La Gambie écrit une nouvelle page de son histoire

Gambie : défaite électorale de Yahya Jammeh
(TV5MONDE)

La Gambie entame une nouvelle page de son histoire ce samedi 3 décembre 2016, au lendemain de la reconnaissance par Yahya Jammeh, qui a dirigé le pays 22 ans, de sa défaite aux urnes face à l'homme d'affaires Adama Barrow, un retentissant dénouement électoral salué à travers le monde.

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Aux jubilations constatées vendredi dans les rues pour saluer la défaite de Jammeh dont les portraits sur les affiches ont été arrachés ou piétinés, a succédé samedi matin le calme des lendemains heureux, a-t-on constaté à Banjul.

Toutefois, beaucoup s'interrogeaient encore sur les derniers développements spectaculaires, salués à la fois dans cette ex-colonie britannique d'Afrique de l'Ouest et à l'étranger, et qui ont définitivement levé les craintes de troubles post-électoraux exprimées dans certains milieux jusqu'à vendredi.

Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1994, Yahya Jammeh avait été élu une première fois en 1996, puis largement réélu tous les cinq ans depuis.

Il s'était déclaré sûr d'être réélu à la présidentielle de jeudi, et ses détracteurs lui prêtaient l'intention de n'accepter aucune autre issue. A la surprise générale, il a reconnu sa défaite dans une déclaration télévisée vendredi soir.

"Vous, Gambiens, avez décidé que je devais être en retrait" à l'issue de la présidentielle de jeudi, "vous avez parlé sans ambiguïté", a-t-il déclaré, avant de féliciter "Adama Barrow pour sa victoire", qui "est une victoire claire".

Il a souhaité bon vent à son tombeur, un homme d'affaires inconnu sur la scène politique six mois auparavant, en lui téléphonant devant les caméras : "Je vous souhaite bonne chance, le pays sera entre vos mains en janvier et vous pouvez compter sur mon aide durant votre transition".

Jusqu'à samedi en fin de matinée, rien ne permettait cependant d'expliquer ce qui a favorisé cette décision de Jammeh, qui a gouverné sans partage et gardé la majorité des Gambiens dans le rang par la répression - parfois sanglante - de toute contestation, la peur des pouvoirs mystiques dont il se dit doté ou sa mainmise sur les forces armées dont il est issu.

Lui-même semblait serein quant à son avenir après la passation de pouvoir : il ne s'exilera pas et mènera une vie de paysan à Kanilai, son village natal dans l'Ouest de la Gambie, a-t-il assuré dans son message télévisé.
 

Une nouvelle Gambie

Jeudi, quelque 890 000 Gambiens - sur près de 2 millions d'habitants - étaient appelés aux urnes pour départager Yahya Jammeh, Adama Barrow et un troisième candidat, Mama Kandeh, tous âgés de 51 ans et nés en 1965, année de l'indépendance de ce pays enclavé dans le territoire sénégalais, hormis sa façade atlantique.

Selon les résultats du scrutin publiés vendredi après-midi par la commission électorale, Yahya Jammeh s'est classé deuxième avec 36,6 % des voix derrière Barrow, crédité de 45,5 % des suffrages. Mama Kandeh a eu 17,8 % des voix. La participation avoisinait les 65 %.

Dans un entretien avec l'AFP vendredi, Adama Barrow avait salué le dénouement électoral apaisé dans son pays, "une nouvelle Gambie" où tout le monde doit "se mettre au travail".

"Jour de libération pour les Gambiens", "Nous avons maintenant une nouvelle Gambie", "Nous aurons la paix, plus de liberté", a-t-on notamment entendu à Banjul durant les manifestations de joie vendredi.

Les félicitations à l'adresse des Gambiens, de Barrow pour sa victoire et de Jammeh pour avoir accepté sa défaite se sont multipliées.

Après la Commission économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), l'Union africaine, l'ONU et les Etats-Unis ainsi que des ONG dont Human Rights Watch, le Sénégal, unique voisin terrestre de la Gambie, a joint sa voix au concert d'hommages.

Le chef de l'Etat sénégalais Macky Sall a par ailleurs "eu un entretien téléphonique" vendredi avec Adama Barrow, a indiqué la présidence sénégalaise dans un communiqué.

Selon le texte, il lui a exprimé "sa ferme volonté de travailler avec lui au renforcement des relations" entre les deux pays dont les relations ont été compliquées durant la présidence de Jammeh.

Ce dernier est d'ailleurs qualifié de "notre meilleur ennemi" par Abdoulaye Bamba Diallo, éditorialiste de l'hebdomadaire privé sénégalais Nouvel Horizon.

Samedi à Dakar, de nombreux Sénégalais se réjouissaient également du départ du pouvoir de Jammeh. "Barrow renvoie Jammeh à son champ", ironisait à sa une samedi le journal privé Le Quotidien.