France et Algérie : main dans la main contre le terrorisme?

Laurent Fabius et son homologue Ramtane Lamamra ont précisé leurs positions sur la situation au Sahel ©AFP

Lors de sa visite en Algérie, Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, s'est entretenu avec son homologue algérien sur la situation dans le Sahel. Au même moment, le quotidien El Watan révélait que l'armée algérienne était en opération dans l'ouest de la Libye depuis le 29 mai. Les chefs des diplomaties française et algérienne ont pourtant nié toute intervention. 

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Trois semaines après Jean-yves Le Drian, ministre français de la Défense, Laurent Fabius a été accueilli à Alger par son homologue Ramtane Lamamra. L'occasion pour les deux hommes de démentir la tenue d'une opération militaire en Libye révélée par EL Watan quelques jours plus tôt. Mais le quotidien maintient ses affirmations.

"Selon nos informations, de source militaire, 3500 paras […] et un groupe de soutien et d'appui logistique de 1500 hommes sont déployés actuellement de l'autre côté  de la frontière", précise le journal. Il ajoute que l'armée algérienne serait épaulée par des "forces spéciales américaines, françaises et algériennes dans le Sud libyen".

Cette intervention militaire conjointe de la France et de l'Algérie, la première depuis l'indépendance du pays en 1962, pourrait faire suite à la visite du ministre français de la Défense, en mai 2014. Il avait alors déclaré : "Nous [la France et l'Algérie ndlr] sommes conscients que nous sommes face à un ennemi commun, le terrorisme, et que nous devons déployer tous les efforts possibles pour le déraciner, où qu'il se trouve."


Jean-Yves Le Drian a été reçu par son homologue algérien en mai 2014 ©AFP
Accord de défense

Un accord signé en juin 2008 par François Fillon, alors Premier ministre, et Hervé Morin, ministre de la Défense, permet une association des deux pays dans  le cadre d'une opération de défense. "Le document concerne la formation et l'échange de personnels et devrait ouvrir la voie à des contrats d'armement", détaillait à l'époque Le Figaro.

Dans une interview à El Watan, publiée sur le site du ministère de la Défense, Jean-Yves Le Drian souligne que cet accord (entré en vigueur le 1er janvier 2013) "offre un cadre favorable [aux] échanges [franco-algériens] en matière de défense".

Le journaliste et écrivain algérien, Akram Belkaid rapporte sur le site OrientXXI qu'en mai dernier le ministre de la Défense avait "rappelé avec insistance que son pays et l’Algérie ont des accords très clairs pour éradiquer le terrorisme sous toutes ses formes qui sévit en Afrique du Nord et gangrène les États".

Abdelaziz Bouteflika a été réélu pour un quatrième mandat avec 81,53% des voix ©AFP
Alliance intéressée

L'Algérie et la France nouveaux alliés? Les deux pays n'ont pas signé de traité militaire depuis la fin de la guerre d'indépendance en 1962. Mais une coopération franco-algérienne se met indéniablement en place.

Pour Antoine Glaser, journaliste spécialiste de l'Afrique et rédacteur en chef de La lettre du continent, traditionnellement l'Algérie ne supportait pas de voir la France intervenir à ses frontières. Pour lui, la situation a changé en 2013: "Le pays a été touché par la prise d'otages d'In Amenas[le 16 janvier 2013, un commando de djihadistes attaque le site gazier de Tigantourine et prend les employés en otages. Une quarantaine de personnes trouvent la mort lors de l'assaut lancé par les forces algériennes ndlr]. Les Algériens craignent désormais pour leur propre sécurité et sont rassurés de voir la France s'occuper du Nord Mali."

Aujourd'hui la Libye serait la principale préoccupation de l'Algérie. "La plupart des djihadistes poursuivis en Algérie s'y réfugient", explique Antoine Glaser. De plus, l'intervention française de 2011 pousse François Hollande à se soucier de la situation dans le pays. "Ce partenariat est tout à fait nouveau. C'est la preuve qu'il y a un minimum de confiance entre les deux pays", poursuit le journaliste.

Le rapprochement franco-algérien serait également une affaire de personnes. Le jour de la réélection d'Abdelaziz Bouteflika pour un quatrième mandat et malgré sa faiblesse physique évidente, Paris félicitait le candidat élu et François Hollande lui souhaitait "un plein succès".

Dès lors, pas étonnant que Laurent Fabius, au moment de dresser le bilan de sa visite algérienne, défende les capacités intellectuelles du président algérien. "Je pense que, quels que soient les éléments physiques qu’on connaît, son état d’esprit est total", rapporte le quotidien El Watan.

"C'est un deal, avance Antoine Glaser. La France aimerait sous-traiter les problèmes de la zone [du Nord-Mali ndlr] à l'Algérie. Alors en échange, Paris continue à dire que Bouteflika est capable de diriger le pays."


Le Sahel est une zone stratégique car elle abrite de nombreux groupes djihadistes ©AFP
Une affaire régionale

La taille des frontières de l'Algérie l'obligerait de toute manière à prendre position au Sahel. Avec près de 1000 kilomètres en commun avec la Libye, le pays ne peut pas prendre le risque de laisser déborder le chaos qui y règne. Une intervention militaire serait pourtant contraire à un principe de non-intervention dans les affaires de pays étrangers en vigueur dans le pays depuis 1962.

Le gouvernement algérien a d'ailleurs démenti toute opération en Libye et M. Fabius a qualifié d'"allégation" l'hypothèse d'une opération conjointe. Son armée ne s'est pas exprimée sur l'envoi de troupes derrière la frontière algéro-libyenne.

Laurent Fabius a conclu son séjour en réaffirmant la bonne entente franco-algérienne en matière de géopolitique: "Nous avons parlé de nos relations politiques et nous avons fait le tour du monde, à commencer par cette région. Nous sommes d’accord sur l’analyse des grandes questions et la façon d’appréhender les problèmes régionaux."

Reste une question: l'Algérie serait-elle d'accord pour assumer le rôle de "gendarme du Sahel"?

11.06.2014Slimane Zeghidour dans le 64' de TV5MONDE
France et Algérie : main dans la main contre le terrorisme?