Afrique

Kenya : pourquoi la technologie ne rend-elle pas la présidentielle plus crédible ?

piratage informatique
Commentaire : Florence Lozach Montage : Véronique Perez

Une fois de plus, la présidentielle kényane fait l'objet de contestation. Raila Odinga, le candidat de la coalition d'opposition NASA, dénonce une "fraude d'une gravité monumentale" en faveur du président sortant Uhuru Kenyatta. Il met en cause un piratage du système basé sur une identification biométrique des électeurs et la transmission électronique des résultats.

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Au lendemain du vote du 8 août, Raila Odinga, 72 ans, dénonce en conférence de presse un piratage informatique qui gonflerait le score du président sortant Uhuru Kenyatta dans les 47 comtés du pays. Selon lui, les pirates ont infiltré le système de base de données grâce aux codes d’accès de Chris Msando, le directeur du pôle technique de la Commission électorale indépendante (IEBC), qui avait été retrouvé mort et mutilé fin juillet. Un assassinat non élucidé qui a jeté un certain trouble à la veille des élections générales.

Un système qui doit faire ses preuves

La Commission électorale prend au sérieux la plainte de Raila Odinga et a démenti ce jeudi 10 août au matin, le piratage de son système informatique. Elle s'est dit confiante en sa fiabilité. Pourtant, ce système doit encore fait ses preuves après l’échec relatif lors de l’élection de 2013. Cette année-là, en plein dépouillement, le système électronique tombe en panne et la Commission électorale est contrainte de réaliser le comptage manuellement. Raila Odinga conteste alors devant la justice la victoire de Uhuru Kenyatta, mais la Cour suprême valide les résultats.

Cet échec du système électronique a laissé des traces : le Parlement kényan vote un amendement à la loi électorale pour permettre à la Commission électorale de repasser à un décompte manuel en cas de défaillance...

Les photographies de procès-verbaux mises en ligne

Pour l’élection de 2017, la Commission électorale a peut-être péché en publiant des résultats provisoires. Car en la matière, c’est les procès-verbaux qui font foi et c’est cela que réclame Raila Odinga qui parle de résultats fictifs. 

La transmission de ces résultats se fait par une connexion mobile spécialement configurée et sécurisée. Mais elle peut engendrer des retards alors qu’un quart des 41000 bureaux de vote ne disposent pas de la couverture haut débit nécessaire. 
En guise de transparence, la Commission électorale s’engage à permettre le téléchargement en ligne des photographies des fameux PV. Mais le processus demande plus de temps.

Sur son compte Twitter, la Commission annonce plus de 20 000 procès-verbaux disponibles en ligne et d'autres à venir. Elle dément par ailleurs le piratage de son système informatique.

En attendant, elle demande surtout aux citoyens kényans de garder leur calme. Le spectre des violences post-électorales de 2007 qui avaient fait  plus de 1100 morts et 600 000 déplacés hante de nouveau les esprits.