Afrique

Kenya : qui sont les Chabab ?

<p>Des Kényans allument des bougies devant des croix blanches pour chaque victimes de l'attaque de l'université Garissa à Uhuru Park à Nairobi, le 7 avril 2015.</p>

Des Kényans allument des bougies devant des croix blanches pour chaque victimes de l'attaque de l'université Garissa à Uhuru Park à Nairobi, le 7 avril 2015.

©AP Photo/Ben Curtis

Les islamistes somaliens ont revendiqué le massacre de 148 personnes dans l’université de Garissa et continuent de menacer le Kenya d’autres attaques. Qui sont-ils ? Explications. 

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Qui sont les Chabab ?

Le groupe islamiste Harakat Al-Shabaab Al Mujaheddin (mouvement des jeunes combattants) qui a perpétré l'attaque de l'université de Garissa le 2 avril, est plus connu sous le nom de « Al Chabab » qui signifie « la jeunesse » en arabe.

Ce mouvement naît en Somalie en 2006  et sert alors de branche militaire radicale aux combattants de l’Union des tribunaux islamiques. Ces islamistes viennent de prendre le contrôle de Mogadiscio au mois de juin 2006. La capitale est reprise fin 2006 par les troupes éthiopiennes, soutenues par les Etats-Unis, et qui viennent aider le gouvernement somalien de transition. Mais les troubles persistent dans le pays.
 
Alors que l’Union des tribunaux islamiques se disloque, les Chabab gagnent en force et s’imposent dans la lutte contre les troupes étrangères éthiopiennes. « Le soutien aux Chabab n’a jamais été aussi populaire que pendant ces années-là », écrit dans une étude de 2011 Roland Marchal,  chercheur du CNRS
 
En 2008, l’Ethiopie finit par retirer ses troupes du pays. Seules les forces de l’Union africaine font face aux islamistes qui prêtent officiellement allégeance à Al Qaida en 2009 et en 2012. Les Chabab contrôlent alors les deux tiers de la Somalie.
 
Progressivement, la force de paix de l’Union africaine reprend du terrain : l'Amisom (African Union Mission In Somalia) profite des divisions qui gagnent les rangs des Chabab. En 2011, les islamistes perdent la capitale somalienne puis leur bastion, la ville portuaire Kismayo en septembre 2012.
 
Mais sans gouvernement national, les Chabab règnent toujours sur de vastes zones rurales, surtout dans le Sud du pays, où ils imposent la charia. Ils poursuivent également des attaques sporadiques en Somalie et dans les pays limitrophes comme au Kenya ces derniers jours ou à Kampala (Ouganda) en 2010.

Qui sont les combattants ?

A la création de leur mouvement, leur but est de recruter des membres jeunes (d’où le nom de leur groupe), en usant du discours religieux, explique le chercheur Roland Marchal dans son étude de 2011. L'état de guerre dans lequel s'enlise le pays et la présence des forces étrangères sur le sol somalien a  aussi facilité le recrutement.

Différents chiffres circulent sur le nombre de combattants qui seraient entre 5 000 à 9 000. Tous ne sont pas somaliens, certains viennent aussi de pays arabes et du Pakistan.Le cerveau présumé de l’attaque de l’université de Garissa, Mohamed Mohamud, de nationalité kenyane et qui serait d'ailleurs né en Ethiopie.

La police kenyane présente à la cour de Nairobi le 7 avril 2015, cinq suspects arrêtés  qui seraient liés aux islamistes responsables du massacre de Garissa. 
La police kenyane présente à la cour de Nairobi le 7 avril 2015, cinq suspects arrêtés  qui seraient liés aux islamistes responsables du massacre de Garissa. 
©AP Photo

Qui se trouve à la tête du mouvement ? 

Après la mort de leur chef Ahmed Abdi « Godane », tué par une frappe américaine, les Chabab nomme en septembre dernier : Ahmed Oumar également connu comme Abou Oubaïda, qui dirigeait auparavant le renseignement au sein du mouvement.

Comment ce groupe est-il financé ?

Le groupe est parvenu à diversifier ses sources de financement. Leur popularité semble leur assurer des dons depuis l’étranger. En Somalie, les Chabab récolte de l’argent par un système de taxe, de donations mais aussi par l'intermédiaire de services rendus et qu'ils font payer. « Des finances, les Chabab en ont, explique le chercheur Roland Marchal à Libération.  Avec leur économie de protection, des milieux d’affaires leur payent des dîmes mais aussi  avec la partie de la diaspora qui leur reste favorable. Et par ailleurs via Al-Qaeda dans la péninsule islamique (Aqpa) avec qui ils travaillent main dans la main depuis qu’ils ont obtenu leur affiliation en 2013. »

Un homme qui travail à la morgue passe devant des cercueils prévus pour les corps des victims de l'attaque de l'université de Garissa. 
Un homme qui travail à la morgue passe devant des cercueils prévus pour les corps des victims de l'attaque de l'université de Garissa. 
©AP Photo/Ben Curtis

Pourquoi les Chabab attaquent-ils le Kenya ? 

Pendant 20 ans, Nairobi a tenu ses distances, ne s’impliquant pas dans le conflit subit par ses voisins. Mais plusieurs enlèvements de civils sur le sol kényan vont mettre à mal le tourisme, l’une des plus importantes ressources économiques du pays.

Lire notre article : Kenya : zone de guerre et tourisme en danger.

Pour la première fois, en octobre 2011, le Kenya décide d’intervenir militairement afin de préserver une zone tampon entre son territoire et la Somalie. Le but ? Eviter toute incursion des Chabab. Aujourd’hui, le Kenya a engagé environ 4 000 hommes dans la mission africaine en Somalie : l’AMISOM  et cela dans le seul but d’éradiquer les Chabab.
 
Pour riposter, ces derniers multiplient les attentats ou les kidnappings de civils sur le sol kényan. En septembre 2013, l’attaque des Chabab contre le centre commercial Westgate de Nairobi où ils tiennent un siège de quatre jours a ainsi fait 67 morts.
 
A l’été 2014, une série d’attaques contre des villages sur la côte du pays font une centaine de morts. En novembre, les Chabab s’en prennent à un bus près de Mandera, ville frontalière avec la Somalie. Ils tuent 28 personnes.
 
Et ce 2 avril, ils revendiquent le massacre de 148 personnes, en majorité des étudiants de l’université de Garissa. Les assaillants disent avoir voulu « venger les morts de dizaines de milliers de musulmans tués par les forces de sécurité kényane », depuis l’intervention militaire de Nairobi en 2011.  Au cours du week-end qui a suivi cette tragédie, le groupe a promis au Kenya « de nouveaux bains de sang » et a menacé le pays d’une « longue, épouvantable guerre ».

Pourquoi s’en prennent-ils aux chrétiens ?

Dans l’attaque de Garissa, le message était clair, les Chabab ont choisi cette université parce qu’elle était localisée « sur une terre musulmane colonisée ». Dans un communiqué, ils ont lancé : « Si Dieu le permet, rien ne nous arrêtera dans notre vengeance des morts de nos frères musulmans (…) jusqu’à ce que toutes les terres musulmanes soient libérées de l’occupation kényanes. »
 
Les Chabab ont expliqué que « l’attaque visait seulement les non-musulmans », ils ont donc séparé les musulmans des chrétiens à l'université, pour tuer ces derniers.
 
En visant les chrétiens, majoritaires au Kenya, l'objectif des Chabab pourraient être de semer la discorde entre les communautés religieuses de la région, favorisant ainsi  un environnement propice aux recrutements.