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#jesuisIdya : polémique au Maroc après la mort d'une fillette, faute de soins

telephone Maud Ninauve
©TV5MONDE

Au Maroc, la mort d'Idya Fakhreddine, 3 ans, continue de choquer et de pointer l'inégalité des Marocains pour accéder aux soins médicaux. La fillette, victime d'un traumatisme crânien après une chute dans son village du sud du pays, a finalement succombé faute d'avoir pu être soignée à temps.

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Le visage et le sourire d'une petite fille. Morte. Incarnation d'une injustice, d'un scandale même, celui qui fait, qu'en 2017, une fillette est décédée, après avoir parcouru plus de 500 km à travers le sud marocain, allant d'un hôpital à un autre, sans avoir pu être soignée convenablement.
 
©DR
L'affaire provoque une immense émotion à travers le pays, où les rassemblements en hommage à Idya, c'est son prénom, se multiplient.

#jesuisIdya

Sur les réseaux sociaux derrière le mot clé #jesuisIdya, les internautes expriment leur soutien à la famille et leur colère.
Que s'est-il passé ? Comment expliquer qu'une fillette victime d'une chute dans son village n'ait pas pu être soignée et soit "transbahutée" pendant des heures, pour que deux jours plus tard, elle meure ? Autant de questions qui suscitent, depuis une semaine, indignation et incompréhension de tout un pays.

Idya Fakhreddine est victime d'un accident dans son village à côté de Tinghir, dans le Haut-Atlas, région reculée du sud marocain. C'est alors que commence ce tragique marathon. Son père l'emmène en premier lieu à l'hôpital provincial de Tinghir. Les médecins de l’établissement se montrent incapables de diagnostiquer la nature de sa blessure, faute de scanner et de matériaux nécessaires.

Direction l’hôpital d’Errachidia, situé à 135 km. Après deux consultations, les médecins estiment qu'ils ne sont pas habilités à interpréter avec précision les résultats de scanner. On décide alors de l’orienter vers Fez, à 335 km de distance. La fillette succombe pendant ce trajet.

Un communiqué officiel, trois jours après

Il faudra attendre trois jours après le décès, pour que le ministère de la Santé s'exprime, enfin, pour donner sa version. Le long communiqué officiel ne dit pas de quoi Idya est morte et rejette les accusations, notamment de sous-équipement ou de panne de scanner. Le gouvernement prend l'engagement de construire de nouveaux hôpitaux et annonce l'ouverture d'une enquête.

Pas un mot en revanche sur le projet de loi de finances 2017 qui prévoit une diminution du budget de la santé, et qui constitue moins de 6% du budget global l’Etat. Très loin des 16% recommandés par l’Organisation mondial de la santé pour les pays à niveau de développement similaire au Maroc. Rien non plus sur le fait que 24% de la population marocaine fait face à des difficultés d’accessibilité aux centres de soins. 
 
Face à toutes les défaillances qu'il a dû affronter pendant ce drame, le père d'Idya n'exclut pas la possibilité de porter plainte contre le ministère de la santé qu'il juge responsable de la mort de sa fille.  "Je n'ose même pas imaginer comment les familles pauvres et analphabètes sont traitées dans pareil cas. De notre côté, nous irons jusqu'au bout et s'il le faut, nous déterrerons le corps d'Idya pour demander une autopsie afin de confirmer les manquements constatés", conclut le père.
Le décès de cette fillette met en lumière les carences dont souffre le secteur de la santé au Maroc. Une autre fillette est morte en fin de semaine par manque de soins médicaux. Après Idya, combien d'autres Idya ?