Législatives : l'opposition congolaise en désordre de marche

Début de la campagne pour les législatives au Congo-Brazza
Reportage TV5MONDE A. SHUNGU, M. VALLEREY

Le 16 juillet se tiendront les élections législatives, pour lesquelles 151 candidats sont investis. A la veille du référendum constitutionnel, fin 2015, les principales composantes de l'opposition congolaise s'étaient rassemblées dans une plateforme. Mais depuis la présidentielle, l'opposition apparaît désunie, entre les partisans et les adversaires de la realpolitik. Au risque de ne pas peser au sein du futur Parlement. 
 

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Le 7 mars 2017, 300 délégués sont réunis à Ouesso, dans le nord du pays. Sous l'égide du gouvernement, ils discutent du déroulement des législatives, sénatoriales et municipales, fixées au 16 juillet. L'UPADS de Pascal Tsaty-Mabiala, la principale force d'opposition au sein du Parlement, était présente. En revanche, d'autres figures de l'opposition, comme Mathias Dzon (du Collectif des Partis de l'opposition) ou Claudine Munari (Frocad-IDC-CJ3M) décident de boycotter la rencontre. Ils posent comme préalable la libération des prisonniers politiques, la résolution de la crise dans le Pool mais surtout un dialogue national inclusif concernant la réélection contestée du président Denis Sassou-Nguesso. Ce jour-là, une partie de l'opposition entre -de fait- dans un processus de boycott électoral.

Le camp du refus

La campagne pour les législatives a démarré le 3 juillet. Mais deux plateformes politiques ont annoncé qu'elles ne participeraient pas au scrutin. 
Claudine Munari, présidente du Frocad-IDC-CJ3M
Claudine Munari, présidente du Frocad-IDC-CJ3M
"Nous estimons que le contexte n'est pas bon pour des élections car le Pool est en guerre. Sur le plan technique, les conditions de transparence ne sont pas réunies. Nous demandons aussi, en préalable, la libération de tous les prisonniers politiques et détenus de délit d'opinion", précise Joseph Ouabari-Mariotti, porte-parole du Frocad-IDC-CJ3M en Europe. Cette Fédération de l'opposition congolaise, a toujours refusé de reconnaître la victoire de Denis Sassou-Nguesso au scrutin présidentiel du 20 mars 2016. 

Du côté du Collectif des Partis de l'opposition, réunis autour de Mathias Dzon,
Mathias Dzon, du "Collectif des partis de l'opposition"<br />
©mathiasdzon.net
Mathias Dzon, du "Collectif des partis de l'opposition"
©mathiasdzon.net
Christophe Moukouéké et Jean Itadi, même argument sur la volonté de ne pas légitimer "un coup d'état électoral". Mathias Dzon, insiste notamment sur les conditions pratiques du scrutin : "Depuis 2002, il n'y a pas de fichier électoral fiable. Alors, ce n'est pas la peine de participer à cette mafia. Il faut refonder la gouvernance électorale. C'est pourquoi nous avons demandé au pouvoir le report des élections afin d'instaurer un dialogue national inclusif. Nous souhaitons recompter les électeurs, constituer des listes fiables, refaire le redécoupage électoral et surtout écarter le ministère de l'Intérieur des magouilles électorales".



Les partisans de la realpolitik

Pascal Tsaty-Mabiala, ex-candidat à la présidentielle
Pascal Tsaty-Mabiala, ex-candidat à la présidentielle
Cette position de principe, certains responsables politiques s'en sont affranchis. C'est le cas de Pascal Tsaty-Mabiala, ancien candidat à la présidentielle. Après la proclamation du résultat de l'élection présidentielle, il quitte le Frocad-IDC-CJ3M et choisit de "prendre acte" de la réélection de Denis Sassou-Nguesso. Logiquement, son parti politique, l'UPADS, présente 43 candidats aux législatives. 

Autre ex-candidat à la présidentielle, ex-membre du Frocad-IDC-CJ3M, à se
Guy-Brice Parfait Kolélas, président de l'UDH-Yuki<br />
©Facebook
Guy-Brice Parfait Kolélas, président de l'UDH-Yuki
©Facebook
 présenter au scrutin du 16 juillet: Guy-Brice Parfait Kolélas, à la tête de son nouveau parti, l'Union des Démocrates humanistes (UDH-Yuki).  Après la victoire de Denis Sassou-Nguesso, il avait décidé de prôner l'apaisement, tout en dénonçant un "hold-up électoral". Son parti présente 31 candidats aux législatives.

A Pointe-Noire, la capitale économique, l'ex-directeur de campagne d'André Okombi Salissa, Mabio Mavoungou Nzinga, se présente dans la circonscription de Mongo Mboukou. Son porte-parole le justifie par un pragmatisme politique:
"Dans des pays comme le notre, la politique de la chaise vide ne paie pas. Il faut donc aller aux élections et prouver à la face du monde que nous gagnons toujours face à ceux qui trafiquent les résultats"

Joseph Ouabari-Mariotti, porte-parole du Frocad-IDC-CJ3M, regrette ces défections au sein de sa plateforme d'opposition : "Ils font de la realpolitik. Nous on estime qu'y aller, c'était jouer le jeu d'une situation créée pour accompagner Sassou dans son obsession du pouvoir"
Manifestation Moungali 10 juillet
Manifestation Moungali 10 juillet
En attendant ce scrutin auxquels ils ne participeront pas, ces opposants qualifiés de "radicaux" par le chef de l'état, comptent bien faire entendre leur voix. Lundi 10 juillet, un grand rassemblement populaire "pour la revendication de nos droits" est prévu à 13 heures, au rond-poit de Moungali, à Brazzaville.