Gabon : Ali Bongo dans la tourmente ?

Le Président Ali Bongo lors de la conférence sur le climat COP 21 à Paris, le 10 novembre 2015.
Le Président Ali Bongo lors de la conférence sur le climat COP 21 à Paris, le 10 novembre 2015.
(AP Photo/Francois Mori)

Le porte-parole du gouvernement gabonais estime qu'il s'agit d'une "affaire privée" mais le scandale guette. Ali Bongo Ondimba est assigné en reconnaissance de paternité. A quatre mois de la prochaine élection présidentielle, l'affaire embrase les réseaux sociaux et embarrasse le pouvoir : la polémique sur la filiation du président pourrait être relancée.

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Joyce Ondo vit en France, à Angers.  Sa fille est une adolescente de 17 ans. Elle serait la fille du Président de la république du Gabon, Ali Bongo Odemba.

Joyce Ondo affirme avoir rencontré Ali Bongo au lycée, en mai 1994. Sa fille Amissa Albertine, qui est née le 26 mai 1998, aurait hérité du prénom d'une de ses soeurs décédés.

La jeune femme a choisi le JDD pour exprimer sa vérité : "Amissa est sa fille, et je me suis tue pendant trop longtemps pour le protéger. Ma fille est la Mazarine du Gabon ( allusion à Mazarine Pingeot, la fille cachée de François Mitterrand), mais à ceci près que son père a toujours refusé de la voir. (...) Quand Ali Bongo m’a revue en 1998, il voulait m’acheter une maison, mais il m’a prévenu qu’il ne "verrait pas Amissa". J’ai tout de suite décliné pour la maison… Il m’a offert une Mercedes C180, que j’ai acceptée. Et puis quand il s’est remarié en décembre 2000, avec l’actuelle première dame, je me suis dit que c’était terminé entre nous. J’ai trouvé du travail dans une banque, et j’ai même posé pour une publicité.

Ali Bongo Ondimba, né le 9 février 1959 à Brazzaville ?


Le dossier en reconnaissance de paternité a été déposé auprès du tribunal de grande instance d’Angers. Ali Bongo se soumettra-t-il à un test ADN si le tribunal le lui demande  ?  L'affaire n'est pas sans conséquence à quatre mois de l'élection présidentielle.
Et elle réveille un certain malaise dans le pays.

Le journaliste Pierre Péant, dans son livre,  "Nouvelles affaires africaines – Mensonges et pillages au Gabon" affirmait que  le président de la République n’est pas le fils biologique d’Omar Bongo et Joséphine Kama mais qu'il serait  né dans la province nigériane du Biafra. Ali Bongo était soupçonné au Gabon d’avoir été adopté par son père, l’ancien président Omar Bongo.
Mais, surprise,  le 18 juin 2015, le service central de l'état civil français a délivré un extrait d’acte de naissance allant dans le sens de la version officielle. Selon le document, Ali Bongo Ondimba est bien né le 9 février 1959 à Brazzaville, alors capitale de l’Afrique équatoriale française (AEF), où résidait son père.
Le doute, malgré tout,  est resté.

 

L'avenir politique du président gabonais ?


Biafra, Congo, quelle importance ? L'affaire, en fait, est capitale... et explosive. 

L’article 10 de la Constitution gabonaise est sans ambiguïté : " Sont éligibles à la Présidence de la République, tous les Gabonais des deux sexes jouissant de leurs droits civils et politiques, âgés de quarante(40) ans au moins et résidant au Gabon depuis 12 mois au moins.Tout Gabonais bénéficiant d’une autre nationalité au titre de laquelle il a exercé des responsabilités politiques ou administratives dans un autre pays, ne peut se porter candidat.

Toute personne ayant acquis la nationalité gabonaise ne peut se présenter comme candidat à la Présidence de la République. Seule sa descendance ayant demeuré sans discontinuité au Gabon le peut, à partir de la quatrième génération."

L'avocat de Joyce Jennifer Ondo, Maître Pardo, ne compte donc pas en rester là : "Nous sommes prêts à aller jusqu’au bout, au besoin en demandant des tests ADN avec d’autres membres de la famille Bongo" déclare-t-il, confiant,  au JDD.

A cette heure,  le tribunal d’Angers a entre ses mains l’avenir politique du Président de la République...  à moins que ne survienne un arrangement entre les deux parties.  Si cette assignation  en reconnaissance de paternité s'effaçait, Ali Bongo pourrait se consacrer pleinement à l'élection présidentielle à venir. Dans le cas contraire, l'opposition ne manquerait pas de ce servir de cette affaire pour mieux servir ses propres affaires.