Afrique

Gabon : justice en panne, magistrats en grève

Les magistrats gabonais dénoncent, entre autres,  les affectations arbitraires qui fragilisent l'indépendance de la justice.
Les magistrats gabonais dénoncent, entre autres,  les affectations arbitraires qui fragilisent l'indépendance de la justice.
(DR) photo non datée

A partir de ce lundi, et pour quinze jours renouvelables, les magistrats Gabonais sont en grève. Ils dénoncent l'extrême pauvreté de leurs moyens et estiment ne plus pouvoir travailler en toute sérénité. Nouvelle situation de crise pour le Président Ali Bongo.   

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Trop, c'est trop !
Justin Loundou, vice-président du syndicat des magistrats (Synamag), avait prévenu l'imminence de son action vendredi : " C’est une grève censée être dure pour attirer l’attention de l’exécutif sur le traitement des jeunes magistrats. Nous sommes un pouvoir et méritons d’être respectés comme tel. "
Pour se faire entendre, les magistrats, à compter de ce lundi 28 novembre, ne rendront donc plus la justice. Cependant, promet le vice-président du syndicat des magistrats, " Il y aura certes un service minimum mais il n'y aura plus d'audiences dans les tribunaux ".


Que réclament-ils, ces magistrats en colère ? La mise à disposition de locaux de travail de leurs collègues des tribunaux administratifs de Franceville et de Port-Gentil, mais aussi, preuve que le minimum n'est pas honoré,  les commandes de costumes d’audience ! " Comment comprendre, s'indigne Justin Loundou sur RFI,  que les jeunes magistrats sont obligés de se faire confectionner des toges alors que la loi prévoit que celles-ci doivent être fournies gratuitement ? ".

 
Le malaise, on s'en doute, est plus profond
La justice gabonaise n'entend plus être l'obligée du pouvoir politique. Déjà, le 12 juillet,  les magistrats avait  émis le souhait de voir réformer le Conseil supérieur de la magistrature (CSM).


Elle affirmait qu'il était temps de "revoir la Constitution et le cadre législatif des statuts des magistrats". Pour être plus précis, ils ne veulent plus que les réunions du Conseil supérieur de la magistrature soient présidées par le chef de l'Etat mais par les magistrats eux-mêmes. La revendication n'est pas nouvelle. Déjà, en mai dernier, prenant acte de la grogne du syndicat des magistrats sur cette question, Alain Claude Bilie By Nze,  le porte-parole du gouvernement déclarait : " Ce n’est pas parce que le président de la République préside le Conseil supérieur de la magistrature que la justice n’est pas indépendante. Elle est, de par les textes. Donc, il faut mieux articuler les choses et voir quelle révision de la Constitution on peut apporter, pour que cette revendication soit satisfaite, tout en préservant l’équilibre des pouvoirs et l’indépendance de la justice ".
Aucune avancée depuis.

Arrêter de jouer à Colin-maillard


Le pouvoir a beau accepter de négocier, les magistrats  font aujourd'hui monter la pression. Ils commencent un bras de fer que beaucoup de citoyens traduisent comme le symptôme d'une exaspération générale. 
Sur le site Gabon review,la journaliste  Roxane Bouenguidi  écrit : "... Au-delà des apparences, la situation générale est inquiétante à plus d’un titre. Les libertés individuelles sont bafouées comme jamais. L’unité de la nation est mise à mal par la singularisation politicienne de la province du Haut-Ogooué. Les forces de défense et de sécurité sont décrites comme des ennemis du peuple. La justice suscite méfiance et mépris (...) Les dirigeants de la majorité ne peuvent plus continuer à contraindre les populations à jouer à Colin-maillard avec les institutions. C’est puéril et contre-productif. Ils doivent regarder la vérité en face, assumer leurs responsabilités et envisager les voies et moyens de restaurer la souveraineté populaire. Au lieu de s’obstiner à nier la réalité sociologique, ou de multiplier les rodomontades, ils gagneraient à réfléchir à la reconstruction de notre vivre ensemble. Même s’ils sont davantage mus par la défense d’intérêts personnels et la crainte de devoir rendre des comptes, ils doivent bien se résoudre à songer à notre communauté de destin".

A cette heure, le pouvoir gabonais n'a pas officiellement réagi à cette grève qui gèle l'institution judiciaire pour au moins quinze jours.