Maroc : une nouvelle politique migratoire face à la montée du racisme

Manifestation contre le racisme, le samedi 14 septembre 2013 à Rabat - ©TV5MONDE
Manifestation contre le racisme, le samedi 14 septembre 2013 à Rabat - ©TV5MONDE

Mercredi 11 septembre, le Maroc s'est engagé à mettre en oeuvre une série de réformes pour que sa politique migratoire corresponde aux "standards internationaux". Cette nouvelle orientation n'a pas empêché les associations de défense des migrants subsahariens de manifester samedi 14 septembre devant le parlement rbati contre l'augmentation du racisme dont ils sont victimes au quotidien. Reportage.

dans
"Nous sommes tous des êtres humains, nous sommes tous des migrants africains". Le mot d'ordre a rassemblé devant le parlement marocain, à Rabat, une cinquantaine de militants venus manifester contre l'augmentation du racisme dont sont victimes les migrants subsahariens. A l'image de Catherine Haoua, la porte-parole du conseil des migrants subsahariens au Maroc (le CMSM), qui évoque le cas de Toussaint-Alex Mianzoukouta, un Congolais qui a trouvé la mort fin juillet en tombant d'une fourgonnette de la police marocaine sur l'autoroute en direction d'Oujda pour une reconduite à la frontière. "On ne lui avait même pas demandé ses papiers" s'indigne Catherine Haoua "et c'est un policier qui l'a jeté par dessus bord, en pleine circulation, ça c'était le comble!". Au début du mois d'août, c'est Ismalia Faye, un Sénégalais, qui a trouvé la mort, poignardé par un militaire marocain (selon le site d'information Yabiladi) après une altercation dans un bus à la gare routière de Rabat.
Les évènements tragiques de cet été ont-ils poussé le royaume marocain à définir une nouvelle politique migratoire? "Je pense que ce sont les combats de la société civile qui ont payé, plus que les assassinats racistes de cet été" affirme Mehdi Alioua, le président du Groupe antiraciste d'accompagnement et de défense des étrangers et des migrants (GADEM). "Par ailleurs, sa majesté le roi, le chef de l'Etat, avait lancé depuis longtemps des directives dans ce sens. Maintenant, c'est un défi pour le Maroc, à charge à la société civile, aux élus du peuple et des autorités publiques, de se montrer à la hauteur de ce que demande le chef de l'Etat".

Catherine Haoua, porte-parole du conseil des migrants subsahariens au Maroc (le CMSM) - ©TV5MONDE
Catherine Haoua, porte-parole du conseil des migrants subsahariens au Maroc (le CMSM) - ©TV5MONDE
"Une vision nouvelle de la politique migratoire"

Mardi 10 septembre, le roi avait en effet présidé une séance de travail exceptionnelle à Casablanca, pour donner ses orientations au gouvernement afin de procéder, sans délais, à l'élaboration et la mise en place d'un plan d'action en accord avec les recommandations du Conseil national des droits de l'Homme (CNDH). "Les Hautes Orientations royales constituent une vision nouvelle de la politique migratoire nationale, humaniste dans sa philosophie, globale dans son contenu, responsable dans sa démarche et pionnière au niveau régional" ont indiqué dans un communiqué conjoint les ministères de l'Intérieur, des Affaires étrangères et de la Coopération et de le Justice et des Libertés, mercredi 11 septembre. 
Conformément à certaines recommandations du CNDH, le communiqué a annoncé l'instauration imminente d'un "cadre procédural" visant à des régularisations, "au cas par cas et selon des critères précis". "S'agissant de l'asile, il sera procédé au lancement immédiat d'un processus de mise à niveau du cadre juridique et institutionnel", afin de répondre "aux standards internationaux". Enfin, sur la question sensible des refoulements de migrants illégaux, les trois ministères réfutent les accusations de violences systématiques et réaffirment que "des instructions" ont été données pour "veiller à la protection" des "droits" et de la "dignité" des clandestins. 
"Ce sont des décisions que nous saluons" affirme Catherine Haoua, "j'espère vraiment que maintenant, les choses vont changer en notre faveur, mais nous avons bon espoir". Un soutien que partage le le président du Gadem, Mehdi Alioua, "le CNDH a fait un formidable travail, on va vraiment dans le bon sens, dans celui de la consolidation de notre Etat de droit au Maroc".

Mehdi Alioua, président du Groupe antiraciste d'accompagnement et de défense des étrangers et des migrants (GADEM) - ©TV5MONDE
Mehdi Alioua, président du Groupe antiraciste d'accompagnement et de défense des étrangers et des migrants (GADEM) - ©TV5MONDE
Le Maroc, terre d'accueil

Comme les autorités ministérielles l'ont souligné dans leur communiqué, le Maroc est passé du statut de pays émetteur ou de transit à un pays d'accueil des immigrants. Une évolution qu'a constaté Mehdi Alioua, qui est aussi enseignant-chercheur en sociologie à l'université de Rabat. "On savait depuis les années 2000 que le Maroc était en train de se transformer en espace d'installation, pas que pour les Africains subsahariens, mais aussi pour toutes sortes de nationalités". Il souligne à cet égard que "les migrants issus d'Afrique noire représentent un nombre très petit des migrants ici, au Maroc, même au niveau de ceux qui sont en situation irrégulière, ils restent beaucoup moins nombreux que les Espagnols, ou les Français".

Une manière pour le Mehdi Alioua,  de rétablir une vérité sociologique, face à un acharnement médiatique qui alimente un climat raciste au Maroc. A l'image de la dernière Une du journal "Maroc Hebdo", qui dénonce un "Maroc pris au piège", "pays d'accueil, malgré lui, d'immigrés subsahariens. Une charge dont il n'a pas les moyens." Cette Une a déclenché de vives réactions sur la toile, et l'hebdomadaire n'en est pas à sa première polémique. Il y a un peu moins d'un an, il avait fait parlé de lui avec une couverture encore plus explicite : "Le péril noir". 

"Il doit aussi y avoir un travail sur les médias" réclame ainsi Samira Kinani, militante à L'Association marocaine des droits de l'homme : "ils ont une responsabilité dans le racisme que subissent les migrants subsahariens au quotidien". "Moi je ne croyais pas qu'on était racistes, je le découvre" affirme cette militante qui à vu ce thème devenir omniprésent dans les activités menées par l'AMDH "avant on ne parlait pas du racisme, maintenant, il est partout, et même les Marocains noirs le subissent".

©TV5MONDE

Des unes polémiques