“La Vierge, les Coptes et moi“ ... un ovni cinématographique

Premier long métrage du cinéaste français d'origine égyptienne Namir Abdel Messeeh, "la Vierge, les Coptes et moi" sort cette semaine dans les salles européennes, au terme d'une difficile gestation, un tournage rocambolesque et un passage remarqué dans plusieurs festivals.
 
Un film inclassable et savoureux où le jeune réalisateur porte un regard à la fois délicat et drôle sur la foi, l'Egypte, sa mère ... et sur lui-même.

dans

Pleine de grâce


C’est un film qui n’aurait pas dû exister. Un ovni cinématographique improbable,  mi-documentaire mi-fiction, de l’aveu de son auteur « une histoire un peu foutraque qui part dans plein de directions différentes ».

Jeune cinéaste (c’est son premier long métrage) français d’origine égyptienne, Namir Abdel Messeh réfléchit depuis un certain temps à un documentaire sur sa communauté copte mais son projet peine à se préciser. Marginalisée et souvent maltraitée, cette minorité chrétienne d’Égypte se caractérise, notamment par son adoration fervente de la Vierge Marie qui, de son côté, gratifie volontiers ses fidèles d’apparitions controversées.

Vers noël 2009, à l’occasion d’une réunion de la famille de Namir en région parisienne, la vidéo d’un de ces pèlerinages, à Assiout, est projetée sur l’écran du salon. Cri de Siham, la mère, au passage d’une séquence plus floue qu’explicite : elle a vu la Vierge. « Là, dira le fils, j’ai su que je tenais un film ».

Son élaboration puis son tournage, juste avant la révolution égyptienne de 2011, seront laborieux. Coiffé d’une inamovible casquette mi-rappeur mi-cinéaste, Namir se met en scène, peut-être un peu alors faute de mieux, et filme … ses échecs.

Peu aguerri et assez candide, le réalisateur se heurte au Caire à la bureaucratie égyptienne et copte, à la réticence de ses rares interlocuteurs à témoigner dans un sens ou dans l’autre sur un sujet sacré, au scepticisme maussade de son producteur qui lui a fixé d’étroites et très conformes limites. Sa mère par-dessus tout, puissante figure à laquelle il rend chaque jour compte à distance de ses difficultés, lui interdit formellement de filmer sa trop modeste famille au village, en Haute-Égypte.

Il s’y rend quand même, sous le prétexte d’un pèlerinage local. Lorsque la production incompréhensive et exaspérée lui coupe les vivres (« ton film, c’est de la merde »), c’est logiquement la fin de l’aventure. Le contraire se produit : « là où le film aurait dû s’arrêter, c’est une nouvelle histoire qui va commencer », résume aujourd’hui Namir.
 

Loin des clichés


Sollicitée de façon presque loufoque par le cinéaste en déroute matérielle, sa mère accepte contre toute attente de diriger la production du tournage. Elle débarque au village, prend en main l’organisation. Namir, lui, parvient peu à peu à apprivoiser les réticences de ses parents retrouvés, grand-mère, cousins, des paysans simples dont il n’est séparé que par un caprice du destin.

« Il y a toujours chez les Égyptiens cette peur de l’image, de montrer des choses qu’il ne faut pas montrer, la pauvreté etc…, remarque le cinéaste. Moi, ma pensée, c’est que les gens, si on les aime, on sait les filmer, ils vont être beaux ». C’est ce qui se produit dans ce film à tous égards miraculeux, dont les changements de pieds parfois involontaires débouchent sur une mise en abyme savoureuse et émouvante, pourtant drôle et instructive, loin des clichés et ironies faciles.

De Coptes, de foi, de Vierge et d’apparition -  finalement reconstituée, sous les traits d’une jeune fille du village hissée dans les airs à l’aide d’un invraisemblable palan - il est toujours question mais l’essentiel a désormais glissé ailleurs, dans ce regard et cette relation (dans les deux sens) empruntes de respect et de délicatesse où chacun (l’auteur, la mère, les villageois) trouve étonnamment sa juste place.

Portée par une démarche intellectuelle dépourvue de préjugés et une écriture cinématographique libérée de tout formatage, l’iconographie naïve dont on pouvait redouter une tarte à la crème un peu lourde devient finalement l'expression d’une humanité … pleine de grâce et le film un enchantement.
 

Namir Abdel Messeeh, invité du journal de TV5monde

25.08.2012
“La Vierge, les Coptes et moi“ ... un ovni cinématographique
 
 
Un film de Namir Abdel Messeeh
 
Programmation ACID
Cannes 2012

France, Qatar, Egypte - 2012

1h25 min - DCP

Sortie : 29 août 2012

Sélections et prix :
Festival de Berlin 2012
Section Panorama
Festival du Film de la Rochelle 2012
Festival de Belfort EntreVues
Lauréat Films en Cours 2011

Scénario : Namir Abdel Messeeh, Nathalie Najem, Anne Paschetta
Image : Nicolas Duchêne
Son : Julien Sicart
Montage : Sébastien De Sainte