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Maroc - Mohammed VI et la dynastie des Alaouites

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Entre tradition et modernité, la monarchie absolue


Les Alaouites sont les membres de la dynastie marocaine régnante depuis le XVIIe siècle. Ils sont originaires du Tafilalet (Sud-est du Maroc) et sont considérés comme des descendants d'Ali, gendre du prophète Mahomet. Mohammed VI est le vingt-troisième souverain de cette succession qui devient un royaume sous Mohammed V (1957-1961).

Le royaume est officiellement une Monarchie constitutionnelle où la souveraineté, selon la Constitution, "appartient à la Nation qui l'exerce directement par voie de référendum et indirectement par l'intermédiaire des institutions constitutionnelles." Une déclaration qui laisse certains spécialistes de la monarchie marocaine sceptiques, tant les pouvoirs du roi sont forts.

Le roi veille au respect de l'Islam et de la Constitution, et le Maroc sous Mohammed VI a conservé son attachement à ces fondements.

Mohammed VI : bilan d'une décennie royale

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Mohammed VI : bilan d'une décennie royale


Retour sur les dix ans de règne du monarque chérifien.


Commentaire de Guillaume Couderc
30 juillet 2009 - 2'33

« Mohammed VI s’est installé confortablement dans les bottes de son père »

Ignace DALLE, journaliste et spécialiste du monde arabe répond aux questions de TV5monde.com








On désigne le Maroc officiellement comme une monarchie constitutionnelle, démocratique et sociale. À quoi correspond cette description sous le règne de Mohammed VI ?


Je crois que c’est une monarchie autoritaire, pour ne pas dire absolue. Beaucoup de militants politiques et des militants des droits de l’Homme espéraient qu’il y aurait une réforme constitutionnelle importante après la mort d’Hassan II, qui ferait du Maroc une véritable démocratie. Ils pensaient que le parlement aurait plus de pouvoir et que les pouvoirs du roi seraient limités, ce qui permettrait de ressusciter un peu la vie politique qui est atone depuis très longtemps. Il y a le roi, ses conseillers et le parlement qui est s’apparente à une chambre d’enregistrement, qui ne sert pas à grand-chose. Le roi nomme naturellement le premier ministre, qui à son tour peut annoncer la formation d’un gouvernement. Mais tout cela est entièrement décidé au palais.


Rien n’a donc changé sur le plan constitutionnel ?

Il n’y a eu aucun changement depuis 10 ans. Pour l’instant, on dit même que le roi s’est installé confortablement dans les bottes de son père. Il n’y a pas eu la moindre modification constitutionnelle.


Mohammed VI est aussi moderne qu’on le dit ?

Il y a un certain nombre de changements qui ont été apportés par le nouveau roi. Il a épousé en 2002 Salma Bennani à qui il a accordé un statut de « Première Dame » en quelque sorte. Il a autorisé la presse internationale à le photographier en famille. Tout cela était absolument impensable du temps d’Hassan II. Il y a surtout la réforme de la « Moudawana » qui porte sur le statut personnel et qui a constitué une avancée significative, en tout cas au niveau des textes, parce que dans la pratique, cela n’est pas très évident, il faut que les juges appliquent les textes, et ce n’est pas toujours le cas. Mais l’intention était là et tout le monde s’en est félicité. Il y a eu également la volonté de régler l’héritage des années de plomb (1970 – 1990) avec tout son cortège de victimes. Des indemnisations très importantes ont été accordées aux personnes qui ont souffert et aux familles des personnes disparues.


Qu’en est-il de la question des Islamistes ?

Depuis les attentats de Casablanca (16 mai 2003 – 45 morts), cette politique est très suivie par le palais. Il existe au Maroc un appareil répressif sécuritaire très important et qui contrôle de très près les islamistes. Il y a, contrairement à l’Algérie par exemple, des dirigeants islamistes qui ont bien compris que les marocains n’aiment pas la violence. Ils ont donc des exigences mais jouent le jeu avec la monarchie. Je pense cependant qu’en raison des inégalités sociales toujours très fortes, les marocains sont sensibles à la propagande des islamistes qui font beaucoup d’efforts sur le plan social. Ils aident les étudiants, ils ont des dispensaires un peu partout. Ils pallient les failles de l’État et restent ainsi populaires. Mais je ne pense pas qu’il y ait à court ou à moyen terme un danger pour le pouvoir. Le gouvernement est en tout cas très attentif.


Que penser de la liberté de la presse ?

Des journaux ont publié l’année dernière des photos du harem au temps de Mohammed V et d’Hassan II. Les journalistes qui avaient écrit ces articles ont été poursuivis. Il y a de plus en plus de poursuites contre la presse, ce qui est très mal perçu par les journalistes marocains. L’association Reporters sans frontières à plusieurs reprises a condamné cette dérive. Le Maroc est probablement l’un des pays arabes où la liberté de la presse est la plus réelle, mais en même temps, il reste des sujets comme la corruption et l’entourage du roi qui ne doivent pas être évoqués au risque d’écoper de sanctions très sévères. Le pouvoir aime bien le rappeler. Il y a à la fois des tabous qui sont évoqués et des limites qu’il ne faut pas franchir. L’arbitraire est toujours présent, en 10 ans il n’y a pas eu d’avancées sensibles sur ce sujet et c’est regrettable.


Peut-on à l’avenir penser à l’avènement d’une monarchie uniquement honorifique au Maroc ?

Cela me paraît totalement illusoire. Je ne crois pas d’ailleurs que ce soit dans la meilleure solution. La monarchie est un peu le garant de la stabilité et de l’unité du royaume. C’est un pays complexe où les tribus sont très importantes. Rêver d’une monarchie à la britannique ou comme aux Pays-Bas ou même en Espagne, est vraiment illusoire.


Propos recueillis par Christelle Magnout
27 juillet 2009


Mohammed VI : “Un bilan contrasté“

Mohammed VI : “Un bilan contrasté“

L'analyse de Ali Amar, journaliste et auteur de Mohammed VI, le grand malentendu aux éditions Calmann Lévy.


JT TV5MONDE
30 juillet 2009 - 4'

Mohammed VI et l'Islam radical

Mohammed VI et l'Islam radical

Le souverain aurait réussi à limiter l'influence des islamistes au Maroc.


Commentaire de Bruno Faure
30 juillet 2009 - 2'54

Maroc: un Islam éclairé ?

Maroc: un Islam éclairé ?

Les explications de l'éditorialiste de TV5MONDE, Slimane Zeghidour.


JT TV5MONDE
30 juillet 2009 - 1'15


Hassan II et les années de plomb

Photo: Medhi ben Barka, l'opposant principal à Hassan II


C'est une période sous le règne d’Hassan II marquée par des arrestations jugées arbitraires, des tortures et des disparitions. Durant trois décennies (années 60, 70 et 80), le roi fait face à un activisme politique violent et le royaume vit au rythme des exactions et d’une forte répression contre les opposants au régime.

- 1965 :
Les émeutes éclatent lorsque les ouvriers et les chômeurs revendiquent l’amélioration de leurs conditions sociales. Les étudiants aussi manifestent. - 29 octobre : Disparition en France de Mehdi Ben Barka, principal opposant socialiste au roi Hassan II.

- 1971 : Tentative de coup d’Etat au palais de Skhirat, (près de 100 morts). Les généraux Ababou et Medbouh sont exécutés.

- 23 août 1972 : "suicide" du général Oufkir, qui fut l'organisateur des basses oeuvres pour Hassan II et notamment de l'enlèvement de Ben Barka.

- 1973 : Interdiction, en janvier, de l’Union nationale des étudiants marocains, et restriction du code des libertés publiques en avril.

- 1974 : arrestation et torture du militant d'extrême gauche Abraham Serfaty. Il y restera jusqu'en 1991, devenant alors avec Mandela, le plus vieux prisonnier politique du monde... Il est réhabilité en 2000 par Mohammed VI.

- 1990 : parution en France de Notre ami le roi de Gilles Perrault. Le livre provoque la fureur de Hassan II qui annulera la manifestation franco-marocaine L’année du Maroc en France, prévue cette année-là.

- 1984 : Les « émeutes du pain » qui secouent Marrakech et le nord du pays font des centaines de morts. Vague d’arrestations dans les milieux contestataires.

- 1992 : Hassan II présente un projet de réforme constitutionnelle destinée à « démocratiser » le régime.

- 1999 : Suite au décès d’Hassan II, son fils Mohammed VI est intronisé et évoque dans un discours « les disparus et les victimes d’arrestations arbitraires ».




Ali Amar, le livre


Mohammed VI, le grand malentendu
Editions Calmann Lévy

Ignace Dalle, le livre

Les trois rois, la monarchie marocaine de l’indépendance à nos jours
Éditions Fayard - 2004