Afrique

Les jihadistes du Sahel diffusent une vidéo de six otages

Vidéo otages
©TV5MONDE / Commentaire : M. Cavada - Montage : P. Hautefort

L'alliance jihadiste, le "Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans" (GSIM), a publié samedi 1er juillet 2017 une vidéo de six otages étrangers, dont la Française Sophie Pétronin enlevée en décembre 2016 à Gao au Mali. La diffusion sur les réseaux sociaux est intervenue à quelques heures de l'ouverture du sommet G5 Sahel au Mali. Comme un défi lancé à la future force conjointe de lutte anti-terroriste au Sahel...

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La vidéo de 16 minutes et 50 secondes, non datée, a été publiée samedi via la messagerie sur internet Telegram par le "Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans" (GSIM), une alliance qui fédère plusieurs mouvements jihadistes de la région, dont Ansar Eddine, Al-Mourabitoune.

L'on y voit tour à tour six otages étrangers enlevés dans la région du Sahel enter 2011 et 2017:
  • La Française Sophie Pétronin, enlevée en décembre 2016 à Gao, dans le nord du Mali
  • La missionnaire suisse Béatrice Stockly, kidnappée en janvier 2016 par le groupe jihadiste AQMI
  • La religieuse colombienne Gloria Cecilia Narvaez Argoti, enlevée en février 2017 au Mali
  • Le Sud-Africain Stephen McGown, enlevé par Al-Qaïda dans le nord du Mali en novembre 2011
  • L'Australien Arthur Kenneth Elliott, 82 ans, enlevé au Burkina Faso en janvier 2015
  • Le Roumain Iulian Ghergut, enlevé en avril 2015 au Burkina Faso
Aucun groupe n'avait jusqu'à présent revendiqué le rapt de la Française Sophie Pétronin, qui était à la tête d'une association d'aide à l'enfance au Mali. La ressortissante française et les deux autres femmes otages, la missionnaire Béatrice Stockly et la religieuse Gloria Cecilia Narvaez Argoti, seraient accusées de prosélytisme religieux.

Quant au chirurgien Arthur Kenneth Elliott, il avait été enlevé avec son épouse Jocelyn Elliott, qui avait été libérée en février 2016. Le Sud-Africain Stephen McGown avait pour sa part été kidnappé en compagnie d’un Suédois, Johan Gustafsson, libéré lundi 26 juin, selon le gouvernement de son pays.

Une mise en scène étudiée

Les otages sont présentés séparément dans la vidéo par un homme qui indique qu'il n'y a pas eu jusqu'à présent de négociations pour leur libération. A la fin de la vidéo, et sans formuler aucune demande, cet homme assure aux familles des otages qu'"aucune véritable négociation n'a commencé" pour leur libération, tout en affirmant que des discussions sont "toujours actives".

Le Sud-Africain Stephen McGown, premier à apparaître dans la vidéo, y déclare: "Maintenant nous faisons une nouvelle vidéo, mais je ne sais pas quoi dire. Tout a été dit par le passé. Tout a été dit dans les vidéos précédentes que j'ai faites", selon le transcript de SITE, un centre américain spécialisé dans la surveillance en ligne de la mouvance jihadiste.

Concernant Sophie Pétronin, il est précisé qu'elle espère que le président français Emmanuel Macron, qui est arrivé au Mali dans la nuit de samedi à dimanche pour soutenir la lutte contre les groupes jihadistes, aidera à son retour auprès de sa famille, toujours selon SITE.

Des combattants jihadistes fédérés

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (en arabe, Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin) a annoncé sa création dans une vidéo transmise le 1er mars  2017 à l’agence mauritanienne ANI puis postée sur les réseaux sociaux.

L'on y voit assis côte à côte, cinq chefs djihadistes parmi les plus recherchés de la région : Iyad Ag-Ghali, chef djihadiste et fondateur du groupe Ansar Eddine dans le nord du Mali ; Yahya Abu Al-Hammam, l’émir de la région Sahara d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) ; Amadou Koufa, chef de la brigade "Macina" d’Ansar Eddine ; Al-Hassan Al-Ansari, bras droit de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar pour le groupe Al-Mourabitoun, et le cadi (juge) d’AQMI, Abdalrahman Al-Sanhaji. 

Et c'est Iyad Ag-Ghali qui a pris la tête de ce nouveau groupe qui se vise à concurrencer le groupe État islamique. Un danger reconnu par les diplomates français et africains. Le "terrorisme territorial et militarisé, qui occupait la moitié nord du Mali et menaçait sa moitié sud", est devenu un "terrorisme d'opportunité et de harcèlement", selon le ministre français Jean-Yves Le Drian. "Mais il est redevenu dangereux" parce qu'un des chefs jihadistes, Iyad Ag Ghali, a "réussi à fédérer des groupes disparates, y compris peuls.".

Depuis sa formation en mars, le groupe a revendiqué plusieurs attaques, dont celle du 18 juin perpétrée contre le campement Kangaba, un lieu de détente des expatriés à la périphérie de Bamako.