La présidentielle malienne ou l’espoir de quitter le camp

Distribution de vivres dans le camp de Sag-nioniogo au Burkina Faso / Photo de Delphine Wilputte
Distribution de vivres dans le camp de Sag-nioniogo au Burkina Faso / Photo de Delphine Wilputte

A 35 kilomètres de Ouagadougou, au Burkina Faso, se trouve le camp permanent de Sag-nioniogo. 2 830 Maliens, majoritairement des Touaregs, y ont trouvé refuge. Pour la plupart, l’élection présidentielle malienne de dimanche prochain pourrait annoncer la paix dans leur pays. Ce retour au calme leur permettrait de rentrer chez eux.

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Il est 7h30. Dans le camp de Sag-nioniogo, des dizaines de réfugiés maliens sont postés au pied du bâtiment principal. C’est le jour de la distribution des vivres, le premier de ce mois de juillet. Les volontaires de la Croix-Rouge burkinabè préparent les tickets de rationnement, les balances et les sacs de nourriture.

Une heure plus tard, les familles les plus ponctuelles regagnent déjà leurs tentes. Des ânes, chargés de riz, de farine, de haricots, d’huile et de sel, suivent chacun des groupes jusqu’à son campement.

Fata Walat El Moctar marche difficilement les centaines de mètres qui la séparent de chez elle. La vieillesse marque son visage, mais surtout entame sa vitalité. Une fois arrivée à bon port, elle s’empresse d’étaler sa natte à l’ombre et de s’y coucher. Elle retrouve son fils, arrivé quelques minutes plus tôt.

Abdoul Ag Mohamed et Fata Walat El Moctar / Photo de Delphine Wilputte
Abdoul Ag Mohamed et Fata Walat El Moctar / Photo de Delphine Wilputte
Mère et fils réunis malgré eux

Fata Walat El Moctar et Abdoul Ag Mohamed sont originaires de Gao, au Nord du Mali. En janvier 2012 ont débuté les conflits entre les militaires maliens et le groupe composé d’islamistes et de rebelles touaregs. La mère a alors rejoint son fils à Ségou, une ville située à 240 kilomètres de Bamako. Abdoul Ag Mohamed y élevait une trentaine de vaches, moutons et cochons. « L’armée malienne et les civils les ont tués », confie-t-il tristement. Désormais sans-le-sou, mère et fils consacrent leurs dernières économies à leur fuite. C’est ainsi qu’ils sont arrivés au camp de Sag-nioniogo.

Abdoul Ag Mohamed tend du thé. « Azawad », est-il marqué sur la boîte. « Nous voulons l’indépendance de l’Azawad, déclare l’homme. Deux pays, deux drapeaux. (…) Tombouctou, ce sera notre capitale. » Abdoul Ag Mohamed s’y installera dès que son vœu sera accompli. Pour l’heure, sa mère affiche le tract de Soumaïla Cissé. Le candidat de l’Union pour la République et la démocratie est contre l’indépendance du Nord du Mali. Toutefois, il est le seul à avoir envoyé une délégation non loin du camp, ce qui a visiblement séduit. « D’abord, on vote Soumaïla Cissé et puis, on aura l’Azawad », assure Abdoul Ag Mohamed.
Dans les allées du camp, le calme règne malgré le nombre élevé de réfugiés. Seuls sont perceptibles le bêlement des moutons ou les discussions lointaines. Quelques Maliens ont construit des étals pour vendre des légumes ou de l’artisanat. La plupart, néanmoins, s’ennuient sur leur natte et attendent que les jours passent.

Tina Cisse et sa famille/ Photo de Delphine Wilputte
Tina Cisse et sa famille/ Photo de Delphine Wilputte
A sept dans une tente

Tina Cissé vit au camp avec toute sa famille. Sa fille cadette accueille les visiteurs avec des cris stridents qui allient gémissements et pleurs. « Elle réclame toujours quelque chose », s’excuse sa mère. Avant d’ajouter: «  On donne souvent des pièces aux enfants pour qu’ils s’achètent des bonbons. » Elle regarde dans son portefeuille. Malheureusement, elle n’a plus de monnaie.

Il y a un an et demi, la famille de Tina Cissé vivait encore à Rharous, près de Tombouctou, au Nord du Mali. Jusqu’au jour où l’armée a menacé de les tuer. « On est parti comme ça. On a laissé nos affaires, on a pris le camion et on est parti », se souvient la jeune femme.
En temps normal, Tina Cissé et sa famille vivent de l’artisanat. Le père sort un album photo d’un sac pour le prouver. Il décrit les images avec nostalgie, puis referme l’album, le range et se recouche. « Comme on n’a pas encore gagné le matériel pour faire les boîtes [en cuir]», enchaîne Tina Cissé, « on fait les tâches ménagères seulement. » Elle se lève et va aider sa mère. Ce midi, au menu, c’est riz sauce fakoye, une spécialité sonraï du Nord du Mali. La famille est musulmane mais ne jeûne pas.

Le poste de radio est allumé. Les paroles de l’animateur créent un bruit de fond sous la tente. La radio, c’est le moyen pour la famille de s’informer sur la future élection présidentielle au Mali. Son enthousiasme est visible lorsqu’on aborde ce sujet. « Nous, on attend juste que la paix revienne pour rentrer », affirme Tina Cissé. « Le Mali, on veut qu’il reste uni, on ne veut pas de l’Azawad. » Tous savent déjà pour qui ils voteront. S’ils votent…

Distribution de tickets, prélude de l'organisation du scrutin  / Photo de Delphine Wilputte
Distribution de tickets, prélude de l'organisation du scrutin / Photo de Delphine Wilputte
Un scrutin organisé dans l’urgence

A Sag-nioniogo, rien ne présage qu’une élection importante aura lieu dans deux jours. Pas une affiche. « Le camp doit rester apolitique », explique le personnel sur place. Pas même un mot sur l’organisation du scrutin. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés assure pourtant que l’élection aura bien lieu dans l’école publique du village.
Seule une dizaine de réfugiés maliens du camp disposent déjà de leur carte d’électeur. Les autorités maliennes continueront à distribuer les cartes qu’elles retrouvent jusqu’au 27 juillet. Toutefois, il est peu probable que les 134 individus ayant exprimé leur volonté de voter introduisent effectivement leur choix dans l’urne ce dimanche. Les plus pessimistes allègueront que « de toute façon, les réfugiés sont issus d’une population qui ne vote plus depuis cinquante ans. »

Il est 16h30. La distribution de vivres se termine à peine. Quelques Maliens font la queue devant le bureau de la Commission nationale pour les réfugiés. Certains n’ont pas pu retirer leur lot de nourriture car ils ont perdu leur attestation de réfugié. D’autres se plaignent de ne pas pouvoir le retirer pour un parent. Après avoir résolu leur problème, tous devront se présenter devant les volontaires de la Croix-Rouge demain, deuxième et dernier jour de la distribution de vivres.