Afrique

France-Gabon : pétrole, intérêts et vigilance

<span id="result_box" lang="fr"><span>Quelques voitures brûlées</span> <span>près d'un</span> <span>bâtiment du gouvernement</span><span>, à la suite</span> <span>d'une manifestation</span> <span>électorale</span> <span>à Libreville</span><span>, au Gabon</span><span>, le jeudi</span> <span>1 septembre 2016</span></span>
Quelques voitures brûlées près d'un bâtiment du gouvernement, à la suite d'une manifestation électorale à Libreville, au Gabon, le jeudi 1 septembre 2016
(AP Photo / Joel Bouopda)

La France suit de près les événements au Gabon. Parce que ses ressortissants y sont très nombreux, environ 12 000, mais aussi au nom d'une histoire mouvementée et d'intérêts bien compris.

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La situation au Gabon est scrutée attentivement depuis la France.
François Hollande appelle "toutes les parties à la retenue et à l'apaisement, ce qui suppose un processus garantissant la transparence sur les résultats du scrutin".  Jean-Marc Ayrault  réclame "la publication des résultats, bureau par bureau". Le chef de la diplomatie française émet un doute "sur la sincérité des résultats publiés".
Deux déclarations qui traduisent, malgré tout,  un certain changement dans les relations France-Gabon.
Le soutien inconditionnel français semble en effet appartenir à une époque révolue. Si tel est le cas, il aura tout de même bien vécu. 
Pendant 42 ans, Omar Bongo, père de Ali, obtiendra - selon des chiffres officiels - des suffrages himalayesques à chaque élection présidentielle : 99,6 % des voix en 1973 ; 99,8 % des suffrages en 1979 ; 99,97 % des voix en 1986, etc.
Pendant ces décennies, la France ne dira mot.
Et gare à l'opposition gabonaise qui osera contester la validité des chiffres. Elle le fera toujours à ses risques et périls.

Quatre opposants gabonais morts ou assassinés dans des conditions mystérieuses. A gauche, <span>Joseph Rendjambé, </span>à sa droite Martine Oulabou.<br />
En bas à gauche le poète Ndouna Depenaud et à sa droite Germain Mba
Quatre opposants gabonais morts ou assassinés dans des conditions mystérieuses. A gauche, Joseph Rendjambé, à sa droite Martine Oulabou.
En bas à gauche le poète Ndouna Depenaud et à sa droite Germain Mba
(DR)

Assassinat mystérieux des opposants

Germain Mba est assassiné en 1971 à Libreville par deux mercenaires alors qu’il rentrait chez lui en compagnie de sa famille. Même sort tragique en 1977 pour le poète Ndouna Depenaud. Citons également, en 1990, la mort dans des circonstances mystérieuses de Joseph Rendjambé, Premier secrétaire général du Parti gabonais du progrès (PGP) assassiné dans la nuit du 22 au 23 mai 1990.
La liste est longue.
Comment oublier Doukakas Nziengui, co-fondateur de l’Union du peuple gabonais (UPG), arrêté le 25 septembre 1989 pour tentative de coup d’Etat, et qui mourra le 16 octobre 1990 à la prison centrale de Libreville ? Enfin, évoquons la mémoire de Martine Oulabou, cette enseignante-militante qui se battait pour de meilleures conditions de travail. Le 23 mars 1992, celle qui représente désormais le symbole de la lutte syndicale au Gabon trouva la mort sous des balles de fusil lors d'une manifestation.
Les coupables n’ont jamais été retrouvés.

<span id="result_box" lang="fr"><span>Barricades</span>  <span>dans une rue</span> <span>suite à la</span> <span>protestation</span> <span>électorale</span> <span>à Libreville</span><span>, au Gabon</span><span>, le jeudi 1er</span> <span>septembre</span>  </span>
Barricades  dans une rue suite à la protestation électorale à Libreville, au Gabon, le jeudi 1er septembre 
(AP photo / Joel Bouopda)

Exaspération économique

Pour comprendre l'exaspération qui touche de nombreux Gabonais, il faut examiner certains chiffres.
Riche en hydrocarbures, le Gabon l'est aussi en promesses politiques. La pauvreté qui touche 32,7 % de la population  (Banque mondiale) n'a jamais été éradiquée, en dépit des multiples engagements étatiques.
Selon une enquête parue en 2012 (Global States of Mind – New Metrics for World Leaders / État d’esprit global dans le monde : nouvelles données pour les dirigeants) 70 % de la population gabonaise  ( près des trois quarts des habitants du pays !) éprouve des difficultés pour se nourrir et seulement 39% des Gabonais se sentent en sécurité chez eux. La vaste majorité (61%) témoignerait d’une grande méfiance envers les forces de sécurité et disent n’avoir aucune confiance dans le système judiciaire.

Thinkstock photo

"La France sans l'Afrique ? Une voiture sans carburant !"


Le père de Ali bongo, Omar Bongo, avait sa définition des relations franco-africaines : " L’Afrique sans la France, c’est la voiture sans le chauffeur. La France sans l’Afrique, c’est une voiture sans carburant". Et justement,  le commerce du pétrole gabonais se porte bien. Selon les chiffres fournis par la compagnie française, au 2e trimestre 2016, le chiffre d'affaires de Total Gabon s'élève à 194 millions de dollars, en hausse de 33 M$ (+20%) par rapport au 1er trimestre 2016 (161 M$). Sur son site internet,Total Gabon précise : "Le pétrole représente aujourd’hui 51% du PIB du Gabon, 85% de ses exportations et plus de 65% de ses recettes budgétaires".
Que de chemin parcouru depuis juin 1951, date du premier prélèvement pétrolier au bord de la rivière Ogooué ! 5 ans plus tard, les ingénieurs français ont la certitude
d'un gisement exploitable à Ozouri à 30 kilomètres de Port-Gentil.  Sa mise en valeur est envisagée dès 1957 sur la base de 100 000 tonnes par an. De fait, en mai 1957, le pétrolier Ronsard aborde le Havre avec dans ses cuves 16 000 tonnes de pétrole brut extrait des gisements d'Ozouri et de Pointe-Clairette.
Un événement.
C'est la première fois que du pétrole extrait d'Afrique noire est transporté en Europe.

Prudence des ressortissants français

Au cas où la situation dégénère, 450 soldats français se tiennent prêt à Libreville, prêts à se déployer pour protéger les ressortissants (ils sont environ 12000) ou organiser leur évacuation. Joint par la radio Europe 1, Alain Marsaud, député (LR) des Français de l'étranger, précise :  "Les Français ne se sentent pas menacés, contrairement à la précédente élection présidentielle, mais ils restent prudents car un retournement politique peut avoir lieu. (...) Tout le monde reste en contact avec tout le monde en particulier grâce à WhatsApp.  Toutes les dix secondes, tout le monde sait ce qu'il y a à savoir et ce que tout le monde voit".
Malgré tout, Jean-Marc Ayrault a décidé  l’ouverture d’une cellule de crise afin de répondre à l’inquiétude des ressortissants français. Celle-ci est joignable au numéro suivant : 01 43 17 55 95. Le Quai d’Orsay a de plus demandé aux ressortissants français " de reporter tout projet de voyage au Gabon et à ceux qui sont sur place d’observer les consignes de prudence et de rester à leur domicile ". Et c'est pour cette même raison raison de prudence que la rentrée scolaire, prévue pour mardi prochain dans les collèges et les lycées, a été reportée d'une semaine.