Maroc : un rappeur dans le collimateur du pouvoir

Lhaqed est un rappeur marocain que le pouvoir n'apprécie pas. Car Lhaqed est aussi l'une des figures de la révolte sociale au Maroc. Condamné en juillet dernier à quatre mois de prison pour "atteinte à agents des forces de l'ordre", Mouad Belghouat, alias "Lhaqed", comparaît en appel ce lundi 17 novembre à Casablanca - sa troisième condamnation en moins de trois ans. Autant de procès politiques, dénoncent les associations.

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Ebriété sur la voie publique, atteinte à agent des forces de l'ordre, insultes et vente de billets au marché noir... Tels sont les principales accusations qui pèsent sur Lhaqued, à la suite de son arrestation en marge d'un match de football en juin dernier. Le jeune homme de 26 ans est incarcéré depuis le mois de juillet à la prison d'Oukacha, d'où il était sorti en mars 2013 après avoir purgé une peine d'un an pour "outrage à la police", en raison d'un clip diffusé sur Youtube. Il lui avait alors notamment été reproché un photomontage d'un policier dont la tête avait été remplacée par celle d'un âne.

Celui qui se fait aussi appeler "L7a9d", lui, clame son innocence et reçoit de nombreux soutiens, tant au Maroc que dans la presse internationale :

L'un des visages emblématiques de l'embryon de "printemps marocain" au Maroc, Lhaqed ("le rancunier" ou "l'enragé"), considéré comme le chanteur du mouvement réformiste du 20 février 2011, dérange la monarchie. Car si le pouvoir marocain persiste à entretenir une image d'ouverture et de tolérance, il persiste aussi à vouloir museler les personnalités qui ont une forte capacité de mobilisation sur le terrain. Selon Eric Goldstein, de l'ONG Human Rights Watch, les poursuites dont l'artiste de 26 ans fait l'objet visent davantage son potentiel de trublion que de concrètes violences : "Il a été condamné pour agression et outrage à agent de police, mais le juge a refusé de convoquer le médecin qui aurait signé le certificat médical de la 'victime'," déclarait le défenseur des droits de l'Homme ce 17 novembre sur l'antenne de la radio France Inter.

La répression touche aussi d'autres artistes, parfois très jeunes. Cet été, Othmane Atik, alias "mister crazy" un jeune rappeur de 17 ans a été condamné à trois mois de détention dans une prison pour mineurs pour détournement des paroles de l'hymne marocain et insulte au corps constitué. Pour le chanteur et ses nombreux soutiens, les paroles "subversives" ne font que décrire la réalités de la vie dans le royaume chérifien.

“Walou“, un album en forme de programme politique

Dans son dernier album, paru en février 2014, Lhaqed s’en prend à tout le monde : le Palais, l’armée, les partis politiques, les associations, etc… Toutes ces "institutions" et organismes qui donnent l’impression que le Maroc fonctionne normalement, alors que la situation socio-économique du pays empire chaque jour.

Dans sa chanson "Walou", Lhaqed assure qu’il n’a pas peur, qu’on ne va pas lui faire peur. Il égratigne au passage l’affaire du Sahara que le Maroc veut récupérer alors qu’il est incapable de faire la même chose avec Sebta et Melilia (extrait du site demainonline).

Clip du morceau “Walou“


Le photomontage qui fâche