Afrique

Kasaï, crise politique... La RDC épinglée tous azimuts par l'ONU

Jospeh Kabila, président de la République démocratique du Congo aux Nations unies lors de l'Assemblée générale le 23 septembre 2017. 
Jospeh Kabila, président de la République démocratique du Congo aux Nations unies lors de l'Assemblée générale le 23 septembre 2017. 
©AP Photo/Craig Ruttle

Le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies a rendu, mardi 26 septembre, un rapport cinglant sur la situation politique, sécuritaire, humanitaire de la République démocratique du Congo. L'ONU compte accompagner le pays en matière des droits de l'Homme.  

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Bukavu, lundi 25 septembre. Nouvelle manifestation contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila. Les forces de sécurité congolaises usent à nouveau de la force. Bilan : "un mort (un écolier de 14 ans) et 53 blessés dont 9 policiers" mais "des pertes supplémentaires sont à déplorer", selon des rapports "crédibles" reçus par la Monusco. 

Le chef de la mission de l'ONU en RDC Maman Sidikou se dit "gravement préoccupé que l'utilisation de la force létale par les forces de défense et de sécurité congolaises, en réponse à des manifestations à Bukavu (province au sud Kivu) ait entraîné des pertes civiles dont des enfants".

Ce n'est pas la première fois que les forces de sécurité ont recours aux balles réelles pendant des manifestations. Fin 2016, rappellent nos confrères de l'AFP, au moins 40 personnes ont ainsi été tuées au cours de rassemblements qui se sont tenus dans plusieurs villes du pays contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila dont le mandat a offficiellement pris fin en décembre 2016. 

Un manifestant tué le 19 septembre 2016 à Kinshasa lors d'un rassemblement de l'opposition<br />
©AP Photo/John Bompengo
Un manifestant tué le 19 septembre 2016 à Kinshasa lors d'un rassemblement de l'opposition
©AP Photo/John Bompengo


Les préoccupations du chef de la Monusco font écho au rapport rendu par le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies sur la situation en RDC. 

 

Les autorités ont continué à cibler, sans relâche, les opposants politiques, les défenseurs des droits de l’Homme et les journalistes. 

Kate Gilmore, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’Homme

Kate Gilmore, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’Homme, a souligné à l'ONU que tout ce qui est advenu depuis l'accord du 31 décembre qui devait conduire à une stabilité politique et un plus grand respect des droits de l'Homme était "l’antithèse même des termes de cet accord". "Une interdiction générale a été décrétée contre toute activité de l’opposition et de la société civile. Les autorités ont également continué à cibler, sans relâche, les opposants politiques, les défenseurs des droits de l’Homme et les journalistes", explique la Haut-Commissaire adjointe. 

Ainsi, la libération de prisonniers politiques n'a-t-elle pas été mise en application. "Au contraire, au cours des douze mois écoulés, le nombre de prisonniers politiques et d’opinion a triplé, passant de 50 à 150", a-t-elle indiqué tout en soulignant que le retard pris dans l'annonce d'une date pour la prochaine élection présidentielle qui doit avoir lieu avant le 31 décembre 2017 entraîne des troubles comme ce fut le cas lundi dernier. 

L’une des pires crises des droits de l’Homme dans le monde. 

Kate Gilmore, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’Homme

La Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’Homme de l'ONU vise directement le pouvoir en place qui fait preuve "d'un manque de volonté politique".

Elle dénonce aussi la situation dans les Kasaïs comme étant " l’une des pires crises des droits de l’Homme dans le monde " avec 5000 personnes tuées cette année. L'insécurité engendrée par les milices et les forces de sécurité congolaises a également entraîné une "grave crise humanitaire". Actuellement, plus 1,6 million de Congolais ont fui hors de la RDC. Le pays totalise le plus grand nombre de déplacés en Afrique avec 3,8 millions de ressortissants qui ont dû quitter leur région, selon l'ONU. 

Maman Sidikou, représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en République démocratique du Congo et chef de la Mission des Nations unies pour la stabilisation de la République démocratique du Congo s'est dit préoccupé de l'usage "disporportionné de la force" et le fait que l'armée congolaise cible de manière délibérée les civils : "Il n’y a pas de solution militaire à la crise dans le Kasaï et il faut mettre fin à la violence. Rien ne peut justifier la tragédie humaine qui se déroule sous nos yeux."

Le Conseil de paix et de sécurité onusien a ainsi demandé aux autorités congolaises de continuer de collaborer avec les experts internationaux en charge des enquêtes sur les assassinats dans le Kasaï "afin que leurs auteurs soient taduits devant la justice".

Kinshasa répond point par point

La RDC a répondu à ces critiques et mises en garde par la voix de Marie-Ange Mushobekwa, la ministre congolaise des Droits humains.  Elle a ainsi dénoncé le tableau brossé de son pays par les intervenants qui donne "l’impression qu’il n’y avait plus d’espace pour respirer". Elle a défendu devant l'ONU que l' "on y respire, on exerce des activités économiques, les enfants vont à l’école, les ONG y exercent leurs activités, et même près de six cents partis politiques et une soixantaine de chaînes de télévision fonctionnent en toute liberté".

Concernant les massacres perpétrés dans les provinces du Kasaï par les miliciens Kamuina Nsapu, la ministre reconnaît que la paix prendra du temps à être instaurée mais s'engage bien sûr, "au nom du Gouvernement, que quels que soient les titres et qualités des cerveaux moteurs de ces meurtres, ils répondront de leurs actes devant les juridictions congolaises."

La ministre a aussi assuré que l'équipe d'experts internationaux envoyés par le Conseil des droits de l'Homme sera accueillie en RDC, afin que toute la lumière soit faite sur les exactions. 
Quant au prochain scrutin présidentiel, elle assure que l'accord du 31 décembre sera bien mis en oeuvre et que "les élections auront bel et bien lieu (…) mais sans interférences étrangères (et que) seuls les Congolais choisiront leurs futurs dirigeants". Il ne manque donc plus qu'une date.