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La crise entre l'Arabie Saoudite et le Qatar, exportée en Afrique

Afrique/Qatar
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Accusé de soutenir le terrorisme, le Qatar a été mis au ban par l'Arabie Saoudite et ses alliés. Dans le sillage de cette crise, plusieurs pays africains ont pris position : rupture des relations diplomatiques, rappel d'ambassadeurs, condamnations verbales ou appels au dialogue. Décryptage de la carte des réactions africaines, avec le politologue spécialiste du monde arabe, Hasni Abidi. 

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TV5MONDE: Comment expliquer les prises de position des pays africains?

Hasni Abidi : Les états africains qui ont répondu positivement à l'appel de l'Arabie Saoudite sont des états qui ont besoin de soutien financier de la part des pays du Golfe, notamment de l'Arabie Saoudite. On pense bien sûr à la Mauritanie, mais aussi au Niger qui reçoivent une aide importante de la part de ce pays. Le Niger, le Tchad et la Mauritanie font d'ailleurs partie de la "Coalition sunnite contre le terrorisme", créée par l'Arabie Saoudite, fin 2015 et qui implique une participation financière de la part des pays du Golfe.
Le positionnement des pays africains par rapport à l'Arabie saoudite dans le cadre de la crise diplomatique avec le Qatar
Le positionnement des pays africains par rapport à l'Arabie saoudite dans le cadre de la crise diplomatique avec le Qatar
©TV5MONDE
Aussi, est-il impossible d'imaginer ces pays ne pas répondre à l'appel de Ryad pour isoler le Qatar. Certains états, qui ont un contentieux avec l'islamisme, ont saisi l'occasion pour marquer leur rupture avec cette mouvance accusée d'être soutenue par le Qatar.  C'est le cas de Djibouti, confrontée à ses portes aux islamistes shebabs, en Somalie. Par ailleurs, Djibouti est engagée dans la guerre contre le Yémen, au sein de la coalition menée par l'Arabie Saoudite. Si on ajoute à cela, le conflit frontalier qui l'oppose à l'Erythrée -état qui entretient d'excellentes relations avec le Qatar- on comprend que ce pays ne pouvait qu'accepter la demande de l'Arabie Saoudite de rompre avec Doha. 
Dans cette crise, le Soudan a lancé un appel au dialogue. Il était de toute façon impossible de voir ce pays rejoindre une coalition contre le Qatar - avec qui il entretient d'excellentes relations- aux côtés de l'Arabie Saoudite, et surtout de l'Egypte, alors qu'il entretient avec ce dernier pays un conflit portant sur la répartition des eaux issues du barrage Ennahdha, situé en Ethiopie. 
Enfin, le Sénégal règle sans doute un peu ses comptes au Qatar pour avoir favorisé la sortie de Karim Wade et entretenu d'excellentes relations avec l'ancien président sénégalais Abdoulaye Wade. 
Chaque état a un intérêt particulier à se positionner dans cette crise. C'est donc la nature des alliances avec le Qatar, Ryad ou Abou Dabi qui a déterminé le jeu des alliances au sein des états africains.

TV5MONDE : Que représente l'Afrique pour le Qatar?

Hasni Abidi : Il n'y a pas vraiment de politique africaine du Qatar. Ses relations avec Alger ne sont pas les mêmes qu'avec Nouakchott. Il y a surtout un certain opportunisme, dicté par les liens avec certains pouvoirs locaux. Le deuxième élément, ce sont les intérêts économiques. Le Qatar a des relations importantes avec l'Afrique du Nord , avec plusieurs pays d'Afrique australe, notamment l'Afrique du Sud et d'autres pays d'Afrique anglophone (Ethiopie, Kenya, Ouganda...). Rappelons que Qatar Airways figure parmi les premières compagnies du Golfe à avoir ouvert des lignes aériennes avec ces pays.

TV5MONDE : La rupture diplomatique est-elle un bon calcul pour les pays africains?

Hasni Abidi : Prendre position sur cette crise, quand on est en dehors du Conseil de coopération du Golfe, quand on est en Afrique alors même que ce conflit ne concerne pas directement les Africains est une mauvaise position. Pour deux raisons: les pays du Golfe finiront par trouver une solution entre eux, et puis surtout, ce faisant, on suscite des réactions négatives à l'intérieur des pays. On l'a bien vu en Mauritanie, où tous les soirs après la dernière prière, des manifestations se déroulent à Nouakchott, contre le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz, en raison de sa décision de rompre les relations avec le Qatar. C'est donc un très mauvais calcul, d'autant qu'il n'y a pas d'aide promise par les  pays du Golfe à ces états, tout au plus des subventions, conditionnées à une prise de position contre le Qatar mais pas des investissements durables pour un mieux-être des populations africaines.