Libye : un pays en voie de somalisation ?

Manifestation de soutien au général dissident Khalifa Haftar, le 23 mai à Benghazi (photo AFP)
Manifestation de soutien au général dissident Khalifa Haftar, le 23 mai à Benghazi (photo AFP)

En Libye, les affrontements entre milices islamistes et forces militaires révolutionnaires sont parvenus à un point tel que les structures institutionnelles disparaissent une à une, malgré les appels au cessez-le-feu des Etats-Unis, de plusieurs pays européens et de la Ligue arabe. Une "somalisation" du pays est-elle en cours ?

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Chaos et scénario de guerre civile en Libye

Chaos et scénario de guerre civile en Libye

Entretien avec Slimane Zeghidour, rédacteur en chef et éditorialiste à TV5 MONDE

Propos recuillis par Pascal Hérard
Slimane Zeghidour, journaliste et essayiste, auteur du blog de geopolitique des religions “Deus Ex Machina“
Slimane Zeghidour, journaliste et essayiste, auteur du blog de geopolitique des religions “Deus Ex Machina“
A quoi assistons-nous en Libye aujourd'hui ?

Slimane Zeghidour : A une somalisation alarmante, à la liquéfaction de l'Etat, la perdition du pays qui vole littéralement en éclats sous nos yeux. La capitale n'a plus d'aéroport, les ambassades ferment les unes après les autres, les diplomates font leurs valises, les ONG s'interrogent… C'est le règne des tribus, des chefferies, des seigneurs de la guerre, des milices où les armes seules donnent de la voix. Depuis la chute du "Guide" Khadafi, les "révolutionnaires" tant auréolés par les Européens, les Américains et les Qataris se sont montrés incapables de refonder l'Etat, de jeter les bases d'une armée nationale, de réintégrer la Libye dans le concert des nations, de rétablir l'ordre. Au contraire, leur incompétence effarante et leur laxisme moral ont accéléré l'émiettement de la société au lieu de la rassembler. Benghazi s'est déclaré autonome, avec drapeau et parlement, le Fezzan, au Sud, se replie sur lui-même et se transforme peu à peu en sanctuaire djihadiste donnant de plain pied sur l'Algérie, le Niger et le Mali.

Les réactions des grandes puissances sont très discrètes, pourquoi ?

S.Z : Leur silence assourdissant est à la mesure de leur activisme lors de la bataille visant à abattre le dictateur, aviation, marine et missiles à l'appui. Elles ont semé le vent de la révolte —plus que légitime contre un tyran psychopathe —elles récoltent la tempête du chaos, dont la facture sera payée par le seul peuple libyen livré à lui-même et aux caprices meurtriers des milices.

Les milice islamistes qui attaquent les forces gouvernementales pourraient-elles prendre le pouvoir, avec un nouvel "Etat islamique" qui pourrait se créer, comme en Irak actuellement ?


S.Z :
Il y a bien des milices ayant un vernis idéologique visant à ériger un Etat "islamique" mais l'histoire enseigne que les réflexes tribaux et régionalistes sont très souvent des ressorts infiniment plus puissants que les concepts idéologiques ou doctrinaux. Le chaos est tel que la Libye n'aura pas de sitôt le "luxe" d'un Etat unifié, fut-il sous le cimeterre d'un pouvoir islamiste.


Cyrénaïque à l'est, Tripolitaine à l'ouest, Fezzan au Sud : les trois régions qui composaient la fédération de Libye sous la monarchie, dans les années 1950 et 1960.
(@mondialisation.ca)
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