Libye : le pays s'embrase

Manifestation de soutien au général dissident Khalifa Haftar, le 23 mai à Benghazi (photo AFP)
Manifestation de soutien au général dissident Khalifa Haftar, le 23 mai à Benghazi (photo AFP)

Trois ans après la chute de Mouammar Khadafi, la Libye s'embrase. Pas d'Etat, pas d'armée, une guerre civile et l'aéroport de la capitale Tripoli ravagé par les combats. État des lieux d'un chaos avec nos invités.

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Chaos en Libye

Invités du 64 minutes pour parler du chaos en Libye Hasni Abidi, politologue au Centre d'études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM) et notre éditorialiste Slimane Zeghidour.
Chaos en Libye

30.07.2014Avec AFP
Face à l'escalade surtout dans la capitale libyenne, plusieurs États étrangers, notamment occidentaux, ont évacué leurs ressortissants ou personnel diplomatique. Ces dernières 24 heures, une cinquantaine de Français et de Britanniques ont été évacués par bateau.

Après plusieurs jours de combats à Benghazi, berceau de la révolte contre le régime Kadhafi, une coalition de groupes islamistes et jihadistes, le "Conseil de Choura des révolutionnaires de Benghazi", a annoncé dans un communiqué s'être emparé mardi 29 juillet au soir du QG des forces spéciales.

Une source militaire a confirmé la chute de la base dans cette deuxième ville de Libye, aux mains de ces groupes, dont Ansar Asharia, classé organisation "terroriste" par Washington.

Butin

Le Croissant rouge libyen a annoncé avoir retiré 35 corps de soldats de la base, en disant qu'il y avait encore plus de cadavres mais sans pouvoir de donner un chiffre global précis. Sur sa page Facebook, Ansar Asharia a publié des photos de son "butin" après la prise de la base: des dizaines d'armes et des caisses de munitions.


Général dissident


L'unité des Forces spéciales, une brigade de l'armée régulière, a annoncé il y a quelques mois son soutien aux opérations du général dissident Khalifa Haftar, sans toutefois se placer sous son commandement. Ce général à la retraite mène depuis le 16 mai une offensive contre les groupes islamistes, qu'il qualifie de "terroristes", à Benghazi.

Dans la capitale libyenne, les pompiers tentaient, non sans grande peine, d'éteindre l'incendie qui ravageait mercredi pour la quatrième journée consécutive un immense dépôt de stockage d'hydrocarbures, provoqué par des roquettes tirées lors d'affrontements entre milices rivales.

Ces combats sont les plus violents en près de trois ans à Tripoli. Ils ont fait depuis leur début le 13 juillet, dans le sud de la capitale, en particulier autour de l'aéroport, une centaine de morts et 400 blessés. L'aéroport est fermé depuis.
Le dépôt contenant plus de 90 millions de litres de carburant, ainsi qu'une cuve de gaz ménager, les autorités craignent "une catastrophe humaine et environnementale".

Tripoli quasi-paralysée

Les opérations d'extinction du feu avaient été interrompues par moments en raison des combats. Les affrontements ont éclaté après une attaque menée par des combattants islamistes et d'ex-rebelles de la ville de Misrata (est de Tripoli) qui tentent de chasser de l'aéroport leurs anciens compagnons d'armes originaires de Zenten (ouest).
Pour les analystes, ces combats font partie d'une lutte d'influence entre régions mais aussi entre courants politiques.

La semaine dernière, le gouvernement libyen a mis en garde vendredi contre "l'effondrement de l'Etat". Les combats ont quasiment paralysé la capitale, où banques et administrations sont fermées. Des pénuries de carburant et d'électricité ainsi que des coupures d'eau empoisonnent la vie quotidienne des habitants.

Une moyenne quotidienne de 5.000 à 6.000 personnes ont fui ces derniers jours la Libye vers la Tunisie voisine, selon les autorités tunisiennes qui ont averti qu'ils ne pouvaient pas accueillir des "centaines de milliers de réfugiés".



Cyrénaïque à l'est, Tripolitaine à l'ouest, Fezzan au Sud : les trois régions qui composaient la fédération de Libye sous la monarchie, dans les années 1950 et 1960.
(@mondialisation.ca)
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