Afrique

Gambie: Yahya Jammeh poussé à reconnaître sa défaite?

SHEIKH SIDIA BAYO
TV5MONDE (Journal Afrique du 3 décembre 2016)

Ce samedi 3 décembre 2016, au lendemain de l'annonce de la défaite de Yahya Jammeh, l'opposant Sheikh Sidia Bayo affirme que le président sortant a été poussé à reconnaître sa défaite.

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Le président gambien sortant, Yahya Jammeh, a-t-il été contraint de reconnaître la victoire de son adversaire Adama Barrow ? C’est l’une des possibilités évoquées au lendemain de sa défaite, après 22 ans passés à la tête du pays. Ce samedi 3 décembre 2016, Sheick Sidia Bayo, opposant gambien, était l’invité du Journal Afrique de TV5MONDE.

Il affirme : « A l’annonce des résultats par Alieu Momarr Njai, le président de la Commission électorale indépendante en Gambie, certains gradés de l’armée ont pris leurs responsabilités. Un groupe de soldats a été rapidement dépêché au siège de la CEI pour protéger Alieu Momarr Njai. Il s’agit d’une douzaine d’hommes, qui se sont rendus lourdement armés à la CEI pour protéger Alieu Momarr Njai, sachant que Yahya Jammeh tenterait de résister ou de falsifier les résultats ». Il assure tenir cette version des événements de gradés de l’armée gambienne.

Par ailleurs, il estime qu’un retournement de la situation post-électorale est possible, alors que le président sortant a félicité son rival au sortir du scrutin : « Il y a quelques détails qui peuvent être inquiétants. A l’heure où je vous parle, il y a un blocage quelque part. Les institutions sont toujours dans la main de Yahya Jammeh. Les forces de sécurité n’ont toujours pas assuré l’intégrité physique d’Adama Barrow. A l’heure où je vous parle, il est protégé par des gardes du corps du parti UDP (Parti démocratique unifién ndlr). Ce sont des gardes du corps qui ne sont même pas armés de bombes lacrymogènes, de bâtons ou de quelque élément pour pouvoir protéger la vie d’Adama Barrow, si le cas se présentait. Donc aujourd’hui, les institutions, le pouvoir, n’ont toujours pas été transférés, en tout cas le protocole pour la passation de pouvoir n’a même pas été amorcé. »
 

Pas de « chasse aux sorcières »

Pour sa part, Adama Barrow estime qu’aucune pression n’a été exercée sur le président sortant. Il a également assuré qu'il ne mènerait de « chasse aux sorcières contre personne. »

ITW Adama Barrow - Guinée - JTA 03/12/2016
TV5MONDE (Journal Afrique du 3 décembre 2016)

Ce samedi 3 décembre, il a mené des consultations avec des acteurs politiques et des diplomates. Il a également rencontré le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Afrique de l'Ouest et au Sahel, Mohamed Ibn Chambas, selon son entourage et l'ONU.

Les discussions « se sont très bien passées, nous réfléchissons sur la voie à suivre », a déclaré à l'AFP Mme Isatou Touray, militante des droits des femmes qui a retiré sa candidature en faveur de celle d’Adama Barrow. Selon elle, le problème « le plus urgent » évoqué a été celui des prisonniers politiques dont l'opposition, des ONG et l'ONU réclament la libération.

Parmi ces détenus figure le chef du principal parti d'opposition, Ousainou Darboe, incarcéré depuis avril pour avoir manifesté contre la mort d'un opposant arrêté, Solo Sandeng.

L'ONU est « disposée à travailler avec les Gambiens pour établir une Commission Vérité et Réconciliation », a affirmé M. Chambas, refusant cependant de se prononcer sur d'éventuelles futures poursuites contre Yahya Jammeh.

Adama Barrow, 51 ans, patron d'agence immobilière et qui fut vigile de supermarché en Grande-Bretagne, était inconnu sur la scène politique six mois auparavant dans son pays de deux millions d'habitants enclavé dans le territoire sénégalais, hormis sa façade atlantique.

Désigné candidat par une large coalition de l'opposition, il a obtenu 45,5 % des voix à l'élection présidentielle de jeudi 1er décembre, battant Yahya Jammeh (36,6 %) et le troisième prétendant en lice, Mama Kandeh (17,8 %).

Adama Barrow, qui prendra ses fonctions en janvier, est le troisième président de l'histoire de la Gambie en 51 ans d'indépendance de cette ex-colonie britannique, après Dawda Jawara (1965-1994) et Yahya Jammeh (1994-2016).