Kenya : la Cour suprême invalide le scrutin présidentiel

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Commentaire Julien Muntzer

Au Kenya ce vendredi 1er septembre, la Cour suprême a invalidé le résultat de l'élection présidentielle du 8 août 2017. Elle avait été saisie par l'opposition, alors que le président sortant, Uhuru Kenyatta avait été déclaré vainqueur de l'élection, avec 54,27 % des voix, contre 44,74 % à son principal opposant Raila Odinga.

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Il n'approuve pas la décision mais la respecte. Voici la réaction du président kényan, Uhuru Kenyatta, dans une adresse à la Nation après que la Cour suprême a invalidé sa réélection le 8 août. Un nouveau scrutin doit être organisé sous soixante jours.

La Cour avait été saisie par l'opposition, ses avocats dénonçant "une litanie" d'irrégularités de la part de la Commission électorale kényane (IEBC). L'instance a estimé que l'élection n'avait "pas été conduite en accord avec la Constitution", et que des "illégalités et irrégularités (avaient) affecté l'intégrité" du scrutin. Elle a en particulier critiqué l'IEBC pour avoir "échoué, négligé ou refusé" de conduire les élections conformément à la loi.

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Candidat malheureux en 1997, 2007 et 2013, M. Odinga, 72 ans, a salué un jugement "historique". "Il est maintenant clair que personne au Kenya n'est au-dessus de la loi", s'est-il félicité.
 

► Les réactions de Raila Odinga et d'Uhuru Kenyatta en images :

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"Aucune confiance" en la Commission

Raila Odinga a aussitôt mis la pression sur la Commission en affirmant n'avoir "aucune confiance" dans sa capacité à conduire une nouvelle élection. "Ces commissaires doivent partir. La plupart d'entre eux ont leur place en prison", a-t-il asséné.

Le président de l'IEBC, Wafula Chebukati, s'est dédouané d'avoir commis la moindre faute, ainsi que les six commissaires qui le secondent. Mais il a implicitement mis en cause le personnel administratif de la Commission. Il a invité le parquet "à enquêter de manière urgente et à inculper tout membre de notre personnel qui pourrait avoir été impliqué dans des violations" du code électoral. La Commission actuelle avait été nommée en janvier 2017, à l'issue d'un processus de désignation bipartisan.

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M. Kenyatta n'a pas tardé à lancer les hostilités pour l'élection à venir, en improvisant un meeting dans une rue de Nairobi. Étonnamment gai et enjoué, il a prévenu qu'il était "prêt à batailler avec (ses) adversaires" et donné une idée de son futur angle d'attaque en qualifiant les juges d'"escrocs".
 

► "L'annonce a été un véritable choc", rapporte Elodie Cousin, notre correspondante sur place :

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(64' de TV5MONDE, le 1er septembre 2017 à 16h T.U.)

La Cour suprême jouait sa crédibilité

La juridiction jouait là une partie de sa crédibilité. En 2013, dans une autre composition, elle avait été critiquée pour la manière dont elle avait débouté M. Odinga, en usant d'une jurisprudence discutable et en multipliant les arguties procédurales.

Ce précédent avait incité M. Odinga à rejeter dans un premier temps l'idée d'un recours en justice. Avant que les pressions de certains poids lourds de sa coalition et de la communauté internationale le poussent à s'y ranger.

L'annonce de la victoire de M. Kenyatta s'était accompagnée de manifestations et d'émeutes violemment réprimées par la police, dans lesquelles au moins 21 personnes, dont un bébé et une fillette de neuf ans, avaient été tuées.

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Depuis son annonce, le jugement est célébré par une foule d'opposition en liesse. Au Kenya, cette décision a surpris de nombreuses personnes estimant que la justice est inféodée à la présidence. C'est la première fois en Afrique que la Cour Suprême annule le résultat d'une élection présidentielle, selon l'opposition kényane. La décision, aussi dramatique qu'inattendue, a été rendue à la majorité, deux juges sur un total de sept - dont un absent pour cause de maladie - ayant exprimé des opinions différentes.