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Madagascar : le bal masqué de la présidentielle (suite)

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     Par Pascal Priestley


Massacre du 7 février 2009 dans les rues de la capitale
Massacre du 7 février 2009 dans les rues de la capitale
[Suite de l'article "Bal masqué", page "Une élection tant attendue] Le 7 février, une manifestation désarmée insurrectionnelle est réprimée dans le sang. La garde présidentielle ouvre le feu tuant 22 personnes au moins et en blessant plus de 200. Un mois et d'autres incidents plus tard, Rajoelina se réfugie à l'ambassade de France mais le16 mars dans la soirée, une partie de l'armée mutinée prend le Palais présidentiel.

Coup d’État militaire

Ravalomanana démissionne le lendemain. L'armée « transmet le pouvoir » à Andry Rajoelina qui devient Président d'une « Haute autorité de Transition » (H.A.T.), en pratique, le chef internationalement condamné – malgré une discrète compréhension de certains pays dont la France - d'un État réduit à peu de choses.

Andry Rajoelina après le coup d'Etat militaire
Andry Rajoelina après le coup d'Etat militaire
Des « assises nationales » promettent une élection présidentielle pour les mois suivants mais ses éventuels protagonistes ne parviennent pas à s'accorder sur la règle du jeu, chacun disposant d'arguments contre les autres. Rajoelina est alors selon la constitution trop jeune pour être éligible. Ravalomanana compte encore de nombreux partisans actifs qui entretiennent une agitation sporadique mais, exilé en Afrique australe, il ne peut revenir sauf à répondre des crimes du 7 février 2009 qui lui sont imputés. Une troisième « mouvance » se réveille, fidèle au prédécesseur de Ravalomanana chassé en 2002 après vingt année de règne intermittent, Didier Ratsiraka, mais ce dernier, exilé en France et également visé par diverses accusations judiciaires ne peut non plus se présenter. Moins virulente, une quatrième mouvance surgit un peu de nulle part, nostalgique d'un autre ancien président des années 90 relégué au second plan, Albert Zafy.

Durant près de quatre ans, l'élection présidentielle est régulièrement reportée tandis que les quatre « mouvances », au Mozambique, en Éthiopie ou en Afrique du Sud, se livrent à d'interminables tractations sous pressions internationales (Union Africaine, Union européenne, France, États-Unis, Communauté de développement d'Afrique australe ...). Quatre ans d'une surréaliste et pathétique partie de poker avec pour enjeu le siège de Président - et, faut-il croire, ses avantages - d'un pays chaque jour plus exsangue – l'aide internationale étant suspendue et relégué dans les tous derniers rangs de l'indice de développement. Du moins le pays évite t-il, comme dans chacune de ses crises récentes, le piège de la guerre civile.

Issue

Les chefs des quatre “mouvances“ : de gauche à droite Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana, Didier Ratsiraka, Albert Zafy.<br/>Aucun n'est officiellement candidat...
Les chefs des quatre “mouvances“ : de gauche à droite Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana, Didier Ratsiraka, Albert Zafy.
Aucun n'est officiellement candidat...

En 2013, un accord est enfin trouvé pour la tenue de l'élection en septembre, les principaux et problématiques chefs de files en étant écartés non sans quelques acrobaties juridiques. Ceux-ci s'empressent de le violer aussitôt. Rajoelina et Ratsiraka (qui a pu rentrer depuis peu) annoncent chacun leur candidature, Ravalomanana celle de son épouse. Il faudra une ultime et forte pression de « la communauté internationale » (qui est aussi pour partie celle des bailleurs de fonds) assortie de menaces de nouvelles sanctions et relayée par une providentielle (?) décision de la toute nouvelle cour électorale pour que leur retrait de la compétition soit confirmé et l'élection, une dernière fois reportée, fixée à ce 25 octobre.

Largement imposé et un peu grossier, le montage apparaît comme un compromis pour contourner la crise sinon la résoudre. Une seconde manche s'annonce déjà pour le 20 décembre, date du probable deuxième tour mais aussi de législatives où des figures aujourd'hui exclues pourront se présenter. Rajoelina y voit son tremplin pour un poste de Premier ministre à la Russe. Quant à la présidentielle, l'intérêt de la mise à l'écart des leaders est transparente : contenir la dramatisation liée à des adversaires irréductibles. Elle comporte aussi sa limite : une élection sans les principaux protagonistes malgré tout reconnus, le risque d'un duel de prête-noms sans grande personnalité, d'une faible participation débouchant sur une présidence à légitimité réduite.

Très demandeuse d'un minimum de stabilisation, la « communauté internationale » s'en contentera. Et pour les neufs dixièmes de Malgaches vivant désormais sous le seuil de pauvreté, la question est devenue en tout état de cause quelque peu secondaire.

Haute surveillance

Environ 7 800 000 électeurs sont appelés à voter ce 25 octobre, un peu plus d'un tiers de la population de la grande Île (près de 21 millions). Un Malgache sur deux est âgé de moins de 18 ans.
Une petite proportion est également privée de scrutin faute de papiers d'identité.

20 000 bureaux de vote seront mis en place sur l'ensemble du territoire.

Le vote est exprimé au moyen d'un bulletin unique. Afin de « minimiser les risques de fraude électorale », ceux-ci comportent des numéros de séries et d' autres marques dont seuls l'imprimeur et la présidente de la Cenit elle-même connaissent l'existence.

Outre la presse malgache et internationale, plus de 4 500 observateurs nationaux et 500 à 700 observateurs internationaux, dont la plupart sont déjà à Madagascar, surveilleront les élections et seront répartis dans les 119 districts du pays selon la CENIT (Commission électorale nationale indépendante pour la transition).

Parmi eux, plus d'une centaine sont délégués par l'Union européenne et autant par la Communauté des États d'Afrique austral (SADC) ; l'Union africaine et l'Organisation internationale de la francophonie (O.I.F.) dépêchent également des missions d'observation de même que la Commission de l'océan Indien (COI), le Japon et les États-Unis .

Un éventuel deuxième tour aurait lieu le 20 décembre prochain. Il serait alors couplé aux législatives et cette double échéance risque d'être particulièrement sportive.