Maroc: les islamistes dirigeront le gouvernement

Abdelillah Benkirane le 27 novembre (A.F.P.)
Abdelillah Benkirane le 27 novembre (A.F.P.)

La nomination confirmée d'Abdelillah Benkirane comme Premier ministre apparait comme la suite logique du succès de son Parti de la Justice et du Développement aux législatives. Ni la monarchie marocaine ni ses alliés occidentaux n'ont particulièrement à trembler de la majorité parlementaire relative de ces "islamistes" , au programme fort peu radical.

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Islamisme soluble


La nouvelle chambre<br/>(cliquez pour agrandir)
La nouvelle chambre
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Ce n’est pas un raz de marée et moins d’un électeur sur deux (45 %) a voté mais la victoire est nette. Avec 107 sièges sur 395, les « Islamistes modérés » du Parti de la Justice et du Développement font mieux que doubler leur score des précédentes législatives de 2007 (47 sièges) même s’ils demeurent loin de la majorité absolue. Les partis traditionnels Istiqlal (60 sièges) et du Rassemblement national des indépendants (52 sièges) ne s’effondrent pas mais ils échouent, comme le nouveau Parti authenticité et modernité (47 siège) à contenir leur adversaire le plus redouté qui s’impose dans la plupart des grandes villes.
 
La nouvelle constitution voulue par Mohammed VI et avalisée par référendum, surtout, donne une portée particulière à ce succès électoral puisqu’elle  impose juridiquement la désignation du Premier ministre du Royaume au sein du parti en tête, même si dans les faits le pouvoir exécutif réel demeure largement dominé par le souverain lui-même et son entourage.

Abdelillah Benkirane (AFP)
Abdelillah Benkirane (AFP)
Si la désignation nominale de l'heureux élu restait également, in fine, une prérogative royale, le choix d'Abdelillah Benkirane, 57 ans, Secrétaire général du P.J.D. s'inscrit dans l'ordre logique des choses.
 
La suite est moins écrite. Pour gouverner et mettre en œuvre les différentes réformes votées lors du référendum constitutionnel de juillet dernier (sur le statut des partis politiques mais aussi la place du berbère), celui-ci, ne disposant que d’une majorité parlementaire relative, devra nouer des alliances. Des pourparlers en ce sens sont en cours avec la Koutla, coalition qui réunit l’Istiqlal (nationaliste) et des partis de la gauche, dont l’Union socialiste des forces populaires (U.S.F.P., 39 sièges) et du Parti du Progrès et du Socialisme (18 sièges) mais le Mouvement Populaire (berbère, 32 sièges) pourrait également être approché.
 
La confusion d’un tel éventail recouvrant des nationalismes et des sensibilités politiques a priori fort différentes peut surprendre. En réalité, le P.J.D. n’est pas lui-même marqué d’une forte structuration idéologique. Malgré ses positions personnelles naturellement conservatrices (violemment hostiles à l’homosexualité notamment et au statut de la femme reconnu par la loi marocaine), Abdelillah Benkirane est parvenu à donner de son « islamisme » une image paisible séduisant des couches de la bourgeoisie urbaine et appréciée en occident (« on n’a pas besoin de le rassurer, il l’est déjà » précisait-il au soir de sa victoire).

Le roi Mohammed VI (AFP)
Le roi Mohammed VI (AFP)
Clairement compatibles avec l’esprit absolutiste de la monarchie chérifienne, les ambitions politiques et même sociales de sa formation restent dans des bornes affichées pour le moins consensuelles : "L'essentiel de notre programme (…) aura deux axes, déclarait-il le même soir: la démocratie et la bonne gouvernance".

Sauf à dire qu'on ne fera rien, il était difficile d'être moins compromettant.