La révolution égyptienne inspire les Iraniens de tous bords

Le régime iranien revendique la révolution égyptienne comme « islamique ». Mais c’est plutôt du côté de l’opposition qu’il faut trouver des ressemblances avec les jeunes du Caire. L'analyse de la journaliste iranienne Hamdam Mostafavi.

dans
« Inquiétude et espoir au Moyen-Orient après la chute de Moubarak » titrait le grand quotidien gouvernemental Iran [PDF], dimanche 13 février. Le journal faisait référence à l’inquiétude d’Israël, qui ne sait pas si le prochain gouvernement sera favorable au maintien de la paix. Quant aux espoirs, il s’agit de ceux des autres peuples de la région encore soumis à un dictateur. [ Voir aussi la une du quotidien Resalaat journal officiel et très conservateur « La chute de Moubarak secoue le Moyen-orient », NDLR]

DU CÔTÉ DU PEUPLE

Comme le reflète ce quotidien officiel, dès le début des manifestations en Tunisie, puis en Egypte, le régime de Téhéran a choisi de se ranger du côté du peuple, et n’a soutenu ni Ben Ali ni Moubarak. Vis-à-vis de Moubarak, cela s’explique notamment par d’anciennes querelles de pouvoir, et bien sûr la question palestinienne, l’Iran ayant fait sienne la cause du peuple palestinien, et ne pouvant ainsi accepter le blocus de Gaza.

Les dirigeants iraniens, dont Ali Khamenei, le guide suprême, ont déclaré à plusieurs reprises que ces révolutions étaient des émanations lointaines de la révolution de 1979 en Iran. Les dirigeants du régime islamique de Téhéran ont pu espérer un temps créer une alliance avec les Frères musulmans, même si le groupe sunnite égyptien a une structure très différente du clergé chiite iranien.

Affiche appelant à manifester le 14 février 2011.
Affiche appelant à manifester le 14 février 2011.
INQUIÉTUDE

Mais maintenant que la révolution égyptienne a elle aussi abouti, le ton commence à changer à Téhéran. L’inquiétude des dirigeants devient palpable. Ces derniers jours, les arrestations d’étudiants et de figures fortes du mouvement démocratique iranien se sont multipliées.

En effet, le régime islamique de Téhéran sait fort bien que les jeunes qui ont déferlé dans les rues du Caire ces deux dernières semaines ne sont pas différents de ceux qui avaient contesté en juin 2009 la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence. À l’époque, les Iraniens, qui avaient fait de la couleur verte leur signe de ralliement, avaient subi une répression féroce. Celle-ci, après plusieurs mois d’acharnement, a réussi à mettre en sourdine la révolte des jeunes. Mais la réussite des mouvements tunisien et égyptien a réveillé l’élan démocratique iranien.

Avant la chute de Moubarak, les dirigeants du Mouvement vert, Mehdi Karroubi et Mir Hossein Moussavi, anciens candidats malheureux à la présidentielle, avaient appelé à une marche de soutien aux Egyptiens pour le 14 février. Leur demande d’autorisation officielle a été rejetée par les autorités, qui ont affirmé que les Iraniens pourraient manifester leur soutien lors des célébrations officielles du trente-deuxième anniversaire de la révolution islamique le 11 février dernier.

L'APPEL À MANIFESTER DES VERTS

La partie semblait plus ou moins perdue jusqu’à l’annonce du départ de Moubarak. Dès le vendredi soir, les appels à manifester lundi 14 ont fleuri sur les réseaux sociaux, les hackers iraniens se sont remis à inventer des systèmes de contournement de la censure, des affiches ont commencé à circuler. Les membres du Mouvement vert voient dans les Egyptiens, notamment en des leaders comme Wael Ghonim, le signe que la victoire n’est pas inatteignable, si la volonté est là.

Même s’il est peu probable que les opposants iraniens arrivent à mobiliser suffisamment leurs compatriotes le 14 février, ils ont déjà prouvé que leur mouvement n’était pas mort. Les circonstances économiques étant plus dures qu’en 2009, et le régime ne pouvant continuer éternellement à soutenir les couches les plus pauvres de la population, les opposants iraniens pourraient réussir à étendre leur mouvement à d’autres strates de la société. Mais contrairement aux autres pays de la région, les forces armées, à savoir les pasdarans (Gardiens de la révolution, NDLR), purs produits du régime, n’ont pas d’intérêt à voir celui-ci tomber.


Notre dossier