Gabon : une manifestation de l'opposition violemment dispersée

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Commentaires : Marie Vallerey © TV5MONDE

L'opposition gabonaise avait décidé de se retrouver samedi 23 juillet pour dénoncer la candidature du président Ali Bongo à la prochaine élection présidentielle. La manifestation a très rapidement été dispersée par les forces de l'ordre. Récit. 

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Les forces de l'ordre gabonaises ont violemment dispersé, samedi 23 juillet à Libreville, un rassemblement pacifique d'opposants, tabassant en outre un caméraman de l'Agence France-Presse (AFP) qui couvrait cette manifestation organisée à l'approche de l'élection présidentielle du 27 août.

Plusieurs centaines de personnes ont répondu vers midi (11h00 GMT) au mot d'ordre de l'opposition pour contester la candidature du président sortant Ali Bongo Ondimba, près du rond-point de la Démocratie bouclé par les forces de l'ordre, a constaté une autre journaliste de l'AFP. Le cortège s'est formé à l'écart du rond-point, où une quinzaine de responsables de l'opposition ont formé une chaîne humaine sur quelques dizaines de mètres devant les autres manifestants. Parmi eux, plusieurs candidats à la présidentielle dont l'ancien président de l'Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama.
 
Leur faisant face à une cinquantaine de mètres, les forces de l'ordre ont commencé à lancer des grenades lacrymogènes alors que des manifestants chantaient en choeur l'hymne national "la Concorde". Les forces de l'ordre ont violemment dispersé le rassemblement, et de nombreux tirs ont été entendus, selon la journaliste de l'AFP qui a vu M. Nzouba Ndama, 70 ans, courir pour se protéger avec d'autres manifestants.
 
Des heurts ont ensuite eu lieu entre les forces de l'ordre et des jeunes venus du "mapane" (quartier populaire) voisin, qui ont défié la police. Le caméraman du service télé de l'AFP a été jeté dans un pick-up par des gendarmes cagoulés et armés alors qu'il couvrait les heurts avec une caméra dûment identifiée, affirmant avoir été mis en joue et menotté. Il a alors été tabassé par plusieurs gendarmes, avant d'être relâché au bout de quelques minutes avec sa caméra. Se plaignant du dos, il a été dirigé pour des radiographies vers un hôpital de Libreville, avant de rentrer chez lui pour se mettre au repos.
 
La directrice de l'information de l'AFP, Michèle Léridon, a exprimé son "indignation et son inquiétude après cette agression". Elle a indiqué son intention de protester auprès des autorités gabonaises "afin que les journalistes puissent exercer leur métier en toute sécurité, en particulier à l'approche de l'élection présidentielle".
"Ca doit être un regrettable incident. Cela ne peut pas être une instruction du gouvernement", a réagi le ministre gabonais de l'Information, Alain-Claude Bilie-By-Nze, affirmant que les agents des forces de l'ordre avaient reçu une formation "pour protéger les journalistes dans les manifestations".
 
Le ministre a fait état de "deux blessés graves" du côté des forces de l'ordre et de onze arrestations parmi les manifestants. Concerant le cameraman de l'AFP, il a expliqué que l'incident était justifié par le fait que celui-ci se trouvait "au milieu des manifestants, sans aucun signe distinctif". Un autre journaliste a également été molesté par les gendarmes qui lui ont pris son appareil photo.
 
"Aujourd'hui, Ali Bongo Ondimba a montré qu'il a peur que l'opposition puisse s'exprimer librement", a commenté M. Nzouba Ndama joint par l'AFP. "Ils ont atteint un summum en s'en prenant à des gens désarmés". Un émissaire des Nations unies, Jeffrey Feltman, avait exprimé vendredi sa "profonde préoccupation" face aux tensions au Gabon à l'approche de la présidentielle. Le secrétaire général adjoint des Nations unies aux Affaires politiques a prévenu que "tous les candidats et les partis politiques, ainsi que le gouvernement, partagent la responsabilité d'assurer la tenue d'élections pacifiques".