François Hollande : le bilan africain

François Hollande et son homologue malien, Ibrahim Boubacar Keita, le 27 juillet 2016 à Paris.
François Hollande et son homologue malien, Ibrahim Boubacar Keita, le 27 juillet 2016 à Paris.
(AP Photo/Thomas Padilla, Pool)

Le président français François Hollande a annoncé qu’il ne serait pas candidat à sa propre succession lors de l’élection présidentielle de 2017. Quel bilan tirer de son mandat pour le continent africain ? Eléments de réponse avec Christophe Boisbouvier, journaliste à Radio France Internationale et auteur de Hollande l’Africain (2015, éd. La Découverte).

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Pendant la campagne présidentielle de 2012, François Hollande avait déclaré qu’il abandonnerait la Françafrique. Cinq ans après, où en est-on ?

Christophe Boisbouvier : Quand il était candidat en 2012, François Hollande avait en effet promis de rompre avec la Françafrique. Il avait aussi constaté qu’en 2009, le président gabonais Ali Bongo n’avait pas été élu démocratiquement, et avait déclaré qu’il n’accepterait pas la fraude, où que ce soit. Il avait fait un certain nombre de promesses assez fortes. La première année de son mandat, il a essayé de mettre à exécution cette promesse. Notamment lors du sommet de la Francophonie d’octobre 2012, auquel il a failli ne pas aller parce qu’il se déroulait à Kinshasa. Il a ostensiblement boudé l’hôte du sommet, Joseph Kabila.

Janvier 2013 est un tournant. Les djihadistes du Nord Mali menacent alors Bamako. Pour déployer la force militaire française Serval, il faut s’appuyer aussi sur l’allié tchadien, qui envoie des troupes en renfort dans le massif des Ifoghas au Nord Mali. Au nom de cette alliance, il faut renouer avec la realpolitik des prédécesseurs de François Hollande, et fermer les yeux sur un certain nombre d’entorses à la démocratie.

 
Christophe Boisbouvier.<br />
 
Christophe Boisbouvier.
 
(DR)
Quel a été l’impact sur le bilan de François Hollande, de cette décision de déployer des troupes françaises au Mali ?

C.B. : François Hollande est longtemps passé auprès de ses camarades du Parti socialiste pour un grand mou, ne sachant pas prendre de décision. C’était d’ailleurs un des thèmes de la campagne de Martine Aubry lors de la primaire de 2011.

Dans l’affaire malienne, François Hollande a montré un tout autre visage. Celui d’un homme capable de prendre des décisions courageuses : il a fallu qu’il décide en 24  heures d’envoyer des hélicoptères et des troupes au sol au Mali, pour stopper l’avancée des djihadistes sur Mopti et peut-être Bamako. Cela alors qu’un certain nombre de ses conseillers lui disaient ne pas envoyer de troupe au sol, cela risquant de redonner une image françafricaine de la gouvernance de la France. Il a maintenu sa ligne.

Trois semaines plus tard, début février 2013 à Bamako, il a même eu cette phrase alors qu’il rentrait d’une visite à Tombouctou, libérée, avec une foule chavirée de bonheur : « Je viens sans doute de vivre la journée la plus importante de ma vie politique ». On peut penser que cette phrase tient au fait que, primo, il avait montré que s’il avait déjà de mauvais résultats sur le plan économique, il pourrait quand même présenter quelque chose de son bilan ; deuxio, qu’il pourrait montrer que malgré l’image de grand mou qu’il pouvait donner, eh bien non, il avait les capacités d’être un homme d’Etat.

Qu’en est-il des autres opérations militaires ?

C.B. : Après le Mali, il y a la Centrafrique - Sangaris - en décembre de la même année 2013. Puis vient la pérennisation de Serval sous la forme de Barkhane, sur les cinq Etats du Sahel. Derrière cette volonté de rester le gendarme de l’Afrique, cela à la demande des Africains il faut être bien clair, il y a celle de maintenir le rang de la France.

François Hollande est ce que l’on pourrait appeler un gaullo-mitterrandien. C’est-à-dire qu’il pense que si la France veut garder son statut parmi les grands, avec l’un des cinq sièges permanents au Conseil de sécurité, il faut qu’elle le mérite, en menant un certain nombre d’actions stratégiques, que ce soit au Moyen-Orient, au Sahel, en Centrafrique, ou ailleurs. Serval et Sangaris permettront d’ailleurs à François Hollande d’être reçu en février 2014 à la Maison Blanche par Barack Obama, avec le tapis rouge.

Que sont devenues ses promesses quant à l'aide au développement ? Plus en général, quel bilan économique pour l'Afrique peut-on tirer de ce mandat ?

C.B. : Concernant l’aide au développement, le bilan de François Hollande est négatif. Comme l’économie française va mal, il n’a pas été en mesure de faire repartir à la hausse la part du budget consacrée à cette aide. Au contraire, elle n’a pas cessé de baisser pendant les quatre premières années de son mandat. Il est vrai qu’elle avait déjà baissé sous Nicolas Sarkozy.

En revanche, sur le plan économique, il y a une volonté de sursaut. Il a commandé deux rapports à deux de ses amis, Hubert Védrine et Jacques Attali, respectivement sur les atouts économiques de la France en Afrique et sur les atouts économiques de la Francophonie. À partir de ces constats, il essaie de lancer une banque d’investissement en Afrique pour aider les investisseurs français à revenir en Afrique et à reconquérir les parts de marché qu’ils ont perdu face, notamment, à la concurrence chinoise. Par ailleurs, il y a la volonté déjà lancée par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, ses deux prédécesseurs, de placer beaucoup d’atouts sur le Nigeria, qui est aux yeux des Français l’un des grands géants de l'avenir du continent africain, peut-être plus encore que l’Afrique du Sud.