Vidéo : Gabon, le président Ali Bongo s'explique

Ali Bongo
Ali Bongo, interviewé pour TV5Monde Par Simon Rodier

Le président sortant Ali Bongo Odimba dont la réélection est contestée par son opposant Jean Ping, a accordé un entretien exclusif à nos envoyés spéciaux à Libreville.

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Le président Gabonais a été interrogé sur les irrégularités et incongruités de cette élection présidentielle, notamment sur le taux record de participation de la province du Haut-Ogooué à 99,93%.  Pour Ali Bongo Odimba, ce taux record de participation est dû "au langage très agressif et injurieux que tient Monsieur Ping dans cette province, c'est ce qui donc a mené à une forte mobilisation, sans précédent, avec cette province qui a voulu lui répondre."

A propos des anomalies de certains scores, le président gabonais indique que "des recours ont été déposés sur les scores que Monsieur Ping a atteint dans certaines provinces". Sur le fait que les délais pour déposer ces recours n'ont pas été respectés, Monsieur Ali Bongo déclare : "Nous sommes appelés à répondre aux accusations de Monsieur Ping, et c'est donc un contre-recours  que nous avons fait".

Sur l'émotion provoquée par les résultats qui a mené à demander le recomptage des voix, le président gabonais reste tranquille : "avant que les recours n'arrivent à la cour constitutionnelle, on a déjà recompté trois fois. Mais la commission électorale ne peut pas être juge et partie, voilà pourquoi la Cour constitutionnelle vient en dernier ressort et recompte à nouveau".

Il y a eu des violences policières, au cours de ce qui a été appelé une attaque contre le quartier général de Jean Ping, mais le chef de l'Etat estime que les agresseurs ne sont pas du côté de la police : "Lors de ma visite a l'hôpital militaire, j'ai vu des membres des forces militaires touchés et blessés par des balles. Qu'on ne vienne pas me parler de violences policières alors que lorsque les forces de l'ordre sont arrivées, on leur a tiré dessus."

Sur le nombre de décès, déclarés de trois mais fortement contesté par une partie de la population qui estime qu'il y en a eu beaucoup plus, le président répond que "s'il ne s'agissait pas de vies humaines, je pourrais qualifier tout ça de fantaisiste, mais c'est quand même quelque chose de sérieux, et je voudrais que sur des questions comme celle-là, on ne cherche pas à impressionner les un et les autres."

A propos des témoignages, recoupés, de personnes disparues ou maltraitées en prison, le président Ali Bongo affirme : "Les personne détenues ont soit été déférées, soit relâchées. Dans les gendarmeries ou les camps de police il n'y a plus personne. N'oublions pas que nous avons secouru des compatriotes dans le quartier général de Monsieur Ping, notamment quelqu'un qui a été ficelé, frappé, on lui  a tiré dessus et on l'a torturé. Ce compatriote torturé a témoigné et a bien dit que ces violences lui avaient été occasionnées par le responsable de la sécurité de Monsieur Ping."

Sur l'usure de la population, face à 40 ans de règne politique sous le nom de Bongo, le président Ali Bongo réplique que "ce n'est pas parce qu'on porte le même nom qu'on ne peut pas être porteur du changement (…) Mes concurrents étaient bien plus [que moi] aux affaires avec l'ancien régime, mes concurrents sont des caciques de l'ancien régime, ce que je ne suis pas (…) Mes concurrents sont les candidats de la Françafrique, ils veulent perpétuer un système que nous, nous avons fait évoluer".

Si le président est confirmé comme président par le Conseil constitutionnel, il n'en reste pas moins que près de la moitié des électeurs gabonnais n'a pas voté pour lui. Face à ce constat, et la nécessité ou non de prendre en compte cette partie de l'électorat, Ali Bongo Odimba répond : "Il est clair que j'ai entendu le message (…) Il est clair que je vais devoir lancer des initiatives pour tous ceux qui ne m'ont pas suivi. Si je suis élu, j'ai indiqué que je lancerai des changements importants, autant sur le plan institutionnel, politique, qu'économique."