Mali : un cuiseur moins réchauffant pour la planète

Crédit photo : Geres

Comment agir pour le climat en cuisinant ? À Bamako, le Geres appuie une filière de cuiseurs économes. Explications.

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Un kilo de charbon de bois équivaut à sept kilos de bois brûlé. Alors que 81 % de la population malienne dépend du bois-énergie, et donc des forêts, comment faire baisser cette empreinte ? Les utilisations domestiques du bois, comme la cuisine, ne participent pas directement à la déforestation, mais dégradent la forêt via des coupes partielles. Pour tenter de limiter ces dégradations et de réduire l'impact sur le climat de cette ressource énergétique, un système de foyer de cuisson amélioré est proposé dans le pays, notamment à Bamako. Le principe : un insert céramique allié à un cadre métallique.

Depuis 2011, le Geres (pour Groupe énergies renouvelables, environnement et solidarités), une association basée dans le Sud de la France, appuie cette filière. Son objectif : la faire changer d'échelle. « Ce type de foyer amélioré est connu au Mali depuis dix à vingt ans. Le Geres travaille donc à partir d'une filière préexistante », précise Baptiste Flipo, chef du projet Climat et énergie en Afrique de l'Ouest (CenAO) du Geres.

Dès lors, sa mission a d'abord consisté à établir un diagnostic de la filière pour identifier les points à améliorer. « Il en est notamment ressorti que la gestion des stocks n'était pas optimale, note Baptiste Flipo. Certains revendeurs pouvaient parfois attendre jusqu'à une semaine pour être livrés, en cas de rupture de stock. »

Crédit photo : Geres

20 à 25 % plus efficace sur le plan énergétique

Le Geres a déjà popularisé un autre type de cuiseur amélioré au Cambodge  depuis 2003. Deux à trois millions de foyers ont alors été vendus, dénombre Baptiste Flipo.

Aujourd'hui au Mali, un peu plus de 40 000 familles bénéficieraient d'un foyer amélioré, de 20 à 25 % plus efficace sur le plan énergétique qu'un foyer traditionnel, selon le chef de projet. Soit autant de charbon de bois à exploiter en moins, et donc à ne pas acheter. « Un ménage peut économiser près de 200 kilos de charbon de bois par an ». Selon Baptiste Flipo, le coût du foyer (4 000 francs CFA, soit huit euros, contre 2 500 francs pour un foyer traditionnel) est ainsi amorti en « deux à trois mois d'utilisation ».

Cette efficacité énergétique permet également d'éviter l'émission de 0,6 tonnes équivalent CO2 par an et par foyer, rapporte le chef de projet. Autre avantage : cela diminue l'exposition aux fumées et aux particules fines, émises notamment à l'allumage des foyers et susceptibles d'engendrer de graves conséquences sanitaires.

Crédit photo : Geres

Profiter de la finance carbone

Chaque foyer est en théorie suivi de sa fabrication à son utilisation, via un système de code barre. Sur les deux premiers trimestres de l'année 2015, de 3 000 à 4 000 d'entre eux ont ainsi été tracés. Le but : prouver la bonne utilisation de chaque instrument, pour que les fabricants puissent bénéficier de la finance carbone . « Le but est que la finance carbone ait un effet levier sur les acteurs de la filière, en les incitant à produire plus, et donc engendrer un impact environnemental et économique plus important encore au niveau local », décrit Baptiste Flipo.

En termes d'impact économique, le Geres met en avant la création d'emplois, avec l'objectif d'installer 30 nouveaux forgerons-assembleurs et 20 points de vente de foyers supplémentaires. « Le but est de créer une activité économique à grande échelle, qui permette à tous les producteurs et revendeurs d'en tirer profit »

L'objectif sera-t-il atteint ? Cela reste difficile à évaluer pour l'instant. « Pour vérifier si la structuration proposée par le Geres est pérenne, cela se fera en fait lorsqu'il n'y aura plus de subventions, en s'assurant alors que les actions entreprises pour accompagner le changement d'échelle portent leurs fruits », indique Baptiste Flipo.

D'autres actions au Mali


Au Mali, le projet CEnAO n'appuie pas seulement la filière de foyers améliorés. À Bamako, il soutient techniquement un fabricant des briquettes de charbon (résidus menus de charbon). Plus à l'Est, dans la région de Koutiala (près de la frontière avec le Burkina), il participe à la création d'une zone artisanale regroupant des très petites entreprises (commerce de proximité, meunier, boulanger, point informatique et de recharge de batteries) au sein d'un village non électrifié. Comment ? En la faisant bénéficier d'un mix énergétique entre carburant (gasoil et/ou biocarburant local) et énergie solaire (photovoltaïque).