Législatives algériennes : la fraude dénoncée

Bureau de vote le 10 mai à Alger (photo AFP)
Bureau de vote le 10 mai à Alger (photo AFP)

Participation encore faible (42 % des inscrits) mais en hausse, succès inespéré des partis de l'Alliance présidentielle, recul imprévu des islamistes et des contestataires : malgré le quitus de l'Union européenne et de Paris, le résultat des législatives algériennes parait à beaucoup trop idéalement favorable au pouvoir pour être crédible.

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“Il ne reste à ceux qui croient au changement que le choix tunisien“


Plusieurs partis politiques, islamistes en tête, ont contesté ce week-end les résultats préliminaires des élections législatives du 10 mai en Algérie, évoquant des "fraudes" ou une "mascarade" susceptibles de provoquer une révolution à la tunisienne. "Nous ne reconnaissons pas ces résultats", a déclaré à l'AFP le président fondateur du parti radical islamiste Front de la Justice et du Développement (FJD) Abdallah Djaballah, dont le parti tout juste agréé n'a obtenu que sept des 462 sièges de la nouvelle assemblée.
Ils "ont fermé la porte du changement à travers les urnes et il ne reste à ceux qui croient au changement que le choix tunisien", a-t-il dit, en référence au renversement en janvier 2011 en Tunisie de Zine el-Abidine Ben Ali, en place durant deux décennies, évènement qui avait donné le coup d'envoi du Printemps arabe.
Les résultats préliminaires annoncés vendredi placent le Front de Libération Nationale (FLN, présidentiel) en tête avec 220 sièges.
Avec son allié le Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre Ahmed Ouyahia (68 sièges), ils dépassent la majorité absolue. De quoi avoir les coudées franches pour poursuivre les réformes voulues par le président Abdelaziz Bouteflika, dont une révision de la constitution.
A eux tous les partis islamistes totalisent 59 députés, et restent, avec un même nombre de sièges, la 3e force à l'assemblée.
"Le dernier sondage réalisé par le pouvoir après la fin de la campagne électorale -nous avons les documents en notre possession-, nous créditait de 65 sièges", a affirmé M. Djaballah.
Aucun sondage n'est jamais rendue public avant les élections.

Un printemps arabe reporté ?

"Ces élections sont une mascarade" et "constituent une agression contre la volonté du peuple", a poursuivi M. Djaballah, fondateur des deux partis Al-Islah (Réforme) et Ennahda (Renaissance) dont il a été éjecté et qui ont gagné des sièges dans le nouveau parlement.
Ce scrutin "crée une situation d'insécurité et d'instabilité", a affirmé M. Djaballah, deux fois candidat à la présidentielle de 1999 et 2004 contre Abdelaziz Bouteflika, tenant du poste depuis 12 ans.
"Nous sommes en pourparlers avec les différents partis qui refusent ces élections pour adopter une position commune", a indiqué le bouillant militant islamiste de 56 ans. "Si ces partis décident de se retirer du parlement, le FJD sera à leur tête".
Parmi les contestataires, l'Alliance de l'Algérie Verte, formée du Mouvement de la Société et la Paix (MSP), Al-Islah et Ennahda, pour lesquels "le Printemps algérien par les urnes a été reporté".
Le Front du Changement (FC) du dissident MSP, ancien ministre de l'Industrie Abdelmadjid Menasra, jugeait samedi que "l'Algérie avait raté l'occasion d'un changement pacifique".
Le Conseil consultatif de ces islamistes se réuniront séparément le week-end prochain pour se prononcer.
Abderrahmane Saïdi, président du Conseil consultatif du MSP (ex-membre de l'Alliance présidentielle) a néanmoins souligné que sa formation "ne prendra aucune décision qui menacerait la stabilité du pays".
Pour le directeur-fondateur de l'Observatoire des pays arabes à Paris, Antoine Basbous, "parmi les islamistes, un seul était redouté par le pouvoir, Abdellah Djaballah". Mais, a-t-il déclaré à l'AFP, il est "perçu comme authentique".
Dans le camp laïc, le Front national algérien (FNA, conservateur) de Moussa Touati contestera auprès du Conseil constitutionnel ses neuf sièges obtenus selon des "procédés frauduleux". Sa démarche devrait être suivie par une kyrielle de petits partis.
La présidente du Parti des Travailleurs (PT, extrême gauche) Louisa Hanoune a qualifié le scrutin de "coup de force inacceptable", après la perte d'au moins six de ses 26 sièges précédents.
Sa formation a obtenu 11 sièges à Alger, a-t-elle déclaré, citée par la presse. "Le lendemain, quatre sièges ont été détournés grossièrement".
Des ajustements étaient en cours dans plusieurs wilayas (départements) avant que les résultats définitifs ne soient établis. Le Conseil constitutionnel dispose de 72 heures, après leur réception, pour se prononcer.

Réactions internationales

Paris reconnaît la “nouvelle législature“

La France a reconnu samedi les résultats des élections en Algérie et constaté qu'"une nouvelle législature s'ouvre" consacrant la prééminence du Front de Libération nationale (FLN, parti au pouvoir), a indiqué le ministère des Affaires étrangères. La veille, Paris avait salué le déroulement du scrutin.
"Les résultats des élections législatives algériennes ont été proclamés. C'est une nouvelle législature qui s'ouvre en Algérie", a déclaré samedi Bernard Valero, porte-parole du Quai d'Orsay. "Nous notons également que le choix des électeurs va permettre une représentation très sensiblement accrue des femmes au sein de la nouvelle Assemblée", a-t-il ajouté, sans commenter les accusations de "manipulation" formulées par les islamistes de l'Alliance de l'Algérie Verte, qui ont subi un important revers.

l'UE salue “un pas en avant“

L'Union européenne a salué samedi les élections législatives en Algérie, y voyant "un pas en avant" pour réformer le pays et aller vers plus de principes démocratiques. "L'UE espère que le nouveau Parlement élu fasse avancer un processus de réformes fondées sur des principes démocratiques et sur le respect des droits de l'homme", ont affirmé la chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, et le commissaire en charge de la politique de voisinage, Stefen Füle.
"Nous voyons ces élections comme un pas en avant dans le processus de réformes qui a démarré en avril 2011 en Algérie et devrait déboucher sur une révision de la Constitution en fin d'année afin de consolider la démocratie et l'Etat de droit, conformément aux attentes légitimes du peuple algérien", ont indiqué les deux représentants européens dans un communiqué commun.

Résultats officiels provisoires

14.05.2012AFP
- Taux de participation globale: 42,36 % Répartition des sièges entre 26 partis représentés:
Front de libération nationale (FLN, parti présidentiel): 220
Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre: 68
Alliance de l'Algérie verte (AAV, islamistes): 48
Front des forces socialistes (FFS, opposition): 21
Parti des travailleurs (PT, extrême gauche): 20
Front national Algérien (FNA, nationaliste): 9
Front pour la justice et le développement (FJD, islamiste): 7
Mouvement populaire algérien (MPA): 6
Le parti el Fedjr El Djadid: 5
Front du changement (FC, islamistes): 4
Parti national pour la solidarité et le développement (PNSD): 4
Rassemblement algérien: 4
Front national pour la justice sociale (FNJS) 3
Ahd 54 ("serment" 54) : 3
Union des forces démocratiques et sociales (UFDS): 3
Alliance nationale républicaine (ANR): 3
Cinq petits partis ont obtenu chacun 2 sièges et cinq autres un siège chacun.
Listes indépendantes: 19
Dans ce total de 26 partis et indépendants représentant 462 élus, figurent 145 femmes.
Le FLN et le RND, qui forment l'alliance présidentielle soutenant le président Abdelaziz Bouteflika, détiennent la majorité absolue dans la nouvelle Assemblée.
Les islamistes comptent un total de 59 députés soit 12,7%.
L'assemblée sortante comprenait 389 députés.