Intervention française en Centrafrique : les réactions dans la presse africaine

Un soldat français monte la garde à l'aéroport de Bangui (Centrafrique), le 28 mars 2013. (SIA KAMBOU / AFP)
Un soldat français monte la garde à l'aéroport de Bangui (Centrafrique), le 28 mars 2013. (SIA KAMBOU / AFP)

Ce mercredi, la presse africaine  oscille entre soulagement et  colère après la décision française d’envoyer un millier d’hommes dans le pays. Soulagement à Bangui, où l’on espère sur place  que les troupes parviendront à neutraliser les ex-rebelles qui terrorisent la population et colère , sous forme de critiques  aigües, contre l’inertie coupable des pays voisins et des instances africaines alors que se profile le spectre d’un génocide.

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Alors que pointe le spectre d'un génocide en Centrafrique,  le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a annoncé mardi le déploiement à venir d'environ "un millier de soldats" français pour environ six mois, afin d'aider à y rétablir l'ordre.
De son côté, le Ministère des Affaires étrangères précise  que « c’est au Conseil de sécurité de l’ONU de définir le cadre du mandat» d’intervention de la France et de la force africaine sur place. Leur déploiement interviendra après le feu vert onusien, attendu pour début décembre.


DU TOURISME A L'AEROPORT

La Nouvelle Centrafrique combine un esprit caustique avec un pragmatisme résigné : « il semblerait que 'la mère patrie' (la France NDLR)  ait enfin terminé de brasser de l’air. Son ancienne colonie qu’elle a progressivement, au fil du temps, complètement oubliée et abandonnée lui revient soudainement en mémoire. Des bruits font état d’un déploiement imminent d’un contingent de 1.200 à 1.500 hommes qui devrait débarquer à Bangui pour compléter les quelque 400 déjà présents, qui font du tourisme autour de l’aéroport.»
Et La Nouvelle Centrafrique de conclure : «devant les incapacités pathologiques de nos dirigeants et aspirants tels à sauver quoi que ce soit (…), nous ne pouvons plus nous permettre le luxe d’avoir honte de quémander de l’aide à tous les niveaux.
»




PITEUSE IMAGE DES DIRIGEANTS AFRICAINS

Le quotidien Burkinabais “Le pays”  fustige l’inaction Africaine sur ce dossier brûlant. Et, tout en saluant la décision française,  elle s’interroge sur les motivations de l’ex-pays colonisateur : “Pourquoi la France opère-t-elle un tel revirement, elle qui, on s’en souvient, avait refusé d’intervenir en Centrafrique au moment où, acculé, le président François Bozizé l’appelait au secours? Sans doute a-t-elle tiré les leçons du génocide rwandais qui, on le sait, lui colle implacablement à la peau.En digne héritier de Mitterrand, le président Hollande ne veut plus engager la responsabilité de son pays, en restant les bras croisés face au spectre de «génocide» qui se prépare en Centrafrique.(…)Et tout cela se passe dans la quasi-indifférence de la sous-région et de l’Union africaine (UA). Une fois de plus, c’est la France que l’on a de cesse d’ailleurs de clouer au pilori, qui montre la voie à suivre aux dirigeants africains.Certes, nous dira-t-on, la France défend ses propres intérêts, mais rappelons que la Centrafrique est d’abord et avant tout un pays africain et qu’en termes d’intérêt, le peuple centrafricain a plus d’intérêts à protéger sur son propre sol que les Français. A la vérité, l’Afrique offre à nouveau une piteuse image de ses dirigeants qui se montrent impuissants face à un problème africain.”

Les mini-pogroms se banalisent

Au Burkina, l'Observateur Paalga souligne l' extrême urgence qu'il y a d'intervenir. Dans le pays, affirme-t-il,  les massacres sont désormais quotidien : "Il y a donc urgence pour ce pays qui ressemble à un navire à la dérive dans les eaux troubles de l’Oubangui. Et s’il faut se réjouir du projet onusien d’intervention militaire en Centrafrique, le délai de 6 mois imparti pour son déploiement paraît une éternité, relève le quotidien burkinabé. Car les mini-pogroms se banalisent, et à vouloir coûte que coûte attendre le déploiement des soldats onusiens, on court le risque de voir l’irréparable se produire. C’est pourquoi, estime L’Observateur, la mise en place d’une troupe tampon entre les belligérants serait la solution médiane en attendant l’ONU" 



LE TRIO DE MEDECINS-CHEFS

Le site d'information Guinée Conakry Infos fait dans la métaphore hospitalière pour évoquer la communauté internationale qui s’apparente, selon le site d’information, " à un collectif de médecins qui, après avoir longtemps hésité à prendre en charge le patient, essaie subitement de le sortir du coma dans lequel il est plongé. La France, les Etats-Unis et les Nations unies constituent le trio de médecins-chefs qui supervise l’hospitalisation. Le problème, cependant, c’est que le mal a fait un effet tel qu’en dépit de tout le volontarisme affiché, la solution n’est plus des plus évidentes, estime Guinée Conakry Infos. Surtout que l’ordonnance médicale qui pourrait sortir de l’examen onusien pourrait s’avérer particulièrement salée. Cependant, il est de l’intérêt de l’Afrique et du monde que le mal centrafricain soit circonscrit, à défaut d’être complètement guéri. Autrement, avertit le site guinéen, il pourrait déboucher sur une épidémie qui ferait des victimes à la ronde et bien au-delà. D’où la préoccupation alarmiste qui s’empare si subitement du monde entier… »
Puis le journal feint de s'étonner sur la politique du président français qui rappelle, toute proportion gardée, celle de son prédécesseur: : " Finalement, en moins de deux ans, le nouveau président français sera intervenu dans deux pays africains. Pour celui qui se rappelle les engagements que le candidat Hollande avait pris en ce qui concerne son intention de respecter la souveraineté des Etats africains, et quant à son désir de s’aligner derrière les décisions prises par les instances africaines, c’est plutôt renversant ! D’une certaine façon, il n’est pas très différent de son prédécesseur. Sarkozy aussi avait "envahi" la Côte d’Ivoire et la Libye. Sauf que dans le cas du Mali et aujourd’hui de la Centrafrique, les troupes françaises sont plutôt réclamées. Ce qui n’était pas aussi évident dans les cas contre Laurent Gbagbo et Mouammar Kadhafi. Mais dans tous les cas, ces interventions occidentales récurrentes posent toujours la question de l’efficacité des institutions africaines…"