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Libye : comment sortir de l'impasse ?

Libye/Situation
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Le président français Emmanuel Macron réunit mardi 25 juillet près de Paris les deux principaux protagonistes de la crise en Libye: le chef du gouvernement d'union nationale Fayez al-Sarraj et l'homme fort de l'est libyen le maréchal Khalifa Haftar.
Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM) était l'invité de TV5MONDE.

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Les Libyens aux urnes en mars 2018 ?  Pour le chef de gouvernement d'Union nationale, Fayez el-Sarraz, seule autorité reconnue par la communauté internationale, c'est la seule manière de réconcilier un pays miné par les divisions depuis la chute du colonel Kadhafi.

TV5MONDE : "Ce calendrier électoral est-il réaliste ?"

Hasni Abidi : "Il est d'abord utile pour les Libyens parce que la Libye est dans une impasse. Il y a un blocage institutionnel : deux aArlements, un à l'Est et un à l'Ouest. Les mandats ont expiré pour les deux depuis longtemps. On est face à une crise de légitimité importante. Fayez el-Sarraj (Président du conseil présidentiel du gouvernement d'Union nationale à Tripoli, la capitale) veut trouver une solution : convoquer des élections législatives d'abord pour se doter d'un Parlement. Mais aussi d'élections présidentielles car le point de fixation est toujours de savoir qui dirige la Libye."

TV5MONDE : Fayez el-Sarraj dit ne pas être opposé à une candidature de Khalifa Haftar, son rival qui contrôle l'Est. Peut-on parler d'une main tendue ?

H.A : "Absolument, c'est une main tendue mais c'est aussi une forme de collaboration pour dire à Haftar : vous êtes désormais incontournable en Libye, un homme fort. Il a réussi à reprendre la totalité de Benghazi, à écarter des mouvements proches de la mouvance radicale. Mais Haftar veut un rôle à sa mesure, ce qui passe mal auprès de el-Sarraj mais aussi auprès de milices. Car le président du Conseil présidentiel est affaibli, il n'a pas l'autorité militaire et politique suffisante. Donc il a plutôt besoin de trouver cette sortie, celle des élections et c'est aux Libyens de dire si Haftar doit avoir une place dans la future Libye."

TV5MONDE : Si le maréchal Haftar venait à prendre le contrôle de Tripoli, est-ce qu'il pourrait subir des mesures de rétorsions par exemple de la communauté internationale ?

H.A : "La communauté internationale a pris des mesures contre tous ceux, en vertu de l'accord de Skhirat, qui s'opposent à la transition politique. Le plus important pour les Nations Unies et la communauté internationale, c'est de pousser vers une dynamique de négociations entre les trois gouvernements qui contrôlent la Libye aujourd'hui et les deux Parlements pour s'entendre sur une feuille de route."

TV5MONDE : Emmanuel Macron, président français, veut des négociations pour trouver un moyen de stabiliser la situation en Libye. Quelle est la marche de manoeuvre du chef de l'Etat français ?

H.A 
: "E. Macron a le soutien de la Commission européenne, de l'Italie. Il faut absolument qu'il ait aussi le soutien de l'Algérie, de l'Egypte et de la Tunisie et de certains pays africains. E. Macron veut lancer une initiative diplomatique qui va certainement déboucher sur une rencontre au sommet entre les deux hommes : El-Sarraj qui a une légitimité internationale incontestable et Haftar qui est un chef de facto car il contrôle une partie de la Libye. Mais il faut aussi que cette dynamique de négociations de E. Macron s'inscrive dans le cadre des Nations Unies, dans l'accord de Skhirat, qui, même s'il est faible, est un accord par défaut."

TV5MONDE : La libération de Saïf al-Islam, le fils de Kadhafi, le 11 juin 2017, peut-il changer le jeu politique ?

H.A 
: "Ca peut changer. Tout dépendra de l'orientation politique que va prendre Saïf al-Islam : du côté de Tripoli ou de Benghazi. C'est pourquoi aujourd'hui, il observe un silence très salvateur pour lui."
 

Etat des lieux Libye
©TV5MONDE / Commentaire : K.G. Barzegar - Montage : P. Didier