Maroc - L'avancée des droits des femmes

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Une nouvelle place pour les femmes


Depuis l'intronisation de Mohammed VI, les femmes marocaines ont gagné en indépendance et ont réussi à obtenir une citoyenneté à part entière.

La réforme du code de la famille, la moudawana, apparaît comme la mesure phare engagée par la royauté, révolutionnant les rapports hommes-femmes. Selon l'ONG Global Rights, ces mesures "font du Maroc l'un des pays les plus progressistes dans la région".

Mais des points noirs persistent. Le mariage forcé est encore pratique courante. Le droit à l'héritage reste inégalitaire. 128 femmes sur 1000 meurent en couche et 62 % des femmes marocaines (jusqu'à 80% en zone rurale) ne savent ni lire ni écrire. L'égalité est loin d'être acquise.



“Le fruit de plus de vingt ans de militantisme“

Entretien avec Khadija Errebbah, présidente de de l'Association démocratique des femmes du Maroc à Casablanca.




La situation des femmes au Maroc s’est-elle améliorée depuis l’intronisation de Mohammed VI ?

Depuis 10 ans, il y a eu une accélération des réformes. Nous sommes en pleine période de mutation. Cela correspond à une volonté royale. Mais c’est surtout le fruit de plus de 20 ans de militantisme. Un mouvement qui s’est mobilisé en faveur des femmes mais aussi des droits humains en général. Il y a eu un important travail d’expertise et de lobbying.


Quelle est, selon vous, la réforme la plus importante qui a été engagée en faveur des femmes depuis 10 ans ?

C’est la réforme de la Moudawana, le code de la famille, qui touche à la dignité et au quotidien de la femme. Ce nouveau code porte l’âge du mariage des filles de 15 à 18 ans, établit le droit du divorce par consentement mutuel, soumet la polygamie à l’autorisation préalable du juge, permet à la femme de se marier sans l’autorisation préalable de son père… Cette réforme de fond a permis de désacraliser la Moudawana. Elle en a modifié la philosophie. Désormais, la famille est placée sous la double tutelle du père et de la mère liés par le contrat du mariage. Mais il reste beaucoup à faire : lutter contre le mariage forcé, faire respecter le nouvel âge légal du mariage, améliorer la prise en charge des enfants... Une deuxième mesure, tout aussi importante, a été également mise en place : la création de listes nationales aux élections législatives. En plus des listes classiques par circonscription, chaque parti doit présenter au niveau national une liste composée uniquement de candidates. Mais pour que les femmes puissent obtenir un siège, le parti doit franchir le seuil des 6% des voix. En 2005, 35 femmes ont été élues au Parlement et, en 2007, 34. Ce qui représente environ un tiers des élus. Ce n’est pas la parité mais c’est un progrès. Ces femmes ouvrent la voie pour d’autres. De même au niveau communal, par la création de listes additionnelles de femmes, on est passé de 0,56 % de conseillères municipales à 12,4 % en juin 2009.


Constatez-vous un changement de mentalité au sein de la société marocaine ?

Je crois qu’il s’est produit un petit changement de mentalité. Toutes les différentes réformes ont provoqué de vifs débats et une certaine acceptation du changement. La réforme de la Moudawana n’est désormais plus contestée. Celle du code de la nationalité qui permet à la femme marocaine de transmettre sa nationalité à ses enfants est également bien acceptée. Il y a aussi eu des réformes du code du travail et du code pénal, concernant notamment le harcèlement sexuel. Mais rien n’est acquis. Tout reste fragile car il n’y a pas de vision politique globale qui porte ces idées. Il faut continuer à lutter contre le traditionalisme et le conservatisme.


Quels sont les prochains chantiers qu’il faudrait ouvrir pour améliorer la situation des femmes ?

Il faudrait s’attaquer au social et mener des réformes au niveau de la santé, de l’éducation et des infrastructures. Il faut aussi renforcer le pouvoir des communes qui peuvent faire beaucoup pour les femmes au niveau local. Au niveau national, il faut passer des listes nationales à la parité, comme en France avec autant de candidats que de candidates sur une même liste. Il faut aussi penser à réformer la constitution en inscrivant une définition claire de l’idée d’égalité entre hommes et femmes.

Propos recueillis par Camille Sarret
27 juillet 2009




La révolution de la Moudawana

La révolution de la Moudawana

Droit au divorce, âge minimum pour se marier porté à 18 ans, polygamie restreinte...

En 2004, la réforme de la Moudawana, le code de la famille marocain, marque un tournant pour les droits des femmes. Mais des problèmes persistent.


Reportage RTBF
- 2'57
Samedi 25 juillet 2009

“10% des mariages impliquent des filles mineures“

Analyse critique de la Moudawana par Khadija Ryadi, présidente de l’Association marocaine des droits humains.



"La réforme du code de la famille est certes un changement important puisqu’elle impose au sein du foyer les mêmes devoirs à l’homme et à la femme. Mais elle contient aussi des aspects négatifs pour les femmes.

La polygamie reste légale. Le droit à l’héritage reste inégalitaire. La sœur ne peut hériter que de la moitié de la part de son frère. Le mariage mixte avec un non musulman reste toujours interdit aux femmes alors qu’il est autorisé pour les hommes.

L’âge minimum légal pour le mariage reste un souci. Selon la Moudawana, la mariée doit avoir désormais 18 ans mais peut, dans certains cas exceptionnels, être plus jeune. Or ces exceptions sont devenues la règle. En 2008, 10% des mariages impliquent des filles mineures. La société ne paraît pas toujours prête à accepter ces changements."

Propos recueillis par Camille Sarret
28 juillet 2009




“Des femmes magistrates, agents de police, conductrices d’autobus “

Souraya Badraoui, présidente de l'Association des femmes chefs d'entreprise et directrice générale de Top Class Espresso, distributeur des produits Lavazza au Maroc.



La situation des femmes dans le monde du travail s’est-elle améliorée depuis l’intronisation de Mohammed VI ?


La situation a nettement évolué. On voit désormais des femmes magistrates, des femmes agents de police faisant la circulation dans la rue, des conductrices d’autobus… Le secteur public fait vraiment des efforts pour mieux intégrer les femmes. Au niveau des études à l’université, on constate que les filles réussissent mieux que les garçons. Elles deviennent ainsi médecins, avocates, ingénieures, techniciennes… Par ailleurs, beaucoup de réformes juridiques ont été réalisées en faveur des femmes. Le principe d’égalité entre hommes et femmes a été confirmé dans le nouveau code du travail en 2005. Le harcèlement sexuel a été reconnu comme une faute grave. Le congé maternité a été allongé de quinze jours, passant de 12 à 14 semaines.


La révision du code de la famille a t-elle des conséquences positives sur l’intégration des femmes au marché du travail ?

Cette réforme est une véritable révolution dans les moeurs et les traditions arabo-musulmanes. La Moudawana donne à la femme une nouvelle place au sein de la famille. Elle est désormais co-responsable de son foyer, au même titre que son mari, et doit donc assurer son apport matériel. Et si elle divorce, elle récupère une partie des biens de la maison, alors qu’avant elle pouvait être répudiée du jour au lendemain et se retrouver sans rien. Les femmes peuvent également aujourd’hui se déplacer, voyager et partir à l’étranger sans l’autorisation de leur père ou leur mari. Elles ne sont plus considérées comme des mineures. Elles peuvent décider de leur vie. La Moudawana redonne confiance aux femmes marocaines. Mais elle n’est pas bien appliquée. Il faut que les mœurs évoluent encore un peu pour en voir les effets dans la réalité.


Les femmes chefs d’entreprises restent une minorité en France comme au Maroc. Quels sont les obstacles que les femmes doivent franchir pour arriver à la tête d’une société ?

Au Maroc, les femmes peuvent ouvrir leur commerce et entreprendre sans l’autorisation de leur mari seulement depuis 1996. Une réforme qui a été faite sous Hassan II dont on voit l’impact maintenant sous Mohammed VI. Selon une enquête récente, 5 000 femmes sont chefs d’entreprise et il y a 12% de femmes dans l’entrepreneuriat. Généralement au Maroc, la culture de l’entreprise est peu développée. Les jeunes diplômés, filles comme garçons, préfèrent intégrer la fonction publique plutôt que de monter leur société. Mais pour celles qui se décident de se lancer dans la création d’entreprise, l’obstacle principal est le banquier qu’il faudra davantage convaincre pour obtenir les prêts nécessaires. Ce sont des freins d’ordre psycho-sociologiques.


Seriez-vous favorable à la mise en place de quotas pour améliorer la représentation des femmes dans les conseils d’administration des sociétés ?

Oui. Sans quotas, on n’arrivera pas à impliquer les femmes dans les processus de décision. Au Maroc, des quotas ont déjà été mis en place au niveau politique. Il faudrait le faire au niveau économique. Les femmes ont des potentialités et des compétences. Il faut que la société en bénéficie.


Que fait votre association pour inciter les femmes à se lancer dans l’entrepreneuriat ?

Déjà, on veut être des exemples pour les femmes. On se met beaucoup en avant, que ce soit dans des conseils d’administration ou dans les médias. On fait aussi un travail de sensibilisation auprès des étudiantes. En 2008, on a organisé une caravane qui s’est rendu dans toutes les villes du Maroc. On a aussi créé des incubateurs à Rabat et Casablanca, où l’on accompagne des femmes qui veulent monter leur entreprise. Pendant 18 à 24 mois, elles sont aidées par des consultants qui leur donnent des conseils en gestion, comptabilité et management.


En 2009, selon vous, quelle réforme faudrait-il lancer en faveur des droits des femmes ?

Avant de faire de nouvelles réformes, je pense qu’il est aujourd'hui urgent de mener un travail de sensibilisation et d’explication pour mieux faire appliquer les grandes réformes qui ont déjà été réalisées.

Propos recueillis par Camille Sarret
29 juillet 2009


Candidate aux élections municipales

Candidate aux élections municipales

Pour la première fois au Maroc, des quotas sont mis en place aux élections municipales de juin 2009. 12 % des sièges sont réservées aux femmes au sein des conseils des mairies.

Portrait d'une jeune candidate en zone rurale.

Journal TV5 Monde
Récit de Charlotte Cans
12 juin 2009 - 2'02



Le vote des femmes : un enjeu aux législatives

Le vote des femmes : un enjeu aux législatives

Les femmes représentent la moitié de l'électorat.

Les partis l'ont bien compris et font tout pour gagner leurs voix aux élections législatives de 2007. Le vote des femmes est devenu un enjeu politique au Maroc.

Journal de TV5 Monde
Reportage de Marian Naguzewski et Richard Montrobert
7 septembre 2007 - 2'19

Réforme du code de la famille

Le code de la famille, appelé au Maroc la Moudawana, a été révisé en février 2004 par le Parlement marocain et a été promulgué par le roi Mohammed VI. Cette révision, qui a provoqué la colère des fondamentalistes, améliore les droits des femmes. Les principales mesures : réglementation de la polygamie, reconnaissance du divorce par consentement mutuel, âge minimum légal du mariage porté à 18 ans, famille placée sous la double tutelle des deux époux.



Chiffres clés

Chômage
en zone urbaine :
20 % des femmes
13 % des hommes
en zone rurale :
1,8 % des femmes
5,1 % des hommes

Analphabétisme
62% des femmes (80% en zone rurale)
38 % des hommes

Éducation
Au primaire, 46% des élèves scolarisés sont des filles.
Dans le secondaire, 44% des élèves scolarisés sont des filles.


Mouvement associatif

En lien, les sites des associations que nous avons contactées pour réaliser ce dossier.