Afrique

Le Rwanda accusé de tortures, Kigali dément

Décharges électriques, sacs de pierres attachés aux testicules, prisonniers pendus par les pieds et frappés à coups de barres de fer selon les témoignages recueillis par Human Rights Watch<br />
<sub>(image d'illustration du site de HRW)</sub>
Décharges électriques, sacs de pierres attachés aux testicules, prisonniers pendus par les pieds et frappés à coups de barres de fer selon les témoignages recueillis par Human Rights Watch
(image d'illustration du site de HRW)

L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) a accusé l'armée rwandaise de recourir à la torture pour extorquer des aveux à des suspects détenus illégalement, dans un rapport publié mardi. Des accusations infondées pour Kigali.

dans
HRW affirme avoir documenté 104 cas de personnes détenues illégalement et, pour une majorité d'entre elles, victimes d'actes de torture - bastonnades, décharges électriques, simulacres d'exécution -, dans les centres de détention de l'armée rwandaise entre 2010 et 2016, selon le rapport de 102 pages intitulé "Nous t'obligerons à avouer: torture et détention militaire illégale au Rwanda".
 
L'impunité pour la détention illégale et l'utilisation systématique de la torture a conduit de nombreuses victimes à renoncer à tout espoir que justice soit rendue
Ida Sawyer, directrice Afrique centrale de HCR
"Des recherches menées au cours d'un certain nombre d'années démontrent que les responsables militaires au Rwanda peuvent recourir à la torture selon leur bon vouloir", a déclaré Ida Sawyer, directrice pour l'Afrique centrale à Human Rights Watch. "L'impunité pour la détention illégale et l'utilisation systématique de la torture a conduit de nombreuses victimes à renoncer à tout espoir que justice soit rendue", a-t-elle ajouté.

Selon HRW, la plupart des victimes ont été détenues en raison de leur appartenance présumée aux Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), des rebelles hutu rwandais installés dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) et dont certains des membres fondateurs sont accusés d'avoir participé au génocide de 1994 au Rwanda.
 

Contre l'opposition

L'opposante Victoire Ingabire lors de son procès en 2011. Condamnée à 15 années de prison, elle s'y trouve toujours comme beaucoup de ses compagnons.<br />
<sub>(AP Photo/Shant Fabricatorian)</sub>
L'opposante Victoire Ingabire lors de son procès en 2011. Condamnée à 15 années de prison, elle s'y trouve toujours comme beaucoup de ses compagnons.
(AP Photo/Shant Fabricatorian)
D'autres victimes sont soupçonnées par les autorités de liens avec le Congrès national rwandais (RNC), un groupe d'opposition en exil composé principalement d'anciens membres du parti au pouvoir, ou de sympathies pour Victoire Ingabire, présidente emprisonnée du parti - non reconnu par les autorités - des Forces démocratiques unifiées (FDU).

Le rapport reproduit des extraits de témoignages d'anciens détenus, qui décrivent les sévices subis: décharges électriques, sacs de pierres attachés aux testicules, prisonniers pendus par les pieds et frappés à coups de barres de fer...
 
A chaque question, ils me frappaient. Après ça, ils m'ont donné un morceau de papier en me disant: "Signe ça!"
Un prisonnier

"J'ai dit que je n'avais jamais travaillé pour les FDLR. (...) A chaque question, ils me frappaient. Après ça, ils m'ont donné un morceau de papier en me disant: +Signe ça+. J'ai pu le regarder un instant à peine, puis je l'ai signé", rapporte un prisonnier arrêté en avril 2014.
 

Démenti

La réponse de Kigali ne s'est pas fait attendre : des mercredi, le ministre rwandais de la Justice, Johnston Busingye, a répondu dans un communiqué qu'il n'y avait "aucune preuve crédible" de ces accusations. Le rapport de HRW est considéré « sans fondement »
 
Le rapport n'est en fait que la poursuite du programme invétéré et rancunier de HRW contre le Rwanda
Johnston Busingye, ministre de la justice du Rwanda

"Il n'y a rien de vrai dans le rapport de Human Rights Watch. Le Rwanda est signataire de la Convention contre la torture et la respecte, de même que ses propres lois", a assuré mercredi Johnston Busingye.

"HRW a recyclé des accusations anciennes, sans aucun fondement et sans fournir la moindre preuve tangible. A terme, cela se verra. Le 'nouveau' rapport n'est en fait que la poursuite du programme invétéré et rancunier de HRW contre le Rwanda".

HRW encourt régulièrement les foudres des autorités rwandaises. Mi-juillet, l'ONG avait oublié un rapport accusant les forces de sécurité rwandaises d'avoir exécuté au moins 37 petits délinquants sans les poursuivre en justice, entre juillet 2016 et mars 2017 dans l'ouest du pays.
 

Un bilan discuté

23 ans après le génocide qui l'a dévasté, le Rwanda se situe au 159ème rang mondial en terme d'indice de développement humain (IDH, entre Madagascar et le Lesotho). Un tiers du budget de l’État est couvert par l'aide internationale. Plus de la moitié de la population vit au dessous du seuil de pauvreté.

Terre bénie pour les investissements, au 56ème rang du classement « Doing business » qui mesure les opportunités d'affaires, le Rwanda n'en est pas moins considéré par beaucoup comme un modèle pour l'Afrique.

Pourtant, les critiques à l'égard du gouvernement et du président Paul Kagame, au pouvoir depuis 2000, pour ses atteintes à la liberté d'expression et sa répression féroce se sont multipliées ces dernières années.

Paul Kagame est l'homme fort du Rwanda depuis que le FPR a renversé en juillet 1994 le gouvernement extrémiste hutu ayant déclenché un génocide qui a fait 800.000 morts entre avril et juillet 1994, principalement parmi la minorité tutsi.
 
L'opposante Diane Rwigara en mai 2017. Candidate à l'élection présidentielle, elle est emprisonnée au lendemain du scrutin qui "accorde" 99 % à Paul Kagame.<br />
(AP Photo)
L'opposante Diane Rwigara en mai 2017. Candidate à l'élection présidentielle, elle est emprisonnée au lendemain du scrutin qui "accorde" 99 % à Paul Kagame.
(AP Photo)
Considéré comme un dictateur par ses opposants, il a été réélu en août dernier pour un troisième mandat de sept ans, avec 99% des voix.

Un score qui a « troublé » les Etats-Unis, pourtant alliés traditionnel du régime mais non l'intéressé qui pourra, au terme d'une modification constitutionnelle qu'il a fait adopter, rester théoriquement au pouvoir jusqu'en 2034.

Une des rares personnes a avoir osé se porter candidate contre lui, Diane Rwigara, a été arrêtée un mois après le "scrutin", ainsi que plusieurs dirigeants de sa formation politique.