Libye : départ massif des ressortissants étrangers

Des ressortissants français évacués de Libye, le 1er août. ©AFP/BERTRAND LANGLOIS
Des ressortissants français évacués de Libye, le 1er août. ©AFP/BERTRAND LANGLOIS

Lundi 4 août, le nouveau parlement libyen, issu des élections du 25 juin, devrait entrer en fonction à Tobrouk dans l'est du pays, au moment où le pays s'enfonce chaque jour un peu plus dans le chaos. Face aux combats meurtriers et au manque de sécurité, de nombreuses capitales occidentales évacuent leurs ressortissants par toutes les voies possibles : terrestres, maritimes, aériennes... La Tunisie, elle, doit faire face à un afflux de réfugiés à ses frontières où des heurts se sont produits ce week-end.

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Les ambassades ferment leurs portes les unes après les autres, le personnel étranger fait ses valises, les ONG s'interrogent... Ces derniers jours, en Libye, les départs s'enchainent.  

En deux semaines, les violents affrontements opposants des milices rivales ont fait plus de 200 morts et un millier de blessés dans les deux principales villes du pays, Tripoli et Benghazi. Face à ces violences et au manque de sécurité, de nombreuses capitales occidentales ont évacué leurs ressortissants et diplomates. 


Une employee de l'Ambassade de France à Tripoli est accueillie à Toulon vendredi 1 août 2014 ©AFP
Une employee de l'Ambassade de France à Tripoli est accueillie à Toulon vendredi 1 août 2014 ©AFP
Effet dominos 

Mi juillet, l'ONU était la première à évacuer son personnel. Samedi 27 juillet, c'était au tour de l'Ambassade américaine. Ce jour là, un gigantesque convoi de 4x4 fuyait Tripoli pour rejoindre la Tunisie par la route, sous la protection de marines et d'avions de chasse. Depuis, la liste des aspirants au départ ne cesse de s'allonger et les représentations diplomatiques ferment en cascade... Mercredi, la France annonçait "la fermeture temporaire" de son Ambassade et procédait à l'évacuation, par voie maritime (l'aéroport de Tripoli est fermé), de plusieurs ressortissants, français mais aussi britanniques et tunisiens. Arrivés vendredi au port militaire de Toulon, ils ont raconté l'aggravation de la situation sur place et l'évacuation nocturne décidée en 48 heures. 

Idem du côté de la République Hellenique. Parti jeudi de Tripoli, une frégate grecque est arrivée ce samedi au port du Pyrée, près d'Athènes, avec à son bord une majorité de Grecs mais aussi des Chypriotes et des ressortissants chinois.

Voici le témoignage de l'Ambassadeur de Grèce en Libye et d'une ressortissante Grecque, visiblement soulagée d'avoir quitté le chaos libyen.      


Libye : départ massif des ressortissants étrangers

La Grande-Bretagne a envoyé ce dimanche un navire de guerre de la Royal Navy pour rappatrier ses citoyens. L'Union européenne, a, pour sa part, annoncé le transfer de sa représentation à Tunis. Quant à l'Egypte, elle prévoit de mettre en place un pont aérien depuis la Tunisie pour sortir de Libye des milliers d'Egyptiens bloqués à la frontière tuniso-libyenne. "Ils sont environ 6.000 Egyptiens à attendre d'être évacués. Le gouvernement s'engage à effectuer un pont aérien pour évacuer en moyenne 2.000 à 2.500 personnes par jour", a déclaré à la presse l'ambassadeur libyen à Tunis, Ayman Mousharaf.

Le gouvernement tunisien, qui a exhorté vendredi ses 50.000 à 80.000 ressortissants à rentrer au plus vite au pays, a prévenu qu'il n'était pas en mesure d'accueillir en masse des réfugiés étrangers ( de nombreux ressortissants arabes et asiatiques travaillant en Libye ) comme cela avait été le cas lors de la guerre de 2011. En quelques jours seulement, quelques 26 000 personnes, toutes nationalités confondues, auraient déjà réussi à franchir la frontière entre la Libye et la Tunisie. Désormais, Tunis n'autorise à passer que les ressortissants dont les gouvernements assurent un rapatriement immédiat. 


La Tunisie submergée par les réfugiés

Depuis quelques jours, les combats meurtriers en Libye ont des répercussions jusqu'à la frontière tunisienne. Vendredi, des heurts ont éclaté quand des centaines de réfugiés ont tenté de passer en force sur le territoire tunisien. Les forces libyennes ont ouvert le feu tandis que les Tunisiens ont tiré des lacrymogènes sur la foule."Nous espérons ne pas voir se répéter des événements comme ceux de vendredi", a souligné samedi le secrétaire général du ministère tunisien des Affaires étrangères, Mohamed Ali Chihi.

Après avoir fermé sa frontière, vendredi après-midi, le gouvernement tunisien a rouvert pendant quelques heures, ce week-end, le poste de Ras Jedir... mais la tension reste très vive sur place.

La Tunisie craint d'être submergée par les réfugiés, comme cela avait été le cas en 2011, lors de la guerre qui a abouti à la chute du régime de Mouammar Kadhafi. Elle redoute aussi l'infiltration de combattants et la contrebande d'armes.

Au poste de frontière de Ras Jedir

02.08.2014Récit de FX.Freland
Au poste de frontière de Ras Jedir

Départ du personnel philippin, les autorités libyennes craignent un “effondrement total“ du système de santé

AFP
Les autorités libyenne craignent un "effondrement total" du système de santé en Libye, où le chaos pousse les étrangers à fuir, en particulier les Philippins qui représentent près de 60% du personnel médical du pays.
                  
Tripoli s'inquiète tout particulièrement du départ de 3.000 soignants et médecins philippins, mais aussi des employés indiens, qui représentent 20% du personnel médical.
                  
Les hôpitaux sont déjà débordés par l'afflux des victimes des combats entre milices rivales qui font rage depuis deux semaines. 
                  
Le 20 juillet, Manille a appelé ses ressortissants (estimés à 13.000) à quitter la Libye, après la découverte du corps décapité d'un travailleur philippin à Benghazi.
                  
Seuls 700 Philippins avait alors quitté le pays, refusant d'abandonner leur poste malgré les risques.
                  
Mais jeudi, Manille a indiqué qu'elle affréterait des ferries pour évacuer ses ressortissants, au lendemain de l'enlèvement et du viol d'une infirmière philippine à Tripoli.
                  
Des centaines d'infirmières philippines travaillant au Centre médical de Tripoli, le plus grand hôpital de la capitale, ont abandonné leur poste mercredi pour protester contre l'agression de leur collègue, provoquant l'anarchie dans l'hôpital.
                  
"Les hôpitaux risquent d'être paralysés" en cas de départ massif du personnel philippin, a prévenu le porte-parole du ministère de la Santé, Ammar Mohamed.