Les Togolais appelés par l'opposition à rester chez eux

TOGO suite manifestations du 19 août 2017
Commentaire : E. Godard ; Montage : M. Mormil

Au Togo, près d'une semaine après la répression violente de manifestations à Sokodé, à 300 km au nord de la capitale Lomé, l'opposition appelle les habitants à rester chez eux ce vendredi 25 août 2017, en hommage aux victimes.

dans
Un regroupement de partis de l'opposition togolaise demande aux Togolais de rester chez eux ce vendredi 25 août 2017, en hommage aux victimes des manifestations du 19 août dernier. Ces manifestations ont causé deux morts (dont un par balle) à Sokodé, à 300 km au nord de Lomé. Dans la capitale, la police avait tiré des grandes lacrymogènes pour empêcher une marche en faveur de réformes politiques, alors que des milliers de manifestants avaient répondu à l'appel du Parti national panafricain (PNP).

Le Combat pour l'alternance politique (Cap 2015), un regroupement de cinq partis, et le PNP, ont appelé à cesser toute activité professionnelle et économique pour une journée de "recueillement et de prières" en hommage aux victimes. "C'est une manière pour nous de poursuivre le combat et de montrer notre mécontentement", a déclaré à l'AFP Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson, coordonnatrice de Cap 2015.

► Retrouver sur notre site l'interview de Brigitte Ameganvi, membre de la campagne de la société civile "Tournons la page"

Les partis d'opposition unissent leurs forces

Dans un communiqué publié mercredi 23 août, le regroupement a également appelé à marcher à Lomé les 30 et 31 août pour exiger des réformes politiques. Cap 2015 et le PNP ont décidé d'unir leurs forces avec un groupe de six partis contre le gouvernement du président Faure Gnassingbé, héritier d'une dynastie familiale qui dirige le Togo depuis un demi-siècle.

Le président togolais Faure Gnassingbé lors de son accession au pouvoir, en 2005.
Le président togolais Faure Gnassingbé lors de son accession au pouvoir, en 2005.
(AP Photo / Xinhua, Li Benzhong)
"D'ores et déjà, Cap 2015, le Groupe des 6 et le PNP ont pris des dispositions pour entrer en contact avec d'autres partis politiques de l'opposition, des organisations de la société civile, de la diaspora et tous les patriotes", ajoutent les partis, qui exigent la libération des personnes arrêtées le 19 août, ainsi qu'une "enquête indépendante pour situer les responsabilités et traduire en justice les auteurs et les commanditaires des violences". Au total, 66 personnes ont été arrêtées, a indiqué mercredi 23 août le ministre de la Justice, Pius Agbetomey. "En ce qui concerne les deux décès de manifestants, une enquête judiciaire a été mise en place pour en déterminer les causes exactes et les responsabilités".

► Lire notre article : Des manifestations de l'opposition violemment réprimées

Jeudi 24 août, le gouvernement a de son côté demandé à la population de travailler normalement et ne pas céder aux "intimidations" des organisateurs de la "journée dite 'Togo Mort'". "Le gouvernement tient à rappeler que le vendredi 25 août reste une journée ordinaire et ouvrée", ajoutant que "les dispositions appropriées sont prises pour garantir la sécurité de la population et pour assurer la libre circulation des personnes et des biens sur toute l'étendue du territoire national".

Révision de la Constitution

Faure Gnassingbé a remporté la présidentielle de 2005 avec l'appui de l'armée, avant d'être réélu en 2010 et en 2015 lors de scrutins très contestés. Il a succédé à son père Gnassingbé Eyadéma qui avait dirigé le Togo d'une main de fer pendant 38 ans.

L'opposition togolaise réclame depuis dix ans que la Constitution - modifiée en 2002 - soit révisée, afin d'y réintroduire une limitation des mandats présidentiels à 10 ans. Les partis exigent un mode de scrutin à deux tours, une recomposition de la Cour constitutionnelle et de la Commission électorale.

► Lire notre article : une Constitution qui ne passe plus

Un projet de loi prévoyant ces réformes avait été rejeté en juin 2014 par le Parlement où le parti au pouvoir dispose de 62 sièges sur 91. De nouveaux débats autour de deux propositions de lois, introduites par l'opposition, n'ont rien donné, opposition et pouvoir s'accusant réciproquement de bloquer le vote. Le 3 janvier 2017, le président Gnassingbé a nommé une Commission chargée de proposer un texte de réformes institutionnelles et constitutionnelles sans y nommer aucun membre de l'opposition. La Commission a entamé le 31 juillet des consultations à travers le pays.