Mali : le secrétaire général de l'ONU pour une force conjointe du G5 Sahel

Le président malien Ibrahim Boubacar Keita s'exprime devant l'Assemblée générale des Nations unies, ici en septembre 2015.
Le président malien Ibrahim Boubacar Keita s'exprime devant l'Assemblée générale des Nations unies, ici en septembre 2015.
(AP Photo/Frank Franklin II)

Le Secrétariat général des Nations unies a présenté devant le Conseil de sécurité son dernier rapport trimestriel sur la situation au Mali, le 16 juin 2017. Il demande notamment l'adoption de la proposition d'une force conjointe du G5 Sahel.

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Le dernier rapport trimestriel du Secrétaire général des Nations unies (ONU) sur la situation au Mali est en cours d'examen aux Nations unies. Il se veut avant tout un point d'étape de l’application de l’Accord pour paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger en 2015.

Lors de la présentation du rapport au Conseil de sécurité, le 16 juin 2017, Mahamat Saleh Annadif, le représentant spécial du Secrétaire général pour le Mali, et chef de la Mission multidimentionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), a déclaré que « le Mali se trouve de nouveau à un tournant ».

►Lire notre article : La rébellion signe l'accord de paix
 

Vers une force militaire conjointe au Sahel ?

Dans ses éléments de conclusion, le secrétaire général revient sur la proposition d’une force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel (G5 Sahel : Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad). Cette idée, proposée le 6 février 2017 par les chefs d’Etat du groupe, a été entérinée le 13 avril par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Elle reste pour l’instant bloquée au Conseil de sécurité des Nations unies : si Paris promeut l’idée de cette force conjointe et verrait bien le Conseil de sécurité lui offrir une base légale, Washington ne l’entend pas de cette oreille. En cause notamment : le financement de cette force, alors que les Etats-Unis réclament à l’ONU de faire des économies d’un milliard de dollars sur les opérations de maintien de la paix.

Le rapport du secrétaire général note : « L’instabilité qui règne au Mali s’étendant de plus en plus aux pays voisins, il est nécessaire de renforcer la coopération et l’appropriation régionales, de manière à lutter contre les menaces qui pèsent sur la sécurité. C’est pourquoi je me félicite de l’adoption par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, le 13 avril, du concept stratégique d’opérations de la force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel, que j’ai soumis au Conseil de sécurité le 15 mai. Je note que le Conseil de paix et de sécurité a demandé au Conseil de sécurité d’adopter une résolution approuvant le déploiement de la force conjointe et m’autorisant à étudier les moyens de fournir à cette dernière un appui financier, logistique et technique durable et prévisible, notamment par l’intermédiaire de la Minusma. Je recommande donc au Conseil de sécurité de donner une suite favorable à cette demande. (…) Le renforcement de la coordination entre les forces maliennes et françaises, le G5 Sahel et la Minusma sera essentiel, tout comme l’officialisation de la coopération régionale en matière de sécurité, notamment grâce à un pacte de sécurité. »

Il poursuit en demandant le renforcement de « l’appui à la réforme des Forces de défense et de sécurité maliennes, afin de leur permettre de se redéployer », notamment via la Mission de formation de l’Union européenne et un partenariat plus fort avec la Minusma. « Ce partenariat pourrait prendre la forme, entre autres, d’un appui opérationnel et logistique, d’opérations coordonnées, de mentorat, de renforcement du partage d’informations, d’évacuation médicale, de transport et de planification ».

Un chef militaire serrant les mains de soldats africains ayant été la France à reprendre le contrôle dans le Nord du Mali en 2013, lors de la cérémonie formalisant la création de la Minusma, à Bamako.
Un chef militaire serrant les mains de soldats africains ayant été la France à reprendre le contrôle dans le Nord du Mali en 2013, lors de la cérémonie formalisant la création de la Minusma, à Bamako.
(AP Photo/Harouna Traore)

Des attaques contre la Minusma

Le projet de rapport revient sur les attaques subies par la Minusma ces derniers mois. Il dénombre « quatre atteintes à la sécurité du personnel civil des Nations unies. Un soldat de la paix a été tué lors d’une attaque menée contre le camp de la Minusma, à Tombouctou le 3 mai, et deux autres ont été tués dans une embuscade lors d’une patrouille à pied près d’Aguelhok, dans la région de Kidal. » Les forces françaises et maliennes ne sont elles-mêmes pas épargnées. Ainsi, des soldats français ont été pris pour cible à Tombouctou le 1er juin, et cinq soldats maliens ont été tués ce samedi 17 juin dans le Nord du pays, lors de l'attaque d'un camp militaire. Des difficultés liées au manque de véhicules et d'hélicoptères sont également soulignées. 

Avancement de la Charte pour la paix

Sur le plan politique, le projet de rapport revient sur le projet de Charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale. Une Conférence d'entente nationale s'est tenue du 27 mars au 2 avril dans cet objectif. Selon le rapport, elle a permis de poser sur la table différentes propositions. L’avant-projet de cette charte est prêt, selon Abdoulaye Diop, le représentant du Mali aux Nations unies.

Les deux dernières autorités intérimaires qu’il restait à instaurer ont été mises en place le 20 avril à Taoudénit et Tombouctou, indique le rapport, qui poursuit : « L’instauration des autorités intérimaires n’a toutefois pas empêché le déclin de la présence des représentants de l’Etat dans le nord et le centre du Mali, imputable, essentiellement, à l’insécurité persistante. » Le sécrétaire général poursuit dans ses conclusions : « Les parties signataires doivent tirer profit de l’élan généré par l’instauration des
autorités intérimaires pour restaurer l’autorité de l’Etat dans tout le pays
(…) La mise en place d’un dialogue constructif, notamment par l’intermédiaire du cadre permanent de concertation, qui sera lancé par les Haut-représentant du président, est la seule solution pour régler les différends et aller de l’avant. »

Mahamat Saleh Annadif a pour sa part exprimé devant le Conseil de sécurité : « L’année dernière, à la même époque, nous nous inquiétions des lenteurs dans la mise en œuvre de l’accord », avant d’évoquer « un contexte réellement apaisé » aujourd’hui. Le compte-rendu de la réunion au Conseil de sécurité poursuit : « Ces évolutions positives risquent d’être annihilées par la tension qui existe depuis un certain temps entre la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA, ex-rébellion à dominance touarègue, ndlr) et la Plateforme (coalition de mouvements armés loyalistes, ndlr), qui s’est transformée en un conflit communautaire. »

Plusieurs cas de violation du cessez-le-feu ont en outre été relevés.

► Lire notre article : La FIDH alerte sur les violences et exactions au centre Mali

Des femmes touaregs photographiées en janvier 2016 près de leurs nouvelles maisons, à Tombouctou, après que les anciennes ont été brûlées lors d'une attaque.
Des femmes touaregs photographiées en janvier 2016 près de leurs nouvelles maisons, à Tombouctou, après que les anciennes ont été brûlées lors d'une attaque.
(AP Photo/Baba Ahmed)

Une situation préoccupante pour les droits de l'Homme

La situation des droits de l’Homme dans le pays « demeure préoccupante », selon le rapport. La Coordination des mouvements de l’Azawad et la Plateforme ont, selon l’ONU, procédé à au moins treize arrestations illégales dans les zones qu’elles contrôlent.

66 cas de violations des droits de l’Homme, concernant 115 victimes, ont été recensés. Dans le détail : quatre cas d’exécutions extrajudiciaires, un de disparition forcée, sept de maltraitance et 31 de détention illégale. Un cas de violences sexuelles est également confirmé. « Dans 43 cas, les principales personnes soupçonnées sont des membres des Forces de défense et de sécurité maliennes, tandis que onze cas de violation auraient été le fait des groupes armés signataires », indique le rapport. Sur 130 personnes arrêtées par les autorités maliennes et accusées de terrorisme, sept affirment avoir été maltraitées. 21 personnes auraient en outre été placées en garde à vue par la gendarmerie sans mandat d’arrêt.

Le représentant du Mali aux Nations unies considère pour sa part, selon le compte-rendu de la réunion du 16 juin au Conseil de sécurité, que ces cas ont été « commis dans des zones où les services judiciaires et d’enquête sont absents du fait de l’insécurité, tout en reconnaissant ‘une différence d’approche et de qualification des faits constitutifs d’abus des droits de l’Homme’ entre son pays et la division des droits de l’Homme de la Minusma. »

Une situation humanitaire difficile

Sur le plan humanitaire, le rapport note le « rôle primordial » des acteurs de ce secteur. « L’insécurité alimentaire touche un total de 3,8 millions de personnes au Mali, victimes, principalement, des inondations et des sécheresses localisées ainsi que de l’insécurité croissante. » L’accès à une eau salubre est limité pour 14,2 millions de personnes dans le Nord et le centre du pays. 59 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, et près de 143 600 sont réfugiées au Burkina Faso, en Mauritanie et au Niger. En outre, 150 000 enfants sont aujourd’hui déscolarisés à cause de la fermeture d’écoles.

« Le financement de l’aide humanitaire continue d’être insuffisant pour ce qui est de répondre aux besoins actuels et de fournir une assistance nécessaire à la survie de 1,36 million de personnes visées par le Plan d’aide humanitaire de 2017 », complète-t-il. Le personnel humanitaire a lui-même subi des attaques.

Le secrétaire général des Nationx unies demande la prorogation d’un an du mandat de la Minusma, jusqu’au 30 juin 2018. Ce mandat sera réexaminé avant la fin du mois.

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