Afrique

L'Egypte riposte après l'attentat sanglant du Sinaï

Raids égyptiens
©TV5MONDE / Commentaire: M. Girardeau - Montage: F. Garnier

L'armée égyptienne a riposté samedi 25 novembre 2017 avec des raids nocturnes dans le Sinaï, après l'attentat sanglant de la mosquée de Bir Al-Abd qui a fait plus de 300 morts. 

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La réponse militaire a été immédiate. Dans la nuit, l'armée égyptienne a bombardé des positions djihadistes dans le Sinaï. Des dépôts d'armes et d'explosifs, des sites logistiques, qui appartiendraient à la branche égyptienne du groupe Etat islamique, soupçonnée d'être à l'origine de l'attaque de la mosquée de Bir Al-Abd. 

Le président Abdel Fattah al-Sissi a promis de "venger les martyrs", au moment où le pays est soumis depuis avril au régime d'état d'urgence, décrété après des attentats anticoptes. Pour le chef d'Etat égypotien, c'est parce que son pays combat le terrorisme qu'il est visé.  "Tout ce qui se passe en ce moment, est une tentative pour freiner nos efforts contre le terrorisme et briser notre volonté de mettre fin au projet criminel terrible dont le but est de détruire ce qui reste de notre région", a-t-il déclaré.

L'armée de l'air a ensuite procédé à des raids nocturnes dans la zone de l'attaque, où est implanté la branche égyptienne de l'EI. Les avions ont visé "des véhicules utilisés dans l'attaque terroriste, tuant leurs occupants", selon un porte-parole.

Une prière du vendredi devenu un enfer


A l'hôpital, les survivants racontent cette prière du vendredi devenue un enfer, quand une trentaine d'assaillants masqués, en tenue militaire, ont encerclé la mosquée avant d'y jeter une bombe. 

"Quand l'imam a commencé son sermon, on a entendu une bombe et des tirs. Ils ont touché tout le monde. Ils tiraient sur tout le monde. Ensuite, les assaillants ont vu les jeunes garçons et leur ont dit de sortir. Ils ont fait sortir certaines personnes de la mosquée mais pas tout le monde, seulement les enfants", a relaté Abdullah Abdel Nasser, 14 ans, survivant de l'attaque. "J'ai vu les gens grimper les uns sur les autres. Ils essayaient de sortir de la mosquée. Ils avaient peur. Et c'est quand j'essayais de sortir qu'une balle m'a touché la jambe", a confié de son côté Abdullah Suleiman, un autre adolescent de 13 ans, également victime de l'attentat.

A l'extérieur, les assaillants empêchent les fidèles de fuir, mettent le feu aux voitures pour bloquer les routes.

Les soufis, pris pour cible

Pourquoi cette mosquée a-t-elle été visée? Elle est fréquentée par des adeptes du soufisme, un courant mystique de l'islam. Pas assez rigoristes pour les djihadistes qui les considèrent comme des hérétiques.

Le dernier bilan official s'élène à au moins 305 morts, dont 27 enfants, et 128 blessés. Les funérailles des victimes ont été célébrées ce samedi 25 novembre 2017, comme le veut la tradition musulmane. Des prières prononcées dans toutes les mosquées du pays. Trois jours de deuil national ont été décrétés.

Rarissime dans une mosquée en Egypte, le carnage a laissé le pays en état de choc. C'est l'une des attaques les plus meurtrières dans le monde depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. L'attentat n'a pas été revendiqué mais le groupe Etat Islamique (EI) est le principal suspect.

Le Sinaï, au coeur des attentats

Depuis que l'armée, alors dirigée par le général Sissi, a destitué en 2013 le président démocratiquement élu Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, les groupes extrémistes, dont l'EI, ont multiplié les attentats meurtriers en Egypte. Les attaques frappent surtout le Sinaï, une péninsule désertique en proie à l'insécurité depuis de nombreuses années, où sont visés forces sécurité, minorités chrétienne et soufie et des bédouins accusés de collaborer avec l'armée. 

La fréquence des attentats de l'EI dans cette région, qui borde Israël et la bande de Gaza palestinienne, avait diminué ces derniers mois. La précédente attaque la plus meurtrière en Egypte remonte à octobre 2015, lorsqu'un attentat à la bombe revendiqué par la branche égyptienne de l'EI a coûté la vie aux 224 occupants d'un avion russe après son décollage de Charm el-Cheikh, station balnéaire du Sinaï.