Afrique

Gabon : le bras de fer post-électoral se poursuit dans un pays au ralenti

Jean Ping, perdant selon la Commission électorale, auto-proclamé élu (à gauche), Ali Bongo, réélu pour un nouveau septennat (à droite)
Jean Ping, perdant selon la Commission électorale, auto-proclamé élu (à gauche), Ali Bongo, réélu pour un nouveau septennat (à droite)
©DR

Onze jours après l'élection présidentielle au Gabon, le camp du président désigné vainqueur, Ali Bongo Ondimba et celui de son rival Jean Ping, auto-proclamé élu, poursuivent leur bras de fer. La France se dit inquiète du sort de plusieurs de ses ressortissants portés disparus depuis les évenements. Un pays entre parenthèses, qui connait encore aujourd'hui de multiples coupures internet.

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Sans nouvelles de plusieurs de ses ressortissants, la France a fait part de son inquiétude auprès des autorités gabonaises. Mardi matin sur RTL, le Premier ministre français Manuel Valls, réitérait la préoccupation des autorités françaises.

 
Dans un communiqué, le ministère gabonais des Affaires étrangères a confirmé l'interpellation de binationaux par les forces de l'ordre pendant les manifestations post-électorales.

"Les services du ministère de la Justice se tiennent à la disposition des familles pour répondre à leurs questions", poursuit le texte : "les autorités gabonaises rappellent que - selon la législation gabonaise - les citoyens binationaux établis au Gabon, ne peuvent se prévaloir d'une autre nationalité au Gabon et par conséquent, sont assujettis aux lois et règlements gabonais".

"Le ministère des Affaires étrangères, ayant entendu les préoccupations des autorités françaises, se tient à la disposition de celles-ci pour faire toute la lumière sur cette situation", conclut le communiqué.

Démission choc


Par ailleurs, le gouvernement enregistre un désistement de taille avec la démission du ministre de la Justice.  Séraphin Moundounga demande le recomptage des voix du scrutin présidentiel, bureau de vote par bureau de vote, procès-verbal par procès-verbal.
Le deuxième vice-Premier ministre gabonais a annoncé sa démission. Il s'agit de la première défection de haut niveau depuis le début des troubles mercredi dernier.

« J'ai redouté que le Gabon puisse basculer dans la violence si les résultats étaient rendus publics sans qu'il ne soit procédé au recomptage des résultats, procès-verbal par procès-verbal de chaque bureau de vote. Ceci n'ayant pas pas eu lieu, le pays a basculé dans la violence et cette violence se poursuit de façon latente jusqu'à ce jour. Donc la paix est gravement menacée dans notre pays, la sécurité est gravement menacée. Il a été répondu que le recomptage n'était pas prévu par la loi électorale gabonaise », a indiqué M. Moudounga à RFI.

 
demission seraphin
Entretien réalisé par Sébastien Nemeth, de RFI.
©RFI
 

Même appel venu depuis la France par la voix de son Premier ministre Manuel Valls qui a souhaité ce mardi matin sur la radio RTL (voir plus haut) un nouveau "décompte" des voix du scrutin présidentiel au Gabon, où des violences ont suivi l'annonce de la réélection contestée du président Ali Bongo Ondimba.


"La sagesse commanderait de faire un nouveau décompte des résultats", a déclaré le chef du gouvernement au micro de RTL. (NDLR: l'Union européenne et les Etats-Unis ont aussi demandé la publication des résultats de tous les bureaux de vote du Gabon (environ 2.500)).

De son côté, le pouvoir refuse tout recomptage en arguant que la loi électorale ne le prévoit pas, et a accusé l'opposant de "complot" par la voix du ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Alain-Claude Bilie-By-Nze.

Appel à la grève générale

Le chef de l'opposition gabonaise Jean Ping, qui n’a toujours pas indiqué s’il comptait déposer un recours devant la Cour constitutionnelle, a lancé lundi un appel à une "grève générale" pour "faire tomber le tyran". Il a demandé aux Gabonais de "résister par le blocage économique du pays", dans une déclaration sur sa page Facebook.
 
©capture d'écran/Facebook

Des manifestations et des pillages ont éclaté dans tout le pays après l'annonce mercredi dernier de la réélection du président sortant, Ali Bongo Ondimba, contestée par son rival, Jean Ping, qui s'est proclamé "président élu".

Selon le ministre de l'Intérieur Pacôme Moubelet-Boubeya, ces violences ont fait trois morts et 105 blessés, dont 67 parmi les forces de sécurité. Selon un comptage de l'AFP, les troubles ont fait au moins sept morts, dont un policier.

Des dizaines de Gabonais cherchent toujours un proche introuvable depuis les violences et les centaines d'arrestations qui ont suivi l'annonce de la réélection de M. Bongo. De nombreuses familles sont toujours à la recherche de leurs proches.

Lundi, les premières comparutions ont eu lieu devant les tribunaux de Libreville. Les proches de personnes disparues s'étaient rassemblés pour tenter d'obtenir des nouvelles des leurs. Reportage sur place de nos envoyés spéciaux Ilhame Taoufiqi et Clément Alline.

disparus reportage
©TV5monde

Lors d'une nouvelle audience de comparution au tribunal de Libreville de dizaines de personnes arrêtées la semaine dernière, deux frères franco-gabonais, Baptiste, 29 ans, et Cassien, 25 ans, ont été libérés mardi, a constaté un journaliste de l'AFP.

Sortant de son habituelle réserve, l'Union africaine (UA) s'est dite prête à envoyer au Gabon "une délégation de haut niveau composée de chefs d'Etat africains, accompagnés par de hauts responsables de la Commission de l'UA et des Nations unies", "dès que les conditions pour une visite seront établies".