« Ne lâchez rien », le message de Jean Ping à la diaspora gabonaise

Jean Ping, ex candidat à l'élection présidentielle gabonaise.
Jean Ping, ex candidat à l'élection présidentielle gabonaise.
© Laura Mousset/TV5MONDE

Jean Ping, ex candidat à la présidentielle gabonaise qui revendique la victoire, était à Paris pour sa première visite à l’étranger depuis le scrutin. L’objectif : rencontrer la diaspora et donner un cap pour poursuivre la bataille « pour la démocratie ».
 

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C’est sa première visite internationale depuis le scrutin présidentiel du 27 août dernier au cours duquel Ali Bongo a été réélu à la tête de l’Etat gabonais. Une victoire vivement contestée par l’opposition qui la qualifie de « coup d'état militaro-électoral ».

Depuis cette date, Jean Ping ne cesse de scander qu’il est le « président élu du Gabon ». « Vous le savez, le monde entier sait que j’ai remporté les élections », assure l’ancien ministre gabonais des Affaires étrangères que nous avons rencontré dans son chic hôtel parisien. Et d’ajouter : « Même Ali (Bongo, ndlr), le sait. Le monde entier sait qu’en face, on a triché. Les tricheurs eux-mêmes savent qu’ils ont triché ».
 

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La communauté internationale doit déclarer qui a gagné les élections

Jean Ping

Jean Ping doit se rendre aux Etats-Unis ce lundi pour discuter de la situation politique au Gabon et tenter de faire reconnaître sa victoire. Selon lui, la communauté internationale, qui a suivi et observé le processus électoral et l’élection depuis le début, a un rôle important à jouer et doit prendre ses « responsabilités » pour « accompagner le Gabon et son peuple sur le chemin de la démocratie et de l'Etat de droit », a-t-il écrit dans un communiqué posté sur son compte Twitter.
 

Ping communauté internationale


« La communauté internationale qui a pris part à tout ce processus doit dire le droit, déclarer, comme tout le monde sait, qui a gagné les élections, affirme Jean Ping. Nous allons donc aux Etats-Unis, pour cette raison là. Puisque les autorités américaines connaissent la situation, elles pourront dire la vérité et se prononcer comme il se doit. En Europe, c’est la même chose. On ne peut pas conseiller une procédure à suivre et lorsque nous la suivons, vous vous lavez les mains. Ce n’est pas possible ».
 

Ne lâchez rien !

Jean Ping

Mais avant de se rendre outre-Atlantique pour défendre sa cause, l’ex candidat à la présidentielle du Gabon en a « profité » pour s’arrêter à Paris et y rencontrer la diaspora gabonaise. « C’était fondamental, assure Jean Ping. La diaspora a abattu un travail considérable et s’est mobilisée pendant des semaines pour revendiquer notre victoire. Elle l’a fait de manière absolument admirable. Il était bon de les remercier, les encourager ».


Les encourager à garder le cap, c’est précisément ce qu’il a fait lors de son discours au Trocadéro, ce samedi 29 octobre. Debout devant un pupitre, au milieu d’une foule déchaînée de plusieurs centaines de personnes Jean Ping a déclaré : « Ne lâchez rien ! Nous sommes en train d’écrire une nouvelle histoire de notre pays ». Avant d’ajouter : « C’est votre victoire avant d’être la mienne ! ».

Acclamé par des partisans qui chantaient et dansaient, l’homme politique gabonais a assuré qu'il ne « dialoguerait pas avec les assassins ». «Ils ont perdu les élections, ils doivent partir un point c'est tout », a scandé l'ex candidat à la présidentielle, sous un tonnerre d'applaudissements. Il a ensuite déclaré :  « 2016 ne sera pas 2009 ! », en référence à l’élection contestée d’Ali Bongo qui a succédé à son défunt père. Beaucoup de Gabonais avaient eu l’impression qu’on leur imposait le fils de l’ancien président.


A chacune de ses phrases, Jean Ping a été applaudi par des partisans en bleu, jaune, vert, les couleurs du Gabon. Peinture sur le visage, drapeau national sur les épaules et pancarte de soutien dans les mains, les membres de la diaspora attendaient leur « président » comme un héros. « Jean Ping président, Jean Ping président ! » pouvait-on entendre dans un brouhaha de chants et de percussions.

« Je suis venue manifester pour la démocratie pour le peuple gabonais, confie Steeve, jeune Gabonais vivant à Paris. Cette démocratie qui est bafouée dans ce pays depuis plus de 50 ans. Aujourd’hui, le peuple gabonais a décidé que ça change. On attend que monsieur Bongo se retire et qu’il accepte la victoire de Jean Ping qui a été élu démocratiquement par le peuple gabonais ».
 


Pour Emilie et Lionel, deux jeunes cadres gabonais, le but de ce rassemblement était d’envoyer « un message fort, autant à ceux qui sont restés sur place au Gabon qu’à la communauté internationale ». « Nous attendons que la communauté internationale, que les institutions internationales telles que l’ONU, la CPI prennent leurs responsabilités, qu’il y ait des sanctions à l’encontre de ce dictateur, de cet usurpateur qui s’est auto proclamé président du Gabon, assure Emilie . C’est la deuxième fois que ça arrive. Il faut qu’il soit destitué de son trône ».

Après avoir entonné l’hymne national gabonais avec ses partisans, Jean Ping s’est offert un bain de foule avant de quitter les lieux. Le cortège, lui, a poursuivi son chemin vers l’ambassade du Gabon, un rituel pour de nombreux membres de la diaspora qui se mobilisent chaque semaine depuis la fin du scrutin. Ils espèrent tous ne plus s'y rendre quand Jean Ping aura pris le pouvoir. S'il le prend... Et ce n'est pas gagné.