Ivoiriens ?

Les Ivoiriens espèrent un grand changement après cette élection, mais beaucoup sont encore dubitatifs sur la tenue même de cette élection dimanche, après les multiples reports. Cette élection est un soulagement pour les Ivoiriens, une condition certes pas suffisante, mais nécessaire à une sortie de crise après toutes ces années difficiles.

La crise ivoirienne est si profonde, avec des paramètres - politique, économique, culturel et social - compliqués. Il faudra des hommes travailleurs à la tête de notre pays et non pas un gouvernement de propagande.

La méfiance et le sectarisme se sont profondément installés depuis le début de la crise et les considérations ethniques et tribales ont pris de l'ampleur, du fait des manipulations des hommes politiques.

La crise politique ivoirienne ne sera donc pas définitivement réglée avec l'organisation de cette élection ?

La crise ne sera pas réglée avec l'élection. Tous les indicateurs socio-économiques sont dégradés ( systèmes éducatifs et sanitaires en déclin, accroissement de la pauvreté, finances publiques à plat), c'est un grand chantier qui attend le futur président de la Côte d'Ivoire et rien n'est gagné d'avance.

Dominique Strauss-Khan, directeur du Fond Monétaire International à la CSCI - mai 2009
Dominique Strauss-Khan, directeur du Fond Monétaire International à la CSCI - mai 2009
Comment voyez-vous la Côte d'Ivoire de l'après-élection ?

Cela dépendant du candidat qui sera élu. Si le futur président est un rassembleur, il devra mettre en place un ensemble de structures indépendantes pour affronter véritablement le problème de la réconciliation nationale.

Si ce futur dirigeant ne parvient pas à surmonter les divisions de notre société, je crains fort que cette crise se renforce. les Ivoiriens doivent être suffisamment adroits et rationnels pour plébisciter le leader qui défendra l'intérêt général.

Je n'ai malheureusement pas le droit de désigner un candidat précis compte tenu de ma position à la tête de la société civile.

Quelles sont les zones d'ombre à éclaircir dans le règlement de ce conflit qui dure depuis dix ans ?

Il y a tant de priorités qui attendent le futur président : il devra en premier lieu s'atteler à achever la réconciliation du pays qui est divisé en deux depuis 2002. Il faut créer un organe indépendant, constitué de personnalités étrangères à cette crise, afin de résoudre définitivement la question de la réconciliation nationale. Il faut enfin et surtout faire un point sur la gestion des ressources de notre pays. La Côte d'Ivoire est un pays très riche mais les ressources sont très mal gérées. Les Ivoiriens seront particulièrement attentifs à cette question.


À propos de Patrick N'Gouan

Patrick N'Gouan est le coordonnateur de la Convention de la Société Civile Ivoirienne (CSCI). Cet organisme qui réunit à la fois des centrales syndicales, des chefferies traditionnelles et des organisations religieuses a été créé en janvier 2003 à l’initiative de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme (LIDHO). La Convention comprend aujourd’hui 57 organisations ivoiriennes, liées entre elles par un accord-cadre adopté le 21 octobre 2005. Patrick N'Gouan, qui a auparavant dirigé la Ligue ivoirienne des droits de l'homme, préside la CSCI depuis cette date.