L'Afrique du Sud dans le texte

Depuis l’instauration de l’apartheid en 1948, les écrivains sud africains y ont puisé leur inspiration. Littérature de combat donc, mais surtout romans magnifiques à l’écriture sensuelle.

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Écrivains de langue anglaise :


Alan Paton - Cry, thé beloved country (Pleure, ô pays bien aimé.)

« Pleure, ô pays bien-aimé, sur l’enfant qui n’est pas encore né et qui héritera de notre peur. Puisse-t-il ne pas aimer trop profondément cette terre. Puisse-t-il ne pas rire avec trop de joie lorsque l’eau coulera entre ses doigts, ne pas se taire trop gravement lorsque le couchant fera flamboyer le veld. Puisse-t-il ne pas être trop ému lorsque les oiseaux de son pays chanteront, ne pas donner trop de son cœur à une montagne, à une vallée. Car s’il donne trop, la peur lui prendra tout. »

1948, c'est l'année où fut mis en place l’Apartheid par le parti national. C’est, aussi l’année où est publié Pleure ô pays bien-aimé, premier livre blanc contre l'apartheid, best seller d'hier et d'aujourd'hui.

Nadine Gordimer – La fille de Burger

Parmi la magnifique œuvre de Nadine Gordimer, couronnée par le prix Nobel de littérature en 1991, on retiendra ce roman de 1979, inspiré de la vie d’un militant communiste blanc persécuté pour son engagement.

« Je crois que la littérature sud-africaine forme un tout, même si nous les Blancs — moi comprise — nous avons été éduqués à l’écart de tout contact avec la culture noire. On nous a dit que la culture noire n'existait pas, que les Noirs étaient une page vierge sur laquelle les Blancs devaient écrire ce qu'était la musique, ce qu'était le théâtre, ce qu'était la poésie. Mais je crois aussi qu'il n'existe pas d'écrivain blanc qui ne soit marqué et pétri par la vie et la pensée des Noirs. » (1987)

Écrivains de langue afrikaner


André Brink – Une saison blanche et sèche.

Immédiatement interdit à sa parution en 1979, ce roman de l’un des auteurs les plus importants d’Afrique du Sud raconte le combat solitaire d’un Blanc face aux atrocités de l’Apartheid. André Brink est issu d’une très vieille famille sud africaine.

« Depuis que je suis rentré je me retrouve pris, et plus que jamais, par tout ce qui se passe dans ce pays. Je me suis fait des ennemis, mais aussi des amis merveilleux. J'aime tout particulièrement ces amitiés qui franchissent les barrières artificielles de la race, et qui au fil des ans, sont devenues plus fortes et plus profondes. Cela n'a pas été facile. Toutes les fois que j'ai voulu faire un pas de plus, j'ai dû me battre, non seulement contre l'appareil de l'Apartheid et ses ramifications étouffantes, mais aussi contre les forces invisibles qui se dressent dans l'obscurité contre l'écrivain. »

Breyten Breytenbach - Confession véridique d’un terroriste albinos

Autoportrait
Autoportrait
Le poète fit sept ans de prison, arrêté en 1975 pour avoir voulu mettre sur pied un réseau de porteurs de valise blancs en soutien à l’ANC, comme le firent des Français avec le FLN durant la guerre d’Algérie. Un an après sa libération, il publie ce roman autobiographique en 1983.

« Et alors je me mettais à écrire. C'est comme lancer un vaisseau noir sur une mer sombre. J'écris : je suis l'écrivain... Il faut laisser filer. Il faut suivre. Il faut se laisser emporter par la pulsation des mots au moment où ils affleurent sur le papier. Vous êtes ce papier. La ponctuation est emportée par dessus bord. Les répétitions, les rythmes, les structures, les thèmes seront quasi biologiques. Pas de conceptions intellectuelles. »


Les poètes noirs


Mongane Wally Serote - Alexandra, mon amour, ma colère

Né dans un township détruit depuis, il a grandi dans celui d’Alexandra, réservoir de main-d’œuvre de Johannesburg, la « Cité d’or », lieu de toutes les misères, de toutes les violences, de toutes les répression. Partisan du mouvement de la Conscience noire, il est arrêté en juin 1969 aux termes de la loi sur le terrorisme. Il passe neuf mois d’isolement total. Ce long poème épique, paru en 1974, raconte les luttes à Alexandra.

« C'est une saison blanche et sèche
Les feuilles jaunies ne durent pas, leurs vies brèves [s'évanouissent
Le cœur lourd, elles tombent doucement
Sur le sol
Sans verser une seule goutte de sang.
C’est une saison blanche et sèche, mon frère,
Seuls les arbres connaissent la douleur, droits et figés
Durs comme de l'acier, branches sèches comme du fil
Oui, c’est une saison blanche et sèche,
Mais les saisons ne font que passer. »

Zakes Mda – Le pleureur

Dans ce roman paru en 1995 sous le titre Ways of Dying, le destin de Toloki rejoint celui de milliers de Sud-Africains victimes de la répression policière, des luttes au sein du mouvement de libération, de la justice expéditive des habitants des townships. À la violence extrême d’une époque répond la tragédie de Noria, femme broyée par la vie. Elle incarne l’Afrique du Sud qui renaît de ses cendres.

Zanemvula Kizito Gatyeni Mda est né dans une famille obligée d’émigrer pour des raisons politiques au Lesotho. Peintre, poète, scénariste, romancier, il s’est d’abord fait connaître par son théâtre.

Les écrivains post apartheid


John Maxwell Coetzee – Disgrâce

Prix Nobel de littérature en 2003, cet écrivain et professeur des plus prestigieuses universités américaines ou sud-africaines incarne la littérature de l’après-Apartheid. Dans son roman Disgrâce, il raconte l'histoire de David Lurie, professeur à l'université du Cap en Afrique du Sud, deux fois divorcé, qui a une aventure avec l'une de ses étudiantes.

Ce roman très sombre décrit avec une extrême froideur la société sud-africaine d’aujourd’hui, dans laquelle aucune justice n'existe, laissant place à des horreurs en tout genre, sous le couvert d'un gouvernement impuissant. Après sa publication, John Maxwell Coetzee s’est exilé en Australie.

Karel Schoeman - La Saison des adieux

Engagé et solidaire du combat des Noirs de son pays, Karel Schoeman a reçu en 1999 des mains du président Mandela l'Ordre du Mérite sud-africain, la plus haute distinction du pays. Pour ses romans, il a reçu à trois reprises le prix Hertzog, le plus important prix littéraire sud-africain, et de nombreuses autres distinctions.
Dans La Saison des adieux, publié en 1990, l'année de la libération de Mandela, il décrit la déliquescence de la fin des années d'apartheid.

« Ils n'avaient plus ni pouvoir, ni autorité, ni droits ; ils n'étaient plus que des documents portant des numéros et des tampons, que l'on se repassait de main en main et que l'on abandonnait quelque part sur un bureau. »

Un livre sur la littérature sud-africaine

Quand on parle de littératures d'Afrique du Sud, on pense immédiatement à quelques romanciers bien connus, tels André Brink, J.M. Coetzee ou Alan Paton. Or cette liste est très incomplète, et elle ne comporte aucun patronyme africain. En effet, en dépit de nombreuses traductions, les productions d'une grande majorité d'écrivains sud-africains restent mal connues. Dans ce volume, l'auteur, qui est l'un des meilleurs spécialistes de la question, étudie plus de 180 écrivains. Il expose d'abord la genèse de leurs œuvres, qu'elles proviennent d'auteurs blancs, noirs ou métisses.