Guinée : la première élection présidentielle libre depuis 50 ans

Une femme vote le 27 juin 2010 à Conakry - AFP
Une femme vote le 27 juin 2010 à Conakry - AFP
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Alpha Condé déclaré vainqueur par la C.E.N.I.

L'O.N.U. et l'O.I.F. appellent les Guinéens à respecter le verdict

Alpha Condé le 15 septembre 2010 (A.F.P.)

Malgré son faible score du premier tour (18 %), Alpha Condé remporte l'élection présidentielle en Guinée avec 52,5% des voix contre 47,4 %% à son adversaire Cellou Dallein Diallo, a annoncé lundi soir la Commission électorale indépendante (CENI) à Conakry après de multiples retards et contestations.

L'O.N.U. ainsi que l'Organisation internationale de la francophonie (O.I.F.) appelle les Guinéens à accepter les "résultats de l'élection" mais des coups de feu étaient encore rapportés à Conakry après leur proclamation. Alpha Condé, a invité son adversaire Cellou Dalein Diallo à la "concorde", estimant que "le temps est venu de se donner la main". Ce dernier a quant a lui appelé ses partisans au calme dans l'attente d'un examen de ses réclamations par la Cour suprême, leur demandant explicitement d' "éviter les provocations et les violences de toute nature".

La situation s'était brutalement dégradée dans la journée, les deux candidats revendiquant la victoire sans attendre le verdict de la CENI. Des affrontements dans la capitale entre jeunes et forces de l'ordre ont fait au moins un mort et des dizaines de blessés lundi.

Après un premier tour assez calme, des incidents sanglants avaient émaillé la campagne d’un second tour reporté deux fois et marqué par la montée des clivages ethniques et la méfiance réciproque.

La présidence de la très sensible CENI avait finalement été confiée à un non-Guinéen, le Général Siaka Sangaré, personnalité malienne proche de la Francophonie et le second tour s'était tenu le 7 novembre, sans incident notable.


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Des clivages ethnicisés


Largement en tête du premier tour Cellou Dellein Diallo (43,7 % des voix) est issu de la communauté peule, éloignée du pouvoir depuis des décennies mais puissante économiquement.

Il est soutenu par Sydia Touré (13 %), originaire de la communauté Soussou à laquelle appartenait le défunt dictateur Lansana Conté.

Leur adversaire Alpha Condé (18 %) est d’origine malinke, comme Sékou Touré. Il lui est souvent reproché sa constante absence du pays (il a longtemps vécu en exil) et d’être l’homme de l’étranger.

P.P.

Les deux candidats du second tour (AFP)
Les deux candidats du second tour (AFP)

Guinée: dates-clés depuis l'indépendance

- 2 octobre 1958: Ahmed Sékou Touré proclame l'indépendance. Fin septembre, la Guinée a voté non au référendum instituant une "communauté" franco-africaine, proposée par le général de Gaulle.

- 27 janvier 1961: Sékou Touré élu à la présidence.

- 2 octobre 1967: Le socialisme est proclamé.

- 22 novembre 1970: Tentative de déstabilisation, débarquement d'opposants et de "mercenaires portugais". Au cours de son règne sans partage, Sékou Touré dénonce une quinzaine de complots et attentats, créant une "psychose du complot permanent".

- 3 avril 1984: Une semaine après la mort de Sékou Touré, un Comité militaire prend le pouvoir. Lansana Conté devient chef de l'Etat.

- 19 décembre 1993: Conté est officiellement élu lors du premier scrutin présidentiel pluraliste, marqué par des manifestations hostiles à son déroulement.

- 2-3 février 1996: Une manifestation de soldats pour des revendications salariales se transforme en mutinerie, présentée comme une tentative de coup d'Etat: 300 morts (non officiel).

- 1er septembre 2000: Début d'incursions armées aux frontières avec la Sierra Leone et le Liberia: plus de 1.000 morts, déplacements massifs de populations.

- 21 décembre 2003: Conté réélu avec 95% des voix face à un unique adversaire, lors d'un scrutin boycotté par l'opposition.

- 10 janvier 2007: Début de deux grèves générales. La répression des manifestations fait plus de 180 morts et 1.200 blessés (ONG).

- 23 décembre 2008: Une junte prend le pouvoir par un coup d'Etat sans violence, au lendemain du décès de Lansana Conté. Le capitaine Moussa Dadis Camara est nommé président du "Conseil national pour la démocratie et le développement" (CNDD, junte).

- 28 septembre 2009: Les forces de sécurité répriment dans le sang un rassemblement d'opposants: "156 personnes" tuées ou portées disparues (enquête ONU).

- 3 décembre: Dadis Camara est blessé par balle à la tête, à Conakry, par son aide de camp. Il est opéré au Maroc avant d'arriver "en convalescence" au Burkina Faso.

- 21 janvier 2010: Le président intérimaire, le général Sékouba Konaté, nomme l'opposant Jean-Marie Doré Premier ministre de la transition.

(AFP)