Homosexualité: l'Ouganda recule, l'Afrique stagne

L'Afrique du sud est le premier et le seul pays africain à avoir légalisé le mariage gay © AFP
L'Afrique du sud est le premier et le seul pays africain à avoir légalisé le mariage gay © AFP

L’Ouganda vient de promulguer une loi qui durcit la répression de l’homosexualité. Dans ce pays, les homosexuels sont passibles de prison et désormais, toute « promotion » de cette orientation sexuelle est interdite. Le texte oblige également la population à dénoncer les personnes présentant un attrait pour des partenaires du même sexe. Au Nigéria, au Cameroun et au Sénégal aussi, l’homosexualité reste un crime.  

dans
Cette loi va entraîner « une situation que personne ne va contrôler et il va y avoir des règlements de comptes » assure Magatte Niang, président de l’association Yeewu Yetee au Sénégal. Les conséquences ne se sont pas faites attendre. Au lendemain de la promulgation de la loi interdisant la "promotion" de cette orientation sexuelle et obligeant la dénonciation des personnes gays, un journal ougandais a publié le nom de 200 personnes, prétendument homosexuelles. Les réactions des associations de défense des homosexuels ont été vives. Pour Yves Yomb, directeur exécutif de l’association Alternatives Cameroun , ce texte « bafoue tous les efforts que nous avons fait sur le terrain, en matière de lutte contre le sida et de respect des droits de l'homme. La loi dit qu'il faut dénoncer les personnes homosexuelles donc si je n'aime pas votre tête, je peux aller déclarer à la police que vous êtes homosexuel et vous pouvez vous retrouver en prison. C’est un grand recul du pays ». 
L’Association Afrique Arc-en-ciel  regroupe les gays d’origines afro-caribéennes. Elle est basée à Paris mais les membres suivent de près l’actualité africaine. Leur président, Ariel Jean Urbain, est révolté par l’annonce du président ougandais : « Cette loi n’aurait même pas du être votée. Normalement, les lois doivent tirer le pays vers le haut mais là, au contraire, cela empêche le pays de se développer.»

La promulgation de la loi ougandaise a suscité de vives réactions dans le monde entier © AFP
La promulgation de la loi ougandaise a suscité de vives réactions dans le monde entier © AFP
Dès l’annonce de cette promulgation, Barack Obama a déclaré que cette loi allait « compliquer les relations » avec l’Ouganda. Mais le président ougandais, Yoweri Museveni, a rétorqué : « Les étrangers ne peuvent pas nous donner des ordres. C'est notre pays (...) Ils doivent être avec nous, s'ils ne le veulent pas qu'ils gardent leur aide ». Les Pays-Bas, premier pays à avoir légalisé le mariage homosexuel, ont donc pris la décision de geler 7 millions d’euros d’aide, destinée à renforcer le système judiciaire ougandais. Le Danemark, de son côté, a averti qu’il allait rediriger plus de 6 millions d’euros d’aide à des entreprises privées et des ONG, au lieu de les verser à des agences gouvernementales. 

En janvier dernier, le Nigéria, avait déjà attiré l’attention en promulguant une loi qui interdit explicitement les unions entre personnes de même sexe et qui restreint les droits des homosexuels. Le texte prévoit une peine de 14 ans de prison en cas de mariage et 10 ans d'emprisonnement pour les personnes de même sexe affichant publiquement leur relation. 

Roger Jean-Claude Mbédé est un symbole de l'homosexualité au Cameroun. Ici avec son avocate Alice Nkom © AFP
Roger Jean-Claude Mbédé est un symbole de l'homosexualité au Cameroun. Ici avec son avocate Alice Nkom © AFP
Persécutions quotidiennes 

Violences verbales, agressions physiques…que ce soit en Ouganda, au Cameroun, au Nigéria ou au Sénégal, la violence fait partie du quotidien des homosexuels. Ils restent des personnes vulnérables pour leurs détracteurs et les agressions qu’ils subissent « peuvent aller jusqu'à la mort, car personne ne viendra à leur secours, et cela à cause du regard des autres », témoigne Ariel Jean Urbain. Certains ne sont pas si éloignés de l’Ouganda dans leurs pratiques. C’est le cas du Cameroun par exemple ou « la dénonciation existe déjà. Elle n’est pas écrite comme en Ouganda mais elle est en pratique et le texte est dans un tiroir du Ministère » affirme Yves Yomb. 
Au Cameroun d’ailleurs, le cas de Roger Jean-Claude Mbédé  a fait le tour du monde. Cet homosexuel emprisonné, battu puis tombé malade, est finalement mort pour la cause qui lui tenait à cœur. Guillaume Bonnet, porte-parole France de All-Out a déclaré au journal Libération  que «si (Roger, ndlr) n’avait pas été en prison, cela ne se serait pas terminé comme ça». 

Des préjugés persistants 

Selon un rapport d’Amnesty International , publié en juin 2013, 38 pays africains sur les 54 que compte le continent possèdent une législation qui punit l’homosexualité. Et ce sont souvent les a priori et autres préjugés qui prédominent. 

La malédiction. En Afrique, de nombreux pays considèrent l’homosexualité comme une « malédiction » ou une maladie. Pour beaucoup, « si quelqu’un est homosexuel, c'est qu'il est maudit, sorcier ou marabout », explique Ariel Jean Urbain. 

La soumission. Certains gays sont accusés de « flirter » avec la haute administration africaine. « Aujourd’hui, en Afrique, les gens disent que si un jeune garçon veut réussir, il doit coucher avec certains responsables politiques » affirme Ariel Jean Urbain.

La féminisation. L’homme gay « passif » en Afrique est assimilé à la femme. Pour le directeur d’Afrique Arc-en-ciel, « Ce qui choque les gens dans la relation, ce n'est pas tant que deux hommes couchent ensemble mais plutôt qu'il y ait un homme qui prenne la place de la femme. »

A la suite de la nouvelle loi, un journal ougandais a publié 200 noms de personnes prétendument homosexuelles © AFP
A la suite de la nouvelle loi, un journal ougandais a publié 200 noms de personnes prétendument homosexuelles © AFP
L'Occidentalisation. Lorsqu’un homme est efféminé, il est généralement considéré comme homosexuel. Lorsqu’il aime bien s’habiller ou bien se coiffer, cela soulève des doutes. Internet et les réseaux sociaux sont parfois accusés de véhiculer l’image occidentale, supposée favorable à l’homosexualité. «Mais ce n'est pas une importation. Parmi les gays, il y en a qui n'ont jamais pris l'avion, qui ne sont jamais partis de leur pays et qui, pour certains, ne connaissent pas internet. Et pourtant, ils sont homosexuels. Même dans l'arrière pays, dans les villages, on trouve des garçons qui ont des rapports avec d'autres garçons » raconte Ariel Jean Urbain. 

L’homosexualité n’est pas considérée comme un crime partout en Afrique. Le Gabon, le Mali et le Tchad tolèrent la présence homosexuelle dans leur société. L’Afrique du Sud a même légalisé le mariage gay depuis 2006 et est devenu le premier pays d’Afrique à prendre cette mesure. Reste que, Ariel Jean Urbain de l’association Afrique Arc-en-ciel en est certain : pour un homosexuel,  « avoir une bonne situation sociale peut lui permettre d'être accepté dans la société, surtout s’il nourrit sa famille ». En attendant, les associations continuent de se battre dans l’espoir de faire évoluer les législations…et les mentalités. 


Quel rôle de la religion ?

Chrétienne ou musulmane, la religion est souvent un prétexte utilisé par les homophobes. La plupart du temps, ce sont même les représentants religieux qui prêchent le mépris et la violence envers ces minorités sexuelles. « C'est dommage que la religion qui est censée apaisée les coeurs, réunir les gens et les peuples soit là pour diviser, jeter les gens en pâture. L'église catholique traditionnelle joue un rôle sur la montée de l'homophobie au Cameroun » regrette le président d’Alternatives Cameroun. Il se souvient même d’une messe de Noël, à Yaoundé en 2005, durant laquelle « l'ancien archevêque de Yaoundé a fait son homélie (prédication, ndlr), focalisée sur l'homosexualité. Il a dit des choses horribles sur la question, lors d’une messe diffusée à la télévision nationale »

Au Sénégal, pays à 90% musulman, l’homosexualité n’est pas bien perçue non plus. Comme souvent dans la religion en générale, elle est considérée comme « contre nature ». Magatte Niang vient d’une famille sénégalaise musulmane et a connu cette situation : « J'avais des problèmes avec ma propre famille, je ne pouvais pas recevoir d'amis à la maison, mes frères s'étaient révoltés. Ils ne m’acceptaient pas « à ma façon » ». Même si les relations se sont améliorées avec le temps, il est toujours difficile pour lui de se faire comprendre et accepté par sa famille et la société. 

Certains défenseurs des homosexuels ne croient pas au prétexte religieux. C’est le cas d’Ariel Jean Urbain. Selon lui, « C'est un faux débat. Quand on prend les textes originaux de la Bible, l'expression « homosexuel » n'existe pas. Mais aujourd'hui on interprète mal ces textes ». De son point de vue, le rejet des minorités est une question de « sujet tabou ». Ce serait parce que les gens ne veulent pas en parler, ni voir la réalité en face. « Cette homophobie s'explique par la politique de l'autruche. Elle consiste a dire il n'y a pas cela chez moi mais chez le voisin ». 



La législation par pays

Que risque-t-on lorsqu’on est homosexuel :

En Ouganda : Les homosexuels sont passibles de prison. Toute « promotion » de l’homosexualité est interdite et la dénonciation est obligatoire. 
Au Nigéria : (Depuis le 13 janvier 2014) Peine de 14 ans de prison en cas de mariage homosexuel et 10 ans d'emprisonnement contre les personnes de même sexe affichant publiquement leur relation.
Au Sénégal : Peine allant de un à cinq ans de prison pour les actes homosexuels. Depuis avril 2013, aucune dépénalisation.
Au Cameroun : Peine allant jusqu'à 5 ans de prison 
En Gambie : Peine allant jusqu’à 14 ans de prison pour les personnes qui entretiennent des rapports sexuels avec des personnes du même sexe